Chapitre 11 : L'orage (Partie 1/2)

8 minutes de lecture

Note d'auteur

Bonjour à tous ! Je rédige vite fait cette note pour vous indiquer qu'à partir de ce chapitre, il sera fait recours à l'écriture inclusive (ou neutre) pour accompagner un certain personnage. Des mots pourront vous sembler étranges, mais ils ne seront pas à considérer comme des fautes (à moins que vous-mêmes n'utilisiez cette écriture, dans ce cas n'hésitez pas à me dire si je me trompe de formulation). Une petite étoile ( * ) sera là pour indiquer quels mots sont concernés, avec une signification en bas de page. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !

* * *

Les yeux d'Orion se ferment lentement tandis qu'il se délecte du nectar printanier des jardins de la constellation du Bélier. Il lui rappelle son enfance sur Terre, dans un lointain passé. En tant que fils aîné, il se devait de travailler dur pour aider sa famille qui était, dans son village, chargée de s'occuper des récoltes de blé. Et de ses mains d'enfant, il prenait sa tâche très à cœur : précoce pour son âge, il avait très vite gagné en maturité et les responsabilités ne lui faisaient pas peur. La seule chose qu'il souhaitait était d'épargner à ses parents plus de travail que nécessaire, et ainsi les rendre fiers de lui. Alors, quand il fut choisi pour devenir Cortégien du grand Beran du Bélier... Comment pourrait-il oublier ?

C'est arrivé peu de temps après ce que la populace appelle depuis toujours « Nuit Sombre ». Les constellations, ces refuges, ces cœurs sacrés, symboles du pouvoir des protecteurs venus des cieux, ont comme par magie changé de place, de sorte à ce qu'elles puissent toutes être vues au même moment dans le ciel, lumineuses comme jamais auparavant. Et elles se sont mises à disparaître les unes après les autres.

Personne n'osait le dire, mais tous le savaient : les Dieux des Étoiles étaient en train de mourir. Et du haut de ses 19 ans, Orion savait ce que cela signifiait : la fin d'une Génération, et si le pire devait se produire, de leur monde et de l'Univers tout entier. Là-haut se déroulait une terrible bataille à laquelle nul ne pouvait prendre part. Nul ne pouvait soutenir ceux qui les protégeaient, et pourtant, ce n'était pas l'envie qui manquait.

Orion se souvient encore aujourd'hui avec exactitude de ce qu'il avait ressenti à ce moment là, le moindre frisson sur sa peau, le moindre battement de cœur trop fort, le moindre tremblement dans son souffle tandis qu'il assistait à ce qui pouvait être soit un renouveau, soit une fin. Et les étoiles continuaient incessamment de s'éteindre, les unes après les autres. Tous avaient entendu parler des légendes sur ces batailles ultimes, qui n'avaient eu lieu avant celle-ci que deux fois, mais n'auraient jamais imaginé être les témoins de l'une d'elles. Certes, on ne pouvait rien voir de ce qu'il se passait dans les cieux, mais le simple fait de distinguer la lumière des constellations décliner lentement, luttant pour survivre, jusqu'à disparaître totalement, était amplement suffisant.

Rien ne pourrait décrire ce qu'Orion a ressenti lorsque les astres du Bélier se sont éteints à leur tour. Sur Terre, tous les Dieux des Étoiles sont vénérés, mais il arrive souvent que l'on en privilégie un selon ce qu'il représente. Or, le Bélier était considéré comme étant le protecteur des troupeaux et des récoltes, ce de quoi le village du jeune garçon vivait. Et le lendemain, seule la constellation de la Balance subsistait. Puis est réapparue soudainement celle du Serpentaire, et à ce moment là, tous ont compris dans le plus grand soulagement que la vie allait pouvoir reprendre son cours.

Un jour, au beau milieu du printemps, Orion fut brusquement réveillé peu après l'aube. Il n'avait même pas eu le temps de s'habiller qu'il fut réuni sur la place principale avec une vingtaine d'autres personnes. En regardant attentivement leurs visages, il a réalisé qu'ils faisaient tous partie d'une tranche d'âge en particulier, et comme tout le monde se connaissait, il savait qu'ils étaient nés durant le mois et qu'ils partageaient le même signe du zodiaque. C'est alors que la véritable surprise, une surprise de taille, s'est dévoilée à eux : le Dieu du Bélier était descendu sur Terre et avait fait halte dans leur village. Le sang d'Orion n'a fait qu'un tour tandis qu'il comprenait ce que cela signifiait : quelqu'un allait avoir l'honneur d'être choisi de la main même d'un Dieu des Étoiles pour devenir un membre de son Cortège.

Cette coutume remonte aux temps les plus anciens, à l'époque de la toute première Génération : les Dieux descendent l'un après l'autre sur Terre pour désigner dix personnes, cinq hommes et cinq femmes, qui l'accompagneront et lui tiendront compagnie dans les cieux. Seules deux conditions sont requises : avoir entre 16 et 30 ans, et être natif du même signe que le Dieu en question. C'est un privilège que tout être humain a au moins une fois rêvé d'obtenir : en temps normal, les Hommes ne peuvent survivre dans les royaumes célestes. Mais grâce à la bénédiction d'un Dieu, les élus peuvent jouir de la vie et de la jeunesse éternelle, à la condition de rester à ses côtés. Ils constituent, en quelque sorte, une élite parmi l'Humanité. La toute première à avoir été créée.

Orion a bien cru que son cœur allait s'arrêter lorsque les iris d'or se sont posés sur lui, après de longues minutes passées à jauger chaque candidat potentiel. Il n'était pas rare qu'aucun ne soit retenu. Et quand la voix douce, divine, de l'être extraordinaire se tenant devant lui, lui a demandé son nom, il a compris qu'il avait été choisi. En ce jour, il n'était plus Orion le fermier. Il était Orion le Cortégien du Bélier. Lorsqu'il est ressorti de sa maison, paré des atours des serviteurs divins, et a tourné la tête vers ses parents, il a vu à quel point ils étaient émus et fiers. Il venait d'apporter la promesse d'honneur et de prospérité à son village.

Ce soir là, la fête fut grandiose. Les villages voisins furent conviés à l'incroyable cérémonie, et tous purent admirer le Seigneur Beran et son nouvel élu. Il était devenu aux yeux de tous un héros, bien qu'ayant encore du mal à le réaliser. La flore était devenue merveilleuse, l'aura du Bélier ayant doté l'herbe de couleurs chatoyantes, les arbres de fruits savoureux et la terre de fleurs splendides. Jamais les récoltes n'avaient été aussi fructueuses, jamais le printemps n'avait été aussi beau.

Lorsque la saison s'acheva, il était temps pour le Dieu de retourner à sa constellation en compagnie de ceux et celles qu'il avait choisis. Orion savait qu'il y avait désormais peu de chances qu'il revoie sa famille un jour, mais sa tristesse s'estompait tandis qu'il pensait à l'honneur qu'il leur avait fait, et à l'opulence que le cadeau du Bélier leur avait offerte. Et depuis ce jour, il lui tient compagnie et veille à sa santé.

Le voici, près de 2820 ans plus tard, toujours doté du visage fin, presque angélique du garçon de 19 ans qui attendait son Dieu. Il ouvre les yeux, ses longs cils frôlant les pointes de sa chevelure platine brillant au soleil. Il soupire tristement en songeant à la silhouette divine endormie, en souffrance, qu'il a aperçue la veille sous cet arbre non loin devant lui. C'est une bonne chose qu'il ne l'y ait pas vue aujourd'hui. Plus les jours passent, et plus le Seigneur Beran s'affaiblit en se morfondant dans les bras de Morphée. Tout ça à cause de ce qui est arrivé presque 500 ans plus tôt. Tout ça à cause de Kozoro du Capricorne.

— Tu ne devrais pas penser ainsi, c'est irrespectueux.

Orion se retourne à la voix grave et profonde de son confrère, qui l'observe de ses yeux clairs attentifs et pénétrants. Inutile de lui cacher quoi que ce soit, Clardan ne peut certes pas lire les murmures intérieurs, mais il le connaît décidément trop bien pour ne pas savoir à quoi son esprit peut s'adonner.

— Je le sais, répond-t-il en se mordant la lèvre, mais je n'arrive pas à m'en empêcher. Je ne supporte plus de voir notre pauvre maître se dépérir de jour en jour parce que Dame Kozoro est morte en nous ayant tous trahis.

— Écoute, nous n'y pouvons rien. Nous ne pouvons influer sur les sentiments du Seigneur Beran, ni sur la manière dont il les gère.

Orion inspire lentement tandis qu'il sent la colère l'envahir et ses yeux devenir humides :

— Nous n'y pouvons rien, mais nous devrions ! Combien de temps cela durera-t-il encore, selon toi ? C'est pourtant notre rôle d'apporter compagnie et réconfort à notre maître ! Pourquoi ne pouvons-nous lui offrir la paix ? Pourquoi moi, ne le puis-je ?

— Cela me désole tout autant que toi, soupire Clardan, mais que veux-tu que nous y fassions ? As-tu déjà expérimenté l'amour ? Jamais deux êtres n'ont pu s'aimer plus longtemps que des Dieux des Étoiles. Ce n'est pas anodin. Il est probable que la douleur ne cesse jamais.

Orion finit par s'asseoir dans l'herbe en poussant un léger soupir. Son compagnon l'imite, le regard bienveillant, et pose son épaisse main sur son épaule d'un geste fraternel. Le jeune garçon ne peut cependant s'empêcher de continuer à murmurer tristement.

— Je regrette que Liarey ne soit plus là. Elle, au moins, me comprenait, confie-t-il.

— Elle me manque à moi aussi. Ainsi que tous ses compagnons de la constellation du Capricorne.

— J'y suis allé lorsque j'ai appris qu'elle avait réapparu. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris. Peut-être ai-je été envahi par l'espoir naïf et insensé de les revoir. Mais...

Orion ne trouve pas la force de terminer sa phrase, mais Clardan sait parfaitement ce qu'il veut dire. Parler de ce fameux jour n'est pas chose facile, car la Déesse du Capricorne n'est pas la seule à avoir péri. Lorsqu'une Incarnation est sur le point d'atteindre ses 1000 ans et que sa constellation se meurt, ses Cortégiens sont transférés au royaume du Serpentaire afin de leur assurer la vie sauve jusqu'à sa renaissance, mais si sa mort survient prématurément, il peut arriver que certains, voire tous, n'aient pas l'occasion de se mettre en sécurité avant la disparition de la constellation. C'est ce qui arriva ce jour là : prisonniers d'un monde mourant, les Cortégiens du Capricorne n'ont pas eu le temps d'être évacués et ont disparu avec lui, effacés à jamais. C'est là l'un des seuls risques qu'il est possible pour un Cortégien de courir.

— Liarey, Fillys, Farant, Zahyd, Yrlon, Biraenys, Passiopée, Merlin... Aucun n'a pu en réchapper. Cela fait peut-être presque 500 ans, mais leur absence m'attriste toujours, soupire Orion.

— Tu oublies Kezirah et Zakraïn, remarque Clardan.

— Non, je ne les oublie pas. Mais à la différence des autres, ils se trouvaient sur Terre quand c'est arrivé. Il y a encore une petite chance qu'ils soient toujours en vie, et qui sait, peut-être même pourront-ils revenir parmi nous maintenant que Dame Kozoro et sa constellation brillent à nouveau.

Le garçon longiligne s'allonge, quelques brins d'herbe arrachés du sol dans la main, et observe le ciel en les laissant se faire doucement emporter par le vent.

— Mais je suis sans doute encore une fois trop naïf. Ils sont peut-être déjà morts. Et s'ils ont échappé aux guerres, aux maladies et à tout ce que la Terre a de dangereux à offrir... De toute façon, leur temps est compté.

Les deux hommes sont soudainement interrompus lorsqu'une femme, vêtue elle aussi des couleurs du Bélier, les rejoint, toute essoufflée.

— Venez vite ! Il y a du grabuge chez le Seigneur Ophiuchus !

— Que se passe-t-il, Gwyneth ? s'enquiert Clardan en se relevant aussitôt.

— En quoi notre présence serait-elle d'une quelconque importance ? répond Orion sans bouger.

— C'est le Seigneur Beran ! Il a perdu la tête ! Il a provoqué le Seigneur Vahy en duel !

* * *

Annotations

Recommandations

ElliePyroFire
Ellie se découvre la maîtrise du feu et doit tout mettre en œuvre pour se cacher de ses ennemis. Alors qu'elle ne parvient pas totalement à contrôler ses émotions, celle-ci se voit confier la mission de retrouver un katana aux dangereux pouvoirs avant qu'il ne tombe entre de mauvaises mains.
Elle pourra compter sur l'aide de ses alliés, mais certaines découvertes pourraient lui rendre la tâche encore plus difficile.

Couverture réalisée sur Canva.
130
157
465
145
Défi
Nikal Dapar
Réponse au défi des micronouvelles de Ceryse, SeekerTruth et Sven123
74
78
1
2
vani974
Loa est une jeune adolescente de dix sept ans qui vie seule avec sa mère. Tout est parfait, un petit ami fantastique, une famille et des amis formidable, et bientôt l'université, cependant, depuis quelque temps, Loa fait des rêves qui lui semble bien réel, des visions d'un jeune homme ne cesse de la hanté. Qui est-il? Pour le découvrir, elle devra accepté sa vrai nature, une nature or du commun, car Loa n'est autre qu'un ange. . .
59
11
25
220

Vous aimez lire Merywenn1234 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0