Chapitre 2 : L'Assemblée (Partie 1/2)

6 minutes de lecture

15 Cancri 16 893

Des bruits de pas résonnent à travers les couloirs. L'homme avance avec empressement. Ses cheveux argentés brillent à la lueur des chandeliers et ses iris d'or reflètent la surprise et l'appréhension. Il a été convoqué ici même, et il a une petite idée de la raison de cet appel. Il est arrivé il y a peu et déambule seul dans les corridors du château. Seul, il ne le restera plus très longtemps. Car s'il a été convié à venir, il doit sûrement en être de même pour les autres. Combien sont déjà arrivés à l'heure qu'il est ?



Il ne se fait pas d'illusions, il sait pertinemment pourquoi une telle réunion, qui n'avait pas eu lieu depuis des siècles, se tient en ce jour. Ce qui l'inquiète plus précisément, c'est la réaction des uns et des autres. Il les connaît, eux et leur façon de penser. Il se demande encore pourquoi il prend la peine de venir si c'est pour entendre à nouveau un Everest d'accusations et de mépris. Il soupire longuement tandis qu'il tente de se vider la tête, de penser à autre chose. Mais rien n'y fait, son esprit est définitivement troublé.



Il a compris que tout avait changé lorsque, quelques heures plus tôt, cette sensation l'a envahi. Son corps entier s'était mis à vibrer, comme à nouveau en harmonie. Un sentiment qu'il n'avait plus ressenti depuis fort longtemps, et qu'il pensait éteint à jamais. Son cœur battait comme jamais auparavant, comme si une part de son être était revenue à la vie. Et avec elle, un mauvais pressentiment.



Il arrive finalement devant les portes menant à une salle qu'il ne connaît que trop bien. Après avoir pris une longue et profonde inspiration, il les ouvre et pénètre dans l'immense amphithéâtre de pierre, couvert par endroit de luxuriantes verdures. Un trou au plafond laisse entrer un doux et chaud halo de lumière éclairant le centre de la pièce, lui conférant une atmosphère spéciale, voire agréable pour ceux qui savent apprécier. Plusieurs personnes y sont rassemblées, parlementant entre elles ou perdues dans leurs pensées. Un rapide coup d'œil permet au nouvel arrivant de comprendre qu'il fait partie des derniers à les rejoindre. Il descend les marches doucement et se dirige vers une femme adossée contre un mur, qui finit par remarquer sa présence.



— Beran, le salue-t-elle sobrement.



— Styr, répond-t-il sur le même ton.



Elle se détache du mur dans un petit bruit métallique, causé par les grands anneaux d'or enserrant ses cheveux. Ses yeux d'un violet plus sombre que d'habitude le dévisagent d'un air qu'il ne peut comprendre qu'à merveille. Ils pensent tous deux à la même chose.



— Ce n'était donc pas un rêve ou une quelconque illusion, dit-il en regardant autour de lui, c'est réellement en train d'arriver.



— Il semblerait, oui. Mais comment ? Comment cela a-t-il pu se produire ? Et pourquoi maintenant, après tout ce temps ?



— Penses-tu que cela puisse être un signe ? Un nouveau départ ? Un grand changement ? Ce genre d'idioties folkloriques ?



— Je ne suis sûre que d'une seule chose : cela ne plaira pas à Père.



— Et pas uniquement lui... confirme-t-il en regardant brièvement les autres.



Des murmures s'élèvent, aidés par l'écho de la salle. Des murmures surpris, songeurs, indignés.



— Je n'aime pas ça, s'inquiète-t-il.



— J'ai un mauvais pressentiment. Pourquoi a-t-il fallu que cela arrive aujourd’hui ?



— Que veux-tu dire par là ?



Les grandes portes s'ouvrent à nouveau, dévoilant un homme légèrement plus âgé, vêtu d'un kimono rouge et noir. Son visage à la fois doux et sévère reflète la plus grande sérénité, accentuée par la verdoyance de ses longs cheveux. Tous se tournent vers lui, tandis que le silence s'installe dans la pièce.



— Mes enfants. J'ai ressenti ce que vous avez ressenti. Je sais ce que cela implique. Après 500 ans d'absence, son aura s'est réveillée. La dixième constellation, autrefois disparue, brille à nouveau parmi les étoiles. L'Incarnation du Capricorne... votre sœur, ma fille... Kozoro est revenue parmi les divins.



Une telle nouvelle devrait réjouir l'assemblée, mais le silence pesant et les visages sombres indiquent à Ophiuchus qu'il n'en est rien, ce qu'il ne peut comprendre que trop bien.



— Je sais ce que vous pensez. Je sais que la rancœur occupe toujours vos êtres. Mais je vous en prie, abandonnez la. Pardonnez à votre sœur. Elle a fait une erreur, et elle en a payé le prix. Trop de temps s'est écoulé sans son soutien. Ce qui est en train de se produire est une seconde chance, nous devons la saisir ! Les futilités passées importent peu désormais.



Une jeune femme aux yeux fermés hoche la tête en désapprobation, et lui répond avec une once de dégoût dans la voix :



— Si par « futilités passées » vous voulez parler de sa tentative de meurtre à votre encontre, alors je refuse de lui pardonner, Père. Je ne pense même pas pouvoir en être capable un jour. C'est au-dessus de mes forces !



— Panna a raison, intervient un homme assis en tailleur sur une table de pierre, elle ne mérite pas votre pardon, ni le mien, ni le nôtre à tous.



— Elle a trahi notre famille ce jour là... s'inquiète un autre garçon, plus frêle que les autres.



— Alors comment pouvez-vous être sûr qu'elle ne recommencera pas ? termine sa jumelle sur le même ton.



À nouveau les voix s'élèvent, exprimant chacune l'indignation, l'inquiétude et le mépris, au grand dam d'Ophiuchus.



— Mes enfants, je vous en prie, calmez vous ! Kozoro n'a jamais été une mauvaise personne, et vous le savez pertinemment. Elle a seulement... fait une erreur. Je regrette toujours ce qui est arrivé.



— Vous n'aviez pas le choix, s'adoucit Panna, il fallait vous défendre. Il valait mieux la perdre elle, que vous perdre vous. Sans vous, notre monde, le monde des humains, la galaxie toute entière seraient dévorés par le Néant.



— Et sans elle, la Barrière s'affaiblit. Parce que nos pouvoirs l'alimentent depuis toujours, le moindre changement décroît sa puissance, et c’est ce qui se passe à chaque instant depuis 500 ans. Nous ne réussirons jamais à remplir le vide laissé par la mort du Capricorne, vous le savez tout autant que moi. Si nous persistons dans cette voie, le Néant finira par la contrer. Tous nos efforts auront été vains. C'est ensemble que nous sommes forts, nous avons tous un rôle à jouer dans la protection de la barrière. Tous. C'est ainsi que nous avons été créés, et c'est ainsi que nous devons rester.



Devant les regards sceptiques, le Dieu du Serpentaire soupire longuement avant de continuer, espérant raviver ce qui autrefois les unissait tous.



— La Kozoro qui m'a attaqué n'est plus. Une nouvelle Kozoro est née, libre de l'emprise des machinations des humains. Il y aura toujours des fruits pourris dans le panier, mais votre sœur aimait trop l'Humanité pour le voir. C'était là sa seule faiblesse en cette vie. Ceux qui l'ont retournée contre nous étaient mauvais, habiles et vicieux. Je ne peux pas la blâmer pour être tombée dans leur piège, et vous ne devriez pas non plus. Nous n'avons pas le droit de la priver plus longtemps de sa famille ! En dépit de ce qu'elle a fait, elle est ma fille, et je l'aimerai toujours.



— Et s'il lui prenait l'envie de recommencer ? De nous trahir une fois de plus ? Comment pouvons-nous en être assurés ? lance d'une voix forte une femme à la peau sombre et d'une taille imposante.



— Tu peux l'être, ma chère enfant, vous le pouvez tous, car elle n'a désormais plus aucun souvenir de son ancienne vie, et tant mieux. Ainsi, elle n'aura pas à rougir de ses actes passés. Ouvrons lui nos bras, montrons lui que nous sommes présents pour elle. Si elle a fini par céder aux plans des humains, c'est parce qu'à un moment ou à un autre, elle a perdu foi en nous. Et j'en suis profondément attristé. Ce genre de choses ne devrait jamais arriver, encore moins à nous. Regagnons sa confiance, et à cet instant seulement nous redeviendrons forts, unis, la famille que nous étions autrefois.

Annotations

Recommandations

ElliePyroFire
Ellie se découvre la maîtrise du feu et doit tout mettre en œuvre pour se cacher de ses ennemis. Alors qu'elle ne parvient pas totalement à contrôler ses émotions, celle-ci se voit confier la mission de retrouver un katana aux dangereux pouvoirs avant qu'il ne tombe entre de mauvaises mains.
Elle pourra compter sur l'aide de ses alliés, mais certaines découvertes pourraient lui rendre la tâche encore plus difficile.

Couverture réalisée sur Canva.
130
157
465
145
Défi
Nikal Dapar
Réponse au défi des micronouvelles de Ceryse, SeekerTruth et Sven123
74
78
1
2
vani974
Loa est une jeune adolescente de dix sept ans qui vie seule avec sa mère. Tout est parfait, un petit ami fantastique, une famille et des amis formidable, et bientôt l'université, cependant, depuis quelque temps, Loa fait des rêves qui lui semble bien réel, des visions d'un jeune homme ne cesse de la hanté. Qui est-il? Pour le découvrir, elle devra accepté sa vrai nature, une nature or du commun, car Loa n'est autre qu'un ange. . .
59
11
25
220

Vous aimez lire Merywenn1234 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0