Chapitre 35

3 minutes de lecture

La nuit était tombée sur la forêt. Dans le vestibule de la maison aux lanternes, Raphaëlle, Etienne et Hippolyte enfilaient leurs manteaux avant de sortir dans l’obscurité. Tim attendit qu’ils aient disparu dans la forêt avant de fermer la porte. Il respira un grand coup avant de se tourner vers la pièce voisine.

Avril était allongée sur le canapé en position fœtale, les yeux rivés sur la cheminée. Une semaine s’était écoulée depuis la visite du père Mathieu. Depuis, elle semblait plus alerte et avait quitté son lit pour se réfugier dans le salon, à proximité de ses amis. Tim resta un moment sur le seuil, réfléchissant à ce qu’il pouvait faire pour la maintenir en vie, faire battre son cœur qui semblait s’être éteint en même temps que celui de son petit frère.

Il contourna le canapé pour se retrouver face à la jeune fille et lui tendit la main. Avril leva les yeux et l’interrogea du regard. Mais il resta muet, planté là, devant elle, la main en suspension, comme un trait tout court qui attend d’être un trait d’union. Elle finit par sortir sa main de sous la couverture pour prendre la sienne. Il tira doucement vers lui, lui faisant comprendre qu’elle devait se lever, ce qu’elle fit en soupirant.

Ses cheveux étaient ébouriffés, le coussin avait marqué sa joue et ses yeux étaient rouges et bouffis. Peu lui importait, elle était belle. C’est ce que Tim avait pensé dès l’instant où il l’avait vue, ce qui l’avait d’ailleurs effrayé. Il n’avait pas compris l’attirance soudaine qu’il avait pour celle qui n’était alors qu’une inconnue. Il avait cherché à comprendre, l’avait observée, écoutée. Ses journées passées au lac à laisser leurs mains s’effleurer dans l’eau limpide avaient fait naître des papillons dans son ventre. Mais c’est quand elle s’était glissée dans son lit quelques semaines auparavant, quand elle s’était endormie dans ses bras, qu’il avait renoncé à comprendre, qu’il avait lâché prise. Il avait senti le cœur d’Avril battre contre son torse et surtout, il avait senti le sien battre à l’unisson. S’il n’avait pas compris pourquoi il était attiré par Avril, il savait désormais qu’il n’y pouvait rien, il ne pouvait pas s’en empêcher. Et surtout, il ne voulait pas s’en empêcher.

Tim posa les mains d’Avril sur ses épaules avant de placer les siennes sur les hanches de la jeune fille. Il commença à tourner, tout doucement, sur place, l’entraînant avec lui. Elle se laissa faire malgré sa forte envie de retourner se pelotonner sur le canapé et de rester y dépérir. S’il la fixait droit dans les yeux, attendant qu’elle réagisse, Avril gardait résolument son regard fixé sur un point au-dessus de son épaule. Tim s’approcha un peu plus, sans pour autant bouger ses mains, ne voulant pas prendre le risque de l’effrayer.

Ils tournaient lentement dans la pièce, sur une musique silencieuse. La bouche près de l’oreille d’Avril, Tim laissa les mots qu’il retenait franchir la barrière de ses lèvres.

— Accroche-toi. Reste avec moi. S’il-te-plaît. Je t’aime. Je t’aime comme un fou. Jusqu’aux étoiles, jusqu’à la lune, jusqu’à l’infini, jusqu’où tu veux, je m’en fous. Je t’aime, un point c’est tout. Non, en fait je t’aime sans point, sans fin. Alors s’il-te-plaît, regarde autour de toi. Regarde, respire, ris, pleure, hurle, fais ce que tu veux, je m’en fous. Mais vis, putain. S’il-te-plaît. Vis.

Avril ne dit rien, ne réagit pas. Ils continuaient de tourner mécaniquement, en silence. Les mots atteignirent son cerveau, s’y logèrent, son cœur se réchauffa, lui faisant un peu moins mal. C’était comme si elle se réappropriait son corps. Elle passa ses bras autour du cou de Tim et s’agrippa très fort à lui, comme à une bouée de sauvetage. Tim se pencha légèrement, la serra délicatement tout en se redressant, la soulevant ainsi du sol, tout en continuant de tourner lentement dans la pièce au rythme des battements accordés de leurs cœurs.

Annotations

Recommandations

Flora Lune
Journal d'une étudiante de septembre à juin.

Nouvelle initialement écrite pour Rêves de Lignes
11
0
0
4
Défi
Tom Men

— Je vous souhaite la bienvenue à tous chez Prophéties et Associés, la plus grande fabrique de légendes de l'Univers !
 L'hôtesse, à la peau bleue comme des saphirs, nous souriait en dardant sur nous des yeux brillants tels des étoiles. J'y étais enfin ! Mon premier jour dans l'entreprise de légendes la plus réputée de toute la Création. C'était surtout ici, cent ans avant qu'elle ne se réalise, que la prophétie de Zadear et la princesse de glace avait été écrite. L'auteur était depuis éternellement connu et adulé : il avait réussi à créer le couple le plus parfait de tous les temps et pacifier la planète la plus habitée par la même occasion, rien que ça !
 On nous fit visiter une partie des locaux, de l'atelier de fabrication de la lumière céleste aux salles de réunion des plus grands prophètes de l'Histoire. Il y avait partout des fontaines d'éther, des micro-nuages stellaires holographiques et des statues des Infinis, des hérauts dont le travail était tout simplement inégalable.
 Un homme se présenta alors devant nous. Il avait des yeux rouges et oranges, sa peau rutilait comme un diamant et sa toge, d'un blanc immaculé, semblait faite de nuage. Il murmura quelques mots à l'oreille de l'hôtesse avant de se tourner vers nous.
— Bonjour à tous. Avant de vous séparer dans nos différentes équipes, nous allons procéder à une évalution de votre potentiel d'inventivité. Suivez mademoiselle Nariel quand elle appelera votre nom, je vous prie.
 Le mien fut le troisième. L'hôtesse me mena à travers quelques couloirs. Le trajet me parut interminable, comme une suite de portes, toutes fermées, qui vous oblige à poursuivre votre route sans pour autant voir la destination. Nariel me fit entrer dans un bureau. Les murs, recouverts de motifs floraux or et argent, étaient éclairés par un immense globe universel qui flottait au-dessus de son terminal. Près de l'installation, deux personnes étaient assises à une table de verre. La première avait une tête triangulaire recouverte d'écailles chatoyantes, tandis que la seconde ne montrait pas son visage : il était enfoui sous une tonne de longs poils brun-roux. En me voyant entrer, chacun se présenta, l'un après l'autre.
— Susssie, dit le serpent avec une voix rauque de femelle Sarpanta.
— Stoaktitoothrrrork, dit l'homme-serpillère, mais tu peux m'appeler Rork.
— Aely, me présentai-je avant de m'asseoir.
 Nariel déposa un porte-documents sur la table et en sortit un parchemin, qu'elle tendit aux prophètes, puis quitta la pièce. Pendant qu'ils discutaient, je laissai mon regard parcourir le globe. C'était une représentation intégrale de l'Univers mesurant près de trois mètres de diamètre. A l'intérieur, on y découvrait une vingtaine de petits repères lumineux de différentes couleurs, représentant des prophéties en cours.
 Les rouges, tout d'abord, étaient celles qui avaient échoué. C'était peu fréquent, surtout chez Prophéties et Associés, mais il n'était pas impossible que le sujet d'une prédiction meurt avant de la résoudre. C'était la principale cause d'échec. S'ajoutaient à ça le risque de dissipation spatiale, la concurrence, et, malheureusement, la malchance de voir que le héros ne trouve pas son oracle.
 Les vertes, ensuite, étaient celles qui avaient été accomplies. Le globe en comptait douze, un peu partout. Le seul moyen pour une prophétie de se réaliser était d'observer un mode d'emploi très précis : découvrir l'oracle et suivre ses instructions à la lettre. Un seul pas de travers de la part du sujet pouvait tout faire échouer.
 Les jaunes étaient en déplacement : attaché à un rayon de soleil, elles prenaient le trajet le plus rapide vers leur destination. Les bleues quant à elles, étaient en cours de réalisation. Je savais qu'il me suffisait de toucher l'un des points pour faire apparaître un écran présentant les événements, passés ou présents.
 Je remarquai qu'il y avait un espace non représenté sur le globe. Avant que je ne puisse m'y attardé, les prophètes se tournèrent vers moi.
— C'est un très bon projet de fin d'année que vous avez présenté à l'Académie des Jumeaux Devins.
— Merci.
— Papier de l'Arbre Feror, sur la planète Neuvis, encre de lumière vusrinéene à la plume - très belle écriture d'ailleurs.
— Sujet original. La situation sur Grara vous déplaît ?
— Je suis née là-bas. Depuis l'avénement du faux-roi, tout a changé.
— Attention alors, siffla le serpent. Dans une prophétie, vous ne pouvez absolument pas vous impliquer.
— J'ai mis une année graraïque pour l'écrire. Je ne fais plus ce genre d'erreur.
 Ils se regardèrent - si Rork voyait quelque chose. Puis Susssie se leva et contourna le globe. Elle passa près de la zone noire, siffla, puis désigna un endroit à l'autre bout de l'Univers. L'hologramme se transforma pour afficher une unique planète.
— Saolia, pour un premier test, Rork ?
— Pourquoi pas ? Ils sont habitués à recevoir nos prophéties.
— Excusez-moi, mais pourquoi il y a une zone floue sur votre mappe ?
— Ah, la Voie lactée...
 Susssie revint en arrière et zooma sur le néant présent sur son image. Rork plaça sa tête entre ses énormes mains, coudes posés sur la table.
— Nous étions trois dans ce bureau, avant. Le dernier a été remercié il y a quelques siècles.
— Notre partenaire a perdu les pédales pendant nos vacances. Il a littéralement bombardé une planète de prophéties. En moins de deux siècles autochtones, il y a mis près de cinquantes messagers.
— Il a même brisé la première règle du prophète.
— Ne jamais s'adresser directement ou indirectement au sujet, récitai-je.
— Pauvre Dieu, je ne sais même pas ce qu'il est devenu, déplora Rork.
— Depuis deux milles ans, la zone est en quarantaine. Les experts pensent qu'il y en a encore pour un moment.
 La sarpanta replaça l'hologramme sur Saolia, puis revint s'assoir. Elle me tendit un parchemin vierge, Rork me donna une plume d'oiseau-shird à pointe de cristal.
— Voyons comment tu te débrouilles avec le stress. Tu as un an pour écrire et réaliser une prophétie.
— Un an ici ?
— Autochtone, s'esclaffa Rork. On a à peine le temps de prendre notre pause, alors tu devrais te dépêcher !
 Sussie régla alors un sablier puis ils quittèrent la pièce en lançant le "A toute à l'heure !" le plus stressant de toute ma vie.
3
2
8
4
Feerieland
Abigail une adolescente solitaire et un peu bohème vit avec sa mère dans le Nevada et rêve de devenir actrice ou chanteuse. Sa mère n'a surtout pas envie qu'elle ait la même vie qu'elle, enceinte encore adolescente, abandonnée par le père et vivant d'un emploi de serveuse sans interêt.
7
4
14
23

Vous aimez lire Croque Morts ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0