Chapitre 3 : Salut Maddie

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6 Juillet 2200

Le paysage forestier défile devant les grands yeux fatigués de Clovia, qu’elle détourne en grimaçant aux premiers rayons de soleil à l’atteindre à travers la cime des arbres. Elle sort machinalement son téléphone de la poche de sa veste pour regarder l’heure : 6h37. Bon, elle avait réussi à dormir… environ trois heures. Sans compter les éventuels micro réveils dont elle ne doit pas se souvenir. C’est mieux que rien, même si elle n’aurait pas été contre quelques minutes supplémentaires… mais de toute façon, ça fait déjà plusieurs jours que ça dure, alors elle n’espérait pas non plus un miracle.

Elle se redresse mollement sur son siège en baillant discrètement puis jette un œil autour d’elle : le bus a dû faire pas mal d’arrêts durant la nuit car il ne reste plus que quelques passagers en plus d’elle-même. Instinctivement, elle prend son sac, posé sur le siège d’à côté, et s’assure qu’il ne lui manque rien. Tout semble en ordre, bien qu’elle ne puisse s’empêcher moins de trente secondes plus tard de vérifier une seconde fois. On n’est jamais trop prudent, après tout.

Elle se redresse à nouveau en poussant un long soupir, et pose sa tête contre la vitre pour s’égarer dans cette infinité de brun et de vert se mélangeant à toute vitesse. Elle reste ainsi, toute calme et pensive, sans prêter attention au temps qui passe, triturant de temps à autre la petite croix qu’elle porte autour du cou. Au bout d’un moment et d’une ou deux villes, elle reprend son téléphone qui affichait alors 7h15 , tape sur l’application de messagerie puis commence à pianoter de ses longs doigts parfaitement manucurés :

Salut Maddie ! Comment tu vas ?

Elle efface aussitôt ces mots. C’était une question stupide. Enfin, dans le sens où ce serait plutôt à demander une fois arrivée.

Salut Maddie ! J’espère que t’es prête pour faire la fête !

Direction poubelle. Ce n’était déjà pas un truc à elle, faire la fête, autant ne pas la dissuader de venir avec un mauvais choix de phrase. Clovia a même été surprise qu’elle accepte son invitation, et soupçonne que sa décision ne fut motivée que par le fait qu’il s’agit de leur première occasion de se revoir depuis… depuis très longtemps. Même entre meilleures amies, ce n’est pas facile d’entretenir le contact quand la vie crée ce fossé de longueurs diverses, ici de plusieurs centaines de kilomètres, que l’on appelle « déménagement ». La vie… et probablement un peu Clovia aussi.

Salut Maddie ! Je devrais arriver vers midi. 13 ou 14h grand max si la circulation décide d’arrêter d’être sympa. Si tu veux, on pourra manger un morceau chez Cinska avant de partir, histoire de se retrouver un peu.

Idiote, idiote ! hurle-t-elle intérieurement avant d’effacer la dernière phrase. Cinska, c’était leur resto chinois préféré. C’était, parce qu’il a mis la clé sous la porte il y a deux ans de cela. Maddie le lui avait dit, en plus ! Et plusieurs fois ! Heureusement qu’elle n’a pas envoyé le message, sinon ça aurait totalement donné l’impression que leurs rares conversations n’ont aucune importance à ses yeux… Il ne manquerait plus qu’elle se la mette à dos, elle aussi !

Salut Maddie ! Je sais qu’on avait fixé le rendez-vous à ce soir, mais finalement, je vais venir en avance. Désolée de te prévenir à la dernière minute. Je devrais arriver vers midi. 13 ou 14h grand max si la circulation décide d’arrêter d’être sympa. Si tu veux, on pourra faire un tour en ville avant de partir, histoire de se retrouver un peu. Hâte de te voir !

On finit par un petit emoji souriant pour donner un peu d’humanité à ce brouhaha de chiffres et de lettres… Eh ben voilà, c’était pas si compliqué que ça ! Tant de chamailleries intérieures, juste pour un pauvre SMS que Maddie prendra trois secondes à lire et auquel elle répondra d’un simple « D’ac »… si tant est qu’elle en prenne la peine. En ça, elle n’avait pas changé. Pour le reste… ce sera une surprise, disons. Au fond, Clovia le sait, elle a un peu peur de la revoir après ces huit longues années. Et si elle décidait, d’un coup, que leur amitié avait trop pâti de la distance et ne valait plus rien ? Non, non. Elle a accepté de venir sur un yacht bruyant rempli de jeunes destinés à se bourrer la tronche et faire des choses peu catholiques, alors que c’est à des années lumière de son univers, juste pour la retrouver. Elle lui a tendu la main avec cette réponse, c’est quand même un point positif !

La jeune femme s’enfonce un peu plus dans le siège en poussant un lourd soupir, puis remarque son reflet sur l’écran du téléphone. Elle a vraiment une sale tête… C’est pas l’idéal pour des retrouvailles. Encore moins quand il s’agit d’une meilleure amie. Elle détache alors sa longue chevelure auburn et les démêle allègrement avec ses doigts, ce qui lui rappelle non sans un sourire toutes les fois où elles s’amusaient à se coiffer ensemble quand elles étaient enfants. Elles avaient toutes deux des cheveux épais et bouclés, quoique les siens disposaient d’une nature beaucoup, beaucoup plus rêche. Maddie l’asseyait face à la baie vitrée donnant sur le jardin, se postait derrière elle pour la brosser avec une infinie douceur, sans s’énerver ni batailler contre le moindre nœud, et la faisait rire pour passer le temps. Sa patience était telle que Clovia la qualifierait aujourd’hui de surnaturelle, ni plus ni moins.

Une fois la terrible crinière domptée, elle l’attache comme d’habitude en queue de cheval haute, puis s’observe à travers l’application photo de son téléphone : son maquillage – c’est à dire un simple fard à paupière brun et une touche de mascara, Clovia n’a jamais été du genre à trop en faire – semble avoir tenu la route, même si ça pourrait être mieux. De toute façon, elle ne peut pas y faire grand-chose, elle n’a rien sous la main. Peut-être qu’elle trouvera ce qu’il faut chez Maddie. Ou, soyons fous, pourquoi pas faire un saut dans un salon de beauté. Oui, c’est très bien, ça !

Le bus s’arrête dans un petit village qu’elle reconnaît aisément. Elle savait déjà qu’elle n’était plus qu’à quelques dizaines de kilomètres de sa destination, mais revoir cet endroit où habitaient autrefois ses grands-parents ne rend ce sentiment que plus réel encore… de même que le mélange d’excitation et d’oppression s’animant dans son cœur. Depuis l’arrière du car, elle voit les portes s’ouvrir pour laisser descendre un homme, remplacé quelques secondes plus tard par un autre. Il se dirige directement vers le dernier rang, mais stoppe sa route lorsqu’il remarque Clovia. Ne faisant pas plus de dix-sept ans, vêtu comme un lycéen typique sans grande prétention, il s’assied sur le siège de la file d’à côté et lui sourit. Pas avec le genre de sourire qui dit « Bien le bonjour », mais plutôt « Hey bébé », à en juger par la lueur dans ses yeux. Miséricorde…

— C’est mort, passe ton chemin, lui lance-t-elle sans demi mesure.

Décontenancé par son ton sec, il tente de répliquer mais elle ne lui en laisse pas le temps : un regard bien noir et un brusque signe de la tête suffisent à lui faire déclarer forfait. Il s’exile alors tout au fond du bus pour sa plus grande satisfaction, vite éclipsée par la notification d’un SMS. Un SMS de Droy. Elle ne l’avait pas bloqué ? Peu importe. Elle ne le lira pas. Qu’est-ce qu’il pourrait bien avoir à lui dire, de toute façon ? Ce n’est pas comme si ça allait changer quelque chose…

Ah, stop ! Elle a mieux à faire que de penser à lui ! Elle a des tas de choses plus réjouissantes sur lesquelles se concentrer : la réussite de ses études, le remariage de son père, et les quelques jours formidables qu’elle est sur le point de passer avec Maddie ! Rien ne devrait venir gâcher ça ! Inspire, expire, lentement… Encore, et encore… Voilà. Ça va mieux maintenant. Malgré tout, elle continue de percevoir, tout au fond de son cœur, cette appréhension qu’elle ne saurait expliquer… en fait, si, elle sait très bien ce qui la préoccupe, ça n’a rien d’un secret. Qui ne craindrait pas les dégâts du temps et de la distance ? Mais ce n’est pas le moment d’y songer.

Une fois toutes ces pensées parasites chassées, Clovia se remet à admirer le paysage, l’esprit tourné vers d’heureux souvenirs. Elle porte inconsciemment la main à son oreille pour toucher la petite croix qu’elle y arbore, et là seulement, son visage fatigué s’illumine d’un sourire détendu.

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