Chapitre 2 Lucas

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J’aurais cru que ce serait difficile, passer de deux à quatre pattes, mais finalement, ma course était naturelle. J’allais plus vite qu’eux et je parvins finalement à me faufiler entre les immeubles d’un quartier voisin. S’ils n’avaient aucun pouvoir leur permettant de me localiser j’étais tranquille pour un moment. Je partis donc m’assoir sous l’un des porches pour observer la rue.

Et maintenant ? Je ne pouvais pas simplement rester en chat à me cacher. Je devais trouver de l’aide et découvrir ce qu’il s’était passé chez moi, découvrir ce qu’il était arrivé à mes parents et à mon frère. Mon frère… mais oui ! J’avais trois frères, un qui vivait encore avec nous, de deux ans mon aîné, mais j’en avais également deux autres, des jumeaux, placés en internat dans une école de héro, je devais les retrouver.

Mais il y avait deux problèmes. Premièrement l’internat était à l’autre bout de la ville et avec mes petites pattes de chat ça allait être difficile de m’y rendre. Deuxièmement, si ceux qui nous avaient attaqués n’étaient pas trop bête, ils se douteraient probablement que je tenterai de rejoindre mes frères.

Que faire dans ce cas ? Trouver quelqu’un d’autre qui puisse m’aider, c’était la meilleure chose à laquelle je pouvais penser.

Je me remis donc en marche, rester immobile ne m’aiderait pas à trouver quelqu’un.

Alors que j’errais tranquillement dans les rues en évitant les passants, mon corps entier sursauta au bruit assourdissant qui retentit : un camion de pompier, se dirigeant droit vers mon quartier. Les agresseurs étaient donc partis ? Peut-être, mais ça restait dangereux pour moi d’y retourner, ils m’attendaient probablement.

Mon cœur battait plus vite à mesure que j’avançais. Qu’allait-il m’arriver maintenant ? Que s’était-il passé chez moi ? J’étais parvenue jusque-là à éviter cette question, la question qui fit trembler mes cellules : qu’était-il arrivé à mes parents ? A mon frère ? Étaient-ils morts ?

Alors qu’une pression vint serrer ma gorge, mes pupilles ne pouvant pas pleurer se fixèrent devant moi : un groupe de garçon, d’à peu près quinze ans chacun, un groupe d’amis.

Lucas ! Bien sûr ! Un ami de mes frères qu’ils m’avaient présenté lors de leur première année à l’école. Il habitait proche, si je me souvenais du chemin. Ça devrait être simple, sa maison était l’une des mieux entretenue de l’extérieur, je devais chercher un balcon plein de fleurs bleues et blanches.

Éviter les passants, faire attention de ne pas être suivie, tout ça était nouveau.

Maintenant que je cherchais quelque chose autour de moi je me rendis compte d’un autre problème : les chats n’avaient pas la même vision que nous. Les couleurs étaient changées, il en manquait. Tout était beaucoup plus pâle, jaune pâle et bleu, il n’y avait plus du tout de vert ou de rouge, et les lumières étaient aveuglantes. Je risquais donc de ne pas du tout reconnaître les fleurs qu’il me fallait, mais les balcons bien entretenus étaient rares dans ce quartier. Maintenant autre chose, ma vision était floue pour tout ce qui dépassait les trois mètres de moi environ, vraiment problématique.

Comment faire ? Tout était sans couleur, pas seulement par ma vision, cela m’avait choquée la première fois que j’étais venue dans ces quartiers. Moi qui avais toujours grandis dans de superbes maisons avec jardin, six au total, c’était bien différent ici.

Je n’avais jamais eu le droit de sortir seule de la maison, Marco m’accompagnait partout. Ce jour-là, lorsque mes frères m’avaient emmenée, nous avions réussi à y échapper, sans autorisation bien sûr.

Mes souvenirs se stoppèrent alors que je tournais à l’angle d’une rue. Quelques tâches bleues sur le sol, bien assez proches pour que je les remarque. Levant mes pupilles je cru distinguer ce que je cherchais, en espérant que ce soit bien le cas. Je n’avais plus qu’à monter pour voir.

Facile pour un chat, normalement. Je pris une courte inspiration avant de me décider. Même si je n’étais pas habituée, mes sauts furent fluides, l’agilité des félins était vraiment agréable. Mais alors que mes pattes arrivaient enfin sur les remparts de la balustrade, je me sentis glisser. Mon corps s’étala de tout son long, une douleur s’activa dans l’une de mes pattes.

  • Un chat qui se casse la gueule, intéressant, fit une voix grave près de moi.

J’ouvris rapidement les yeux mais me détendis très vite au visage amical penché sur moi. Malgré sa mâchoire ferme et ses cheveux sombres, il paraissait très gentil, ses yeux d’un vert étonnant devaient aider.

Il n’avait pas changé, Lucas, l’un des amis de mes frères.

Après un instant de silence, il s’accroupit un peu plus et avança une main à ma tête. C’était agréable, une douce caresse qui me rassurait.

Je devais lui raconter ce qu’il s’était passé et lui demander de m’aider maintenant. Mais alors que je voulu me redresser, la douleur dans ma patte s’accentua vivement.

Sans un mot, Lucas me souleva rapidement dans ses bras. Situation de plus en plus gênante, même si j’étais en chat… c’était la première fois qu’un garçon autre que mes frères ou mon père me portait ainsi.

Cet instant me fit également penser à un autre problème : je n’avais plus de vêtements. Si je voulais lui parler je devais reprendre forme humaine, donc me retrouver nue devant lui et ce serait gênant.

Lucas me posa finalement dans le salon, sur un moelleux canapé protégé d’une couverture.

  • Reste là, je vais chercher de quoi te soigner, annonça-t-il en disparaissant par une porte.

Bien, j’avais une ou deux minutes pour me décider. Je devais reprendre forme humaine pour cacher mon corps. Les rideaux ne seraient pas pratiques, les tapis duveteux non plus… La couverture du canapé, bien sûr !

Faisant attention à ma patte abîmée, je m’employai donc à me faufiler sous le tissu. Maintenant ma forme humaine.

Je n’eus qu’à y penser pour que mon corps se mette à grandir. D’une main, je replaçai le drap sur mes formes alors que Lucas apparut à la porte. Il ne paraissait pas tant surpris que ça mais se figea pourtant au milieu de la pièce.

  • Désolée, commençai-je, je devais me cacher.

Finalement, il eut un sourire et s’approcha, venant s’assoir près de moi en posant ce qu’il tenait sur la table basse.

  • Je veux bien t’aider, mais tu vas devoir tout me raconter, annonça-t-il en me fixant dans les yeux.

Je resserrai un peu plus le drap en baissant la tête. Je ne pouvais pas tout lui dire, pas pour mon oncle, mais le reste suffirait peut-être ?

  • Montre-moi ton poignet, dit rapidement Lucas avant que je ne puisse parler.

J’obéis.

  • Comment tu t’appelles ? continua-t-il.

Oui, c’était la première chose à dire bien sûr, peut-être voyait-il que je n’étais pas à l’aise.

Mais finalement je souris pour lui répondre :

  • Tu ne me reconnais pas ? Je n’ai pas choisi ce balcon par hasard.

Il fronça les sourcils en levant ses pupilles pour détailler mon visage.

  • Je vois vraiment pas non, avoua-t-il très vite.

Le regardant dans les yeux, je me penchai vers lui :

  • Je m’appelle Emylia Goose.

Il fut immédiatement surpris et se recula.

  • C’est impossible, commença-t-il, tu es censé avoir…
  • Neuf ans, le coupai-je, oui, je sais, on pensait que c’était simplement ça mon pouvoir au début.

Ses pupilles descendirent pour m’observer.

  • C’est illégal de faire ça.

Je fronçai les sourcils.

  • De quoi ?

Il sourit finalement avant de se repencher sur mon poignet.

  • Rien, bon, dis-moi ce qu’il s’est passé pour que tu débarques chez moi.
  • J’étais avec mon chauffeur, il me ramenait de mon cours de danse, il a senti que quelque chose allait mal se passer.
  • Un pouvoir de divination ? supposa-t-il.
  • En quelque sorte, mais c’était juste un instinct, il ne pouvait pas vraiment savoir ce qu’il allait se passer.
  • Je vois, et c’est lui qui t’a dit de venir ici ?

Je baissai la tête avant de poursuivre la conversation :

  • Non, il m’a dit de fuir et penser à un chat.

Alors qu’il installait un bandage sur mon poignet ses gestes se figèrent. Il leva finalement une main gelée à mon front.

  • C’était la première fois que tu utilisais pleinement ton pouvoir n’est-ce pas ?

J’hochai la tête. Il sourit un peu plus avant de finir le bandage et se lever.

  • Je reviens.

Pourquoi réagir comme ça ? Je ne lui avais pas encore tout dit. Mais au moins j’étais rassurée d’une chose : il était gentil, comme dans mes souvenirs. Nous ne nous étions rencontrés qu’une seule fois, lorsque mes frères m’avaient amenée ici contre l’avis de nos parents. En réalité ils m’avaient emmenée uniquement parce qu’on leur avait demandé de me garder.

Une douce odeur salée finit par me faire revenir de mes pensées. Lucas arriva très vite, les mains chargées d’une assiette pleine d’un repas apetissant. Œuf et bacon. Il posa le tout sur la petite table basse devant moi avant de repartir par une autre porte.

  • Mange, je reviens, dit-il avant de disparaître.

Très gentil.

Je m’assis un peu mieux dans le canapé, gardant le drap sur moi.

Mais lorsque je voulu couper un morceau, la douleur dans mon poignet se raviva rapidement. D’accord, il avait utilisé l’une de ces machines de soins ; créées à partir d’un pouvoir ; mais visiblement ça n’avait pas très bien fonctionné. J’appuyai donc plus doucement sur le couteau.

  • Ah désolé, j’aurais dû penser à ça, fit Lucas en venant près de moi.

Je m’écartai pour le laisser s’emparer des couverts, mais il reprit très vite la parole :

  • Met le pull en attendant.

Le pull ? Je tournai les yeux vers le bout du canapé, en effet il avait amené un habit pour moi.

Même si j’avais neuf ans, je savais bien que je ne devais pas me montrer nue devant un garçon, alors je lui tournai le dos avant de descendre le drap. Mais très vite un souffle à mon oreille me fit sursauter.

  • Tes frères me tueraient si je te faisais quelque chose, alors n’ai pas peur.

Tournant la tête vers Lucas qui venait de murmurer, je posai sur lui un regard suspicieux avant de parler :

  • Pourquoi ils feraient ça ?

Il se mit à rire avant de finalement s’écarter.

  • Aller mange un peu, tu me raconte ce qu’il t’est arrivé après.

J’obéis, j’avais faim après tout, mais cette question restera dans mon esprit jusqu’à ce qu’il réponde.

Il sortit son portable alors que j’avais presque fini :

  • Je vais les prévenir que tu es là, annonça-t-il.

Je terminai l’assiette pendant qu’il rangeait l’appareil.

  • Bon alors, raconte-moi.

M’enfonçant dans le canapé, je baissai la tête avant de prendre la parole.

  • Je revenais donc de mon cours de danse avec mon chauffeur, son pouvoir n’était pas très précis mais il avait dû comprendre que quelque chose allait arriver, il était nerveux.
  • Tu parles de lui au passé depuis le début… murmura Lucas en passant un bras autour de mes épaules.

Oui… pourquoi ? Très vite, Lucas m’attira contre lui, forçant mon visage à aller dans son cou. Mes larmes, que je n’avais pas senti jusque-là, redoublèrent. Oui, j’en parlais au passé, c’était évident, le cri, la maison en feu, il s’était sacrifié pour moi.

« Tu es une gentille fille Emy, tes parents sont les meilleures personnes que j’ai rencontré dans ma vie. », il m’avait fait ses adieux à sa façon.

Levant mes bras, j’accentuai un peu plus l’étreinte de Lucas en me serrant contre lui. Même si je n’avais pas l’habitude, c’était très agréable.

  • Tu ne crains rien ici Emylia, je te protégeai, il ne peut rien t’arriver, murmura Lucas à mon oreille.

On ne se connaissait pas vraiment, pourtant il était là, il m’avait acceptée chez lui, soignée, nourrit, et à présent il me rassurait. Je n’avais pas espéré autant.

Mes larmes finirent par se calmer, alors Lucas m’éloigna lentement de lui et prit mon visage entre ses mains pour fixer ses pupilles dans les miennes.

  • Je suis désolé pour ce qu’il t’est arrivé Emylia, mais je dois savoir, est-ce qu’il y a quelqu’un qui te veut du mal ?

J’hochai lentement la tête.

Ses pouces remontèrent doucement pour essuyer les dernières traces de larmes.

  • Tu sais qui et pourquoi ?

Il avait été tellement gentil, j’aurais bien voulu lui répondre, mais je préférai détourner mes pupilles en murmurant :

  • Je ne peux pas le dire, c’est un secret.
  • D’accord, fit Lucas immédiatement, mais donc dis-moi, est-ce qu’ils veulent te tuer ou simplement t’enlever ?

Bonne question. L’image de la fumée noire s’échappant des fenêtres de mon foyer me revient en tête, puis ma course et ces deux hommes qui m’avaient poursuivie.

  • Les deux sont possibles, avouai-je.

Il fit la moue en me relâchant. Je repris très vite la parole :

  • Pourquoi ? C’est important ?
  • Oui, si on sort d’ici ils risquent de nous attaquer, j’ai besoin de savoir comment ils vont se battre.

Se battre… bien sûr, je n’y avais pas pensé jusque-là. Si on sort, si Lucas me défend, ils lui feront du mal pour m’avoir. Me faire enlever ou tuer, cela ne changeait rien pour lui, si on devait se battre il y avait de grandes chances pour qu’il meurt.

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