Chapitre 25

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Quand j’avais cinq ans, mon père est parti de la maison. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de ma vie avec lui, mais je me souviens très bien de ce jour-là. Il se disputait dans la cuisine avec Maman. Je ne comprenais pas ce qu’ils se disaient, mais il criait. Maman pleurait. Ça a duré un moment. Ensuite, il est monté dans sa chambre, pour redescendre avec une valise. J’ai paniqué, je lui ai couru après dans l’allée, jusqu’à la voiture. Je l’ai appelé. « Papa, Papa ! ». Mais il ne s’est pas retourné, pas une seule fois. Il est monté dans sa voiture et il est parti. J’ai continué à lui courir après, même lorsque je ne voyais plus la voiture. Je ne suis rentrée qu’à la tombée de la nuit. Maman était morte d’inquiétude. Nous sommes restées seules toutes les deux pendant plusieurs mois. Au début elle était triste, mais elle a rapidement retrouvé le sourire. Pas moi. Tous les soirs, en rentrant de l’école, je lui demandais si mon Papa était rentré, s’il avait appelé, s’il avait envoyé une lettre. Il n’a jamais rien fait de tout ça. Je restais pendant des heures sur les marches du perron, à l’attendre. Il n’est jamais revenu. Jamais. Aujourd’hui, je ne me souviens même plus de son visage.

Ce que je ne savais pas encore, c’est que mes parents m’avaient eu très jeunes. Ma mère a arrêté ses études pendant sa grossesse et mon père a obtenu son diplôme, ce qui lui a permis d’obtenir un travail avec un salaire suffisant pour nous nourrir. Mais ils n’ont jamais été heureux ensemble. Alors quand ma mère a rencontré quelqu’un, elle a saisi l’occasion, voyant là une chance d’avoir une vie en-dehors de son foyer. Et quand mon père l’a découvert, il en a profité pour partir, heureux d’avoir enfin une bonne excuse. Je n’étais qu’une erreur au milieu de tout ça, une tâche tenace dont on n’arrive pas à se débarrasser.

Au bout de quelques mois, Maman m’a dit qu’on déménageait. Je ne voulais pas. Je me souviens lui avoir dit : « Mais si Papa revient, comment il saura où on est ? ». Elle s’est énervée, elle en avait marre que je parle de lui. Elle m’a dit que j’allais avoir un nouveau Papa, qu’on partait vivre avec Lui. J’avais que cinq ans, j’ai pas eu le choix. Alors on est allées chez Lui. Je ne L’avais jamais vu avant. Je me souviens encore des premiers mots qu’Il m’a dits, quand on est arrivées. « Bonjour Avril, je suis un ami de ta Maman. Tu peux m’appeler Papa si tu veux ». J’ai dit que non, je ne L’appellerai pas Papa, parce qu’Il n’était pas mon Papa et que mon Papa allait venir me chercher. Il m’a giflée. Maman a été surprise. Elle a sursauté, je m’en souviens. Mais elle n’a rien dit. Elle n’a jamais rien dit.

On a vécu comme ça pendant presque huit ans. Ses crises sont devenues de plus en plus violentes. Ses coups sont devenus de plus en plus durs. Et Maman est devenue de plus en plus muette. Il l’a frappait elle aussi bien sûr. Elle n’était pas épargnée. Mais je restais Sa cible préférée. Quand j’ai appris qu’elle était enceinte de Lui, ça m’a dégoûtée. Le regarder battre sa propre fille n’était pas suffisant, il fallait qu’elle Lui donne un autre enfant. Une autre marionnette. Un autre jouet. Je lui en ai voulu. Longtemps. Jusqu’à la naissance de Ronan.

Ce jour-là, c’était Halloween. D’habitude, je me poste à la fenêtre du salon et j’observe les enfants déambuler dans les rues. Je m’émerveille devant ces fantômes et sorcières qui défilent sous les regards de leurs parents, jamais bien loin. J’admire les costumes fabriqués à la main ou achetés dans l’unique boutique du coin, et j’épie également les seaux qui se remplissent de confiseries au rythme des sonnettes et des portes qui s’ouvrent.

C’est là que j’étais quand le téléphone a sonné. C’est moi qui ai décroché. C’était une infirmière de l’hôpital qui appelait. J’entends encore sa voix à l’autre bout du fil. « Votre mère vient d’avoir un petit garçon ». Je n’ai rien dit. J’ai raccroché. Je Lui ai annoncé la nouvelle. Il était avachi sur le canapé. J’ai juste dit « Maman a accouché ».

Je ne voulais pas aller le voir. Je haïssais ma mère. Et lui aussi. Lui, cet enfant tout juste né. Si faible. Si vulnérable. Ne pouvait-il pas sentir, à travers le ventre de ma mère, que cette maison n’était pas un lieu pour naître ? Pour grandir ? Pour vivre ?

C’est toute cette colère qui m’occupait l’esprit quand je me suis glissée dans la salle de bain pour me doucher. Et parce que j’étais dans mes pensées, je n’ai pas fermé la porte à clefs. J’ai oublié. Et parce que j’étais aveuglée par ma colère, je n’ai pas entendu la porte s’ouvrir. Je n’ai pas entendu le bruit des pas sur le carrelage. Les yeux fixés sur le mur, je n’ai pas entendu. Je n’ai pas vu. J’ignore combien de temps je suis restée sous l’eau. Mais je suis sûre qu’Il est resté pendant tout ce temps. Pendant tout ce temps, Il était derrière moi. Ce n’est que quand j’ai coupé l’eau, quand je me suis retournée, que je L’ai vu. Une silhouette derrière le rideau. Sa silhouette. Ce n’est qu’à ce moment-là que je me suis posé cette foutue question. « Est-ce que j’ai fermé la porte à clefs ? ». Non. Bien sûr que non.

Le temps s’est comme suspendu. Nous étions l’un en face de l’autre, séparés par un rideau de touche taché. Je refusais d’être celle qui l’écarterait. Aussi mince soit-il, c’était ma protection. Ma dernière protection. C’est Lui, c’est Lui qui l’a écarté. D’un seul coup. Il m’a regardée. Ou plutôt, Il a observé chaque courbe de mon corps d’un regard pervers, immonde. Et le temps a repris son cours.

Il m’a attrapée par les cheveux et m’a tirée hors de la baignoire, hors de la pièce. Il m’a traînée jusque dans ma chambre. Là, Il m’a fait tomber sur mon lit. Il a défait sa ceinture. Il a baissé son pantalon. Il a baissé son caleçon. Il m’a violée. Il a joui. Et Il est parti.

Je suis restée immobile pendant des heures sur ce matelas. Quand je me suis levée, il faisait nuit. Je suis retournée sous la douche. J’ai fermé la porte à clefs. J’ai eu beau frotter, je me sentais toujours sale. Je me sens toujours sale. J’avais mal.

Je suis allée à l’église voir le père Mathieu. Il m’a emmenée à l’hôpital. Et là, quand j’ai vu mon petit frère, je l’ai aimé de tout mon cœur. Je le lui ai dit. Je lui ai dit que je l’aimais. Jusqu’à la lune. Je lui ai promis de le protéger. J’avais treize ans.

Ronan n’a jamais été turbulent. Bien au contraire. Bébé, il ne pleurait jamais, comme s’il savait qu’il valait mieux se faire discret dans cette maison. J’ai terminé le lycée il y a un an et depuis je m’occupe essentiellement de lui. Je l’ai toujours fait. Peut-être plus que ma mère. C’est moi qui me levais la nuit pour calmer ses pleurs. C’est moi qui lui donnais à manger. C’est moi qui changeais sa couche. C’est moi qui l’emmène à l’école et qui vais le chercher. C’est moi qui le faire rire, qui le console. C’est moi qui l’aime. C’est moi qui le protège de son père. Il n’a jamais touché Ronan. Jamais. Je donnerai ma vie s’il le faut. Il ne l’a jamais touché, et Il ne le touchera jamais. Pas de mon vivant.

Le père Mathieu m’a beaucoup aidée. Lorsque je ne pouvais pas aller chercher Ronan à l’école parce que j’avais cours, il s’en chargeait. Et il restait avec lui jusqu’à ce que je vienne le récupérer. Ils sont très attachés l’un à l’autre. Après la mort de sa sœur, qui était ma professeure de piano, le père Mathieu s’est refermé sur lui-même. Il m’a demandé de continuer à venir jouer à l’église, pour lui. Sinon, elle lui semblait vide. Morte.

Je sais que lorsque je joue, il ferme les yeux et imagine sa sœur à ma place. Mais ça ne m’a jamais dérangée. Il me permettait de passer quelques heures hors de la maison, loin de Lui. Et il m’aidait à prendre soin de Ronan lorsque je ne savais plus quoi faire, lorsque j’étais déprimée ou lorsque j’avais bien trop mal quelque part pour réussir à sourire.

Ma mère ne savait pas qu’Il me violait. Chaque fois que ça se produisait, elle était soit au boulot, soit dans son lit à dormir à poings fermés. Elle n’a jamais su. Jusqu’à il y a cinq semaines. Elle s’est réveillée en pleine nuit. Lui n’a rien entendu, Il était bien trop occupé à prendre Son pied. Mais moi je l’ai vue. Il n’avait pas fermé la porte de ma chambre, pas complètement. Et dans l’entrebâillement, j’ai vu sa silhouette. J’ai vu ses yeux qui nous regardaient. Je ne sais pas combien de temps elle est restée. Mais elle repartie aussi silencieusement qu’elle était venue.

Le lendemain, elle s’est coupée les veines dans la baignoire. Cette même baignoire où Il m’avait vue nue pour la première fois était celle où ma mère mettrait fin à ses jours cinq ans plus tard. Quelques minutes plus tôt, elle était avec son fils, puis elle s’est enfermée dans la salle de bain sans penser qu’elle le laissait derrière elle. Juste de l’autre côté de la cloison, j’attendais qu’elle sorte pour lui parler, pour lui demander de nous emmener loin d’ici. Elle n’a pas laissé de lettre, juste un mot. Un seul mot, écrit sur un morceau de papier, posé sur le lavabo. « Pardon ». C’est tout. Juste un pardon griffonné sur du papier. C’est pas ça qui va me sauver. Moi j’avais besoin de ma Maman. Mais non, plutôt que de me tendre la main, de me dire « Viens ma chérie, on s’en va loin d’ici, loin de Lui », elle se suicide. Elle se fout en l’air et moi avec.

Comment voulez-vous expliquer à un enfant de cinq ans que sa Maman est morte, qu’elle s’est suicidée. Que voulez-vous répondre quand il vous demande pourquoi ? « Elle ne supportait pas que ton papa couche avec ta sœur » ? « Elle ne nous aimait pas assez pour rester » ?

Le pire dans tout ça, c’est que Ronan va bien. Il a été triste, oui. Mais je ne pense pas qu’il puisse dire que sa mère lui manque. Elle n’a jamais été présente pour lui. Je pense qu’on ne saura jamais ce que signifie l’amour maternel. Nous n’avons jamais eu la chance de le ressentir. Mais je fais en sorte que Ronan ne manque de rien, qu’il ait toujours une raison de sourire.

Chaque soir, au coucher, je lui demande de me parler d’un de ses rêves. Parce que je ne veux pas qu’il finisse comme moi. Je ne veux pas qu’il les oublie et qu’il devienne une carcasse vide. Je veux qu’il garde ses rêves d’enfants aussi longtemps que possible. Voir la mer, faire le tour du monde, voir les kangourous, devenir un super-héros, visiter un sous-marin, voir les lanternes de cette maison briller, marcher sur la lune, et j’en passe. Je les connais tous. Et je veillerai à ce qu’il les réalise tous. Chacun d’entre eux. Pour que plus tard, quand il sera vieux, lorsqu’il rendra son dernier souffle, entouré de ses enfants et de ses petits-enfants, il puisse se dire qu’il a bien vécu et qu’il a réalisé chacun de ses rêves. Je veux qu’à ce moment-là, il puisse se dire que cette vie valait la peine d’être vécue.

***

Avril était épuisée, elle en avait raconté plus qu’elle ne pensait le faire. Mais elle en avait besoin. Ses yeux étaient toujours fixés sur l’âtre de la cheminée, qui n’était désormais rempli que de cendres et de braises. Elle ne pleurait pas, ne disait plus rien. Elle se réveillait tout doucement d’un long sommeil de treize ans. Courbaturée, ankylosée, vidée, exténuée, fatiguée, lessivée.

Tim fixait la cheminée d’un regard où pointait la colère. Raphaëlle pleurait à chaudes larmes dans les bras d’Hippolyte qui se retenait de toutes ses forces en se mordant les lèvres. Le visage d’Etienne était dénué d’expression mais ses poings étaient tellement serrés qu’ils en devenaient blancs. Aucun d’eux ne la regardait. Ils étaient perdus dans leurs pensées, leurs remords et leur colère.

Avril se leva sans leur laisser le temps de parler et monta l’escalier. Elle rejoignit Ronan dans le lit et se glissa doucement à ses côtés, sous la couverture. Il bougea un peu pour se blottir contre sa sœur. Elle lui murmura cette petite chanson qu’elle n’avait jamais oubliée. Jamais.

— Je te protégerai. Il ne te touchera pas, je te le promets. Je t’aime Ronan. Je t’aime. Jusqu’à la lune.

Quelques heures plus tard, Etienne entrouvrit la porte de la chambre et les regarda dormir. Il avait attendu que ses amis aillent se coucher. Après le départ d’Avril, personne n’avait rien dit, personne n’avait regardé personne. Une fois qu’Etienne s’est retrouvé seul, il a pleuré. Il a pleuré de colère contre lui-même. Il a pleuré à chaudes larmes pendant longtemps, à l’abri des regards. Puis, il a fait une promesse. Là, dans le noir, il a promis qu’il les protégerait.

Seuls, ils avaient tous fait cette promesse. Raphaëlle, pendant qu’elle montait les escaliers. Hippolyte, dans son lit. Tim, dans le grenier. Etienne, dans le salon. Les seuls récepteurs de ces promesses étaient leurs esprits, la nuit et la lune qui perçait à travers les nuages.

Là, dans le noir, le regard tourné vers Avril, Etienne murmura. Il prononça un mot, un petit mot, tout doux. Comme une petite bulle qui éclate.

— Pardon.

Il referma la porte sans voir le sourire qui se dessinait sur le visage d’Avril, comme une petit bulle qui prenait forme, là, à l’intérieur de cette maison pleine de cœurs brisés. Des cœurs brisés, oui, mais des cœurs qui battent.

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Journal d'une étudiante de septembre à juin.

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