Chapitre 1 Chat

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Je défis avec empressement les lacets qui me tenaient les mollets. La séance de danse était enfin terminée. Fourrant les affaires dans mon sac sans me soucier de les plier, je saluai mes camarades avant de courir vers la sortie.

Marco attendait à la même place que d'habitude. Assis, droit et concentré sur les sièges rouges de cuir, il semblait préoccupé aujourd’hui.

La portière était ouverte, j’entrai donc et jetai mon sac sur la banquette arrière.

  • En route ! ordonnai-je.

Le majordome sourit en attachant sa ceinture avant de démarrer le moteur.

  • Votre père vous autorise à prendre une glace aujourd’hui mademoiselle.

Je mis ma ceinture en répondant :

  • Non, je vais être en retard.
  • Je vous assure que non mademoiselle, nous avons encore dix minutes avant son arrivée, c’est amplement suffisant.

J’hésitai encore. Cela faisait quatre ans que je n’avais pas vu mon oncle, je ne souhaitais pas être en retard à son arrivée.

  • Vous pourrez manger dans la voiture, nous irons plus vite, insista Marco.
  • Papa veut pas que je tâche les sièges, murmurai-je, de moins en moins certaine de vouloir dire non.
  • Eh bien vous ferez attention, nous l’avons déjà fait et il n’avait rien vu n’est-ce pas ?

Je souris finalement :

  • Fraise-banane s’il-te-plait !

Le chauffeur hocha la tête en se concentrant de nouveau sur la route. Quelque chose le dérangeait, je le voyais bien. C’était toujours lui qui venait me chercher à mes cours de danse ou à l’école ; enfin avant, quand j’allais encore à l’école ; mais à force, je le connaissais.

  • Il va être en retard, c’est ça ? demandais-je après quelques secondes.
  • Mais non, ce n’est pas ça, tout va bien se passer Emy, tenta-t-il de me rassurer.
  • Ce n’est pas ce que tu penses.

Il soupira légèrement alors que la voiture s’arrêtait près du marchand de glace.

  • Je reviens, reste à l’intérieur.

Je le regardai sortir en silence. Il était mon chauffeur et garde du corps depuis longtemps, je ne me trompais pas, il y avait quelque chose. Dès qu’il ouvrit ma portière pour me tendre la glace, je pris une mine boudeuse :

  • C’est quoi le problème, dis-le-moi.

Il soupira en retournant s’installer derrière le volant. Pour attendre qu’il se décide à parler, j’entamai ma glace, me gelant instantanément la langue.

  • Tu es intelligente Emy, tu sais que tu grandis plus vite que la normal ? Commença Marco.
  • Oui, j’ai l’air d’avoir seize ans alors que j’en ai neuf.
  • Et tu sais bien que les parents pensent que c’est en lien avec ton pouvoir ?

Je sursautai sur mon siège :

  • Mon pouvoir va s’éveiller ?!

Il détourna ses pupilles du rétroviseur :

  • Oui.
  • Ce n’est pas bien ?
  • Tu sais que je ne suis pas très précis avec mon pouvoir Emy.
  • Qu’est-ce que tu vois ?

Il hésita quelques secondes alors que la voiture stationnait à un feu rouge.

  • J’espère que je me trompe Emy, je l’espère.
  • Tu me fais peur Marco, avouais-je.

Il se força à sourire :

  • Je sais, excuse-moi, tout ira bien.

Il n’en était pas certain, je l’entendais dans sa voix, mais à présent la voiture s’avançait sur la longue allée pavée qui menait à chez nous. Je finis le cornet de glace au moment où Marco coupa le moteur.

  • Tu aimes beaucoup les chats n’est-ce pas ? fit le chauffeur.

Je fronçais les sourcils, hochant simplement la tête en le fixant dans le miroir.

  • C’est important, continua-t-il.
  • Pourquoi ? osais-je demander.

Il soupira avant de se retourner sur son siège pour me regarder directement :

  • Tu es une gentille fille Emy, tes parents sont les meilleures personnes que j’ai rencontré dans ma vie, annonça-t-il d’une voix lente.
  • Pourquoi tu dis tout ça Marco ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

Il sourit avant de reprendre la parole :

  • Tu vas faire quelque chose pour moi maintenant, ouvres la portière droite et cours jusqu’au portail, n’oublie pas de penser au chat.

J’allais le questionner d’avantage mais il ouvrit sa porte et descendit rapidement.

Je lui faisais confiance, j’avais foi en son pouvoir, s’il m’avait dit de faire tout ça c’était pour une bonne raison. Je forçai donc sur la portière et ouvrir afin de descendre.

Courir. Moi je n’avais jamais vraiment couru vite, les chats étaient plus rapides. Pourquoi devais-je penser à un chat ? Pour courir plus vite ? Je devais courir plus vite.

Dans le silence des rues de ce début d’après-midi, un cri fini par figer mes muscles. Une odeur âpre vint irriter mes narines. Lentement, je tournai mon corps vers ce qui était ma maison. Un frisson glacé me parcouru l’échine alors que mes pupilles se relevaient vers l’immense fumée noire qui s’échappait des fenêtres. Ma maison brûlait.

Je devais courir, plus vite, m’éloigner, trouver un endroit où je serais en sécurité. Mais je me figeai finalement, les grilles, comment passer les grilles ? Elles étaient automatiques, pour les voitures, mais une fois à pied il fallait un code, que je n’avais pas. Un chat passerait, un chat serait assez fin pour se faufiler entre les barreaux. Je fermai mes paupières aussi fort que je le pu, imprégnant l’image d’un chat dans mon esprit. Je devais penser à un chat, c’était important. Un petit chat européen, tigré, svelte, un corps fin comme il le fallait pour passer ces grilles.

Le vent se réchauffa autour de moi, je sentis mes vêtements glisser, gonfler par l’air et tomber de mes épaules. Le vent se figea, je ne sentais plus rien en quelque seconde. En ouvrant mes yeux, je m’étonnai de l’ombre autour de moi, c’était comme si je voyais à travers des tissus… en fait c’était le cas. Mes vêtements, je voyais à travers mes vêtements.

  • Elle est là !

Trop tard pour réfléchir, je devais courir et vite. En me redressant pour échapper aux tissus qui me couvraient je compris, tout devient clair. Les draps, mes habits, tombèrent et la grille me parut alors plus immense que jamais. C’était le cas, elle était plus grande ou du moins moi j’étais plus petite. Un chat, j’étais devenue un chat. C’était donc ça. Mon pouvoir ne se contentait pas de me faire vieillir plus vite que la normale, j’étais capable de me transformer en ce que je voulais.

Passer les grilles fut simple, mon corps se faufila entre les barreaux avec aisance. Maintenant je devais courir. Les semer était ma priorité, je verrai le reste ensuite.

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