Ceci n'est pas de la SF

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Décor : un vaisseau s'est posé sur une planète qui paraissait habitable. À son bord, des civils, biologistes, botanistes, scientifiques, géologues et autres, ainsi que des militaires, pour assurer leur protection sur cette mission de reconnaissance. Tout ce groupe est dirigé par un seul homme, le colonel John Meyer. Quelques civils et militaires veulent faire un coup d'état et ils ont besoin d'une diversion pour mener à bien leur putsch.

- Pourquoi moi ? questionna Miranda, botaniste.

Ils étaient rassemblés dans sa "serre". Son amie, Valérie, lui demandait de s'occuper du colonel pendant un certain moment.

- Parce que tu as l'âme d'une pacifiste et que tu es insoupçonnable, alors ta tâche sera de faire diversion.

- Qu'est-ce que vous comptez faire exactement ?

Valérie échangea un regard avec le soldat qui se tenait près d'elle. Il fit un bref mouvement de tête.

- Il vaut mieux que tu en saches le moins possible. Écoute...

Elle attira son amie à l'écart, se mit face à elle et posa ses mains de part et d'autre des épaules de Miranda.

- Tout ce que tu as à faire, c'est de le distraire. Nous, on s'occupe du reste. Ce ne sera pas long, peut-être une heure ou deux, le temps de faire l'aller-retour.

- Un aller-retour ? Vous comptez sortir ?

Valérie ne répondit rien et se retourna vers le groupe plus loin, Miranda comprit qu'elle n'obtiendrait rien cette fois.

- Tu leur fais vraiment confiance ? demanda Miranda en hochant la tête en direction des trois militaires présents.

- Je ne sais pas exactement, mais jusqu'à présent, ils nous ont bien aidé.

- L'armée est très corporate, tu le sais comme moi. Ils pourraient nous trahir. Je ne crois pas que tout ça puisse marcher, j'ai un doute.

- On doit prendre le risque.

Quand Valérie avait une idée, il était bien difficile de la lui enlever. Miranda n'était-elle pas là à cause de son entêtement ? Elle secoua la tête en signe d'acceptation.

- Qu'est-ce que je dois faire exactement ?

Valérie envoya un sourire à son amie pour la remercier.

- Tu sais que je te revaudrais ça ?

- Oui, vas-y, accouche, dit son amie sur le ton de l'impatience.

- Ce soir quand...

- CE SOIR ? coupa Miranda, ce qui lui valut une main plaquée sur sa bouche.

- Oui ce soir, pourquoi ? Tu as des choses de prévues ? Une sortie en ville ?

Elle plaisantait, car évidemment, les seules distractions étaient de longer le vaisseau d'un bout à l'autre.

- Tiens ! elle lui remit un petit flacon. Tu mélanges ça dans une préparation pour lui.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Rien de bien méchant, de quoi l'endormir !

John Meyer avait ses habitudes. Il s'autorisait un verre de scotch le soir avant de s'enfermer dans son bureau et de plonger dans les rapports d'analyses qu'il demandait à avoir sur cette planète, après les reconnaissances journalières. Il avait bien à contre-coeur accepté cette mission. Il avait été mis au placard depuis un moment et c'était sa seule chance de redorer son blason. Peut-être était-il trop strict ? Il voyait le regard des civils qui n'appréciait pas son autorité sur eux. Mais il le fallait, il ne voulait faire aucune erreur, son avenir au sein des forces de l'Union en dépendait.

Il était accoudé au bar de la cantine quand le soldat affecté aux cuisines déposa une bouteille et un verre devant lui, avant de retourner à ses occupations. Il se retourna pour voir les têtes des derniers qui se restauraient. Toujours les mêmes. Les trois rats de laboratoires qui ne sortaient de leur "antre" que pour manger, souvent quand tout le monde avait déjà terminé. Il ne se mélangeaient jamais aux autres. Puis, son regard s'arrêta sur Miranda. Tiens, une civile qui dînait tard, pensa-t-il. Il s'attarda un moment sur elle, cherchant son nom et son affectation. Il se sentit troublé par l'éclat vert de ses yeux quand elle les leva sur lui. Il se détourna. Il n'avait toujours pas posé le doigt sur son identité, mais il avait la mémoire des visages et celui-là ne lui était pas inconnu. Hélas pour le patronyme, il ne s'en rappelait pas !

De son côté, Miranda tentait de ne pas se dégonfler. Lorsqu'elle approcha pour débarrasser son plateau, le colonel l'interpella.

- Vous m'accompagnez ? demanda-t-il à Miranda en désignant la bouteille de scotch.

Elle le fixa, comme pour y réfléchir, tendit son plateau au commis de cuisine et se dirigea vers le colonel. On vint poser un autre verre sur le bar.

- J'ai une bonne mémoire visuelle, vous savez, mais impossible de me souvenir de votre nom, Mademoiselle ... ?

Il allait vite en besogne, songea Miranda.

- Justine, Miranda Justine, mais vous pouvez m'appeler par mon prénom, Miranda.

- Effectivement, je me souviens de ce nom "prénom" et si je ne me trompe, botaniste. Maintenant, ça me revient.

- C'est bien ça. Elle eut un sourire gêné.

Quelle probabilité y-avait-il pour qu'elle se réveille dans le lit de John Meyer, le lendemain ? Cet homme au cheveu tiré en arrière et plaqué par du gel, au nez aquilin n'était pas du tout son genre et pourtant cette nuit, il avait été l'amant dans les bras duquel elle s'était laissée emporter. Sa première impression sur lui était qu'il la rebutait. Pas qu'il soit repoussant ou même laid. C'était un homme attirant, qui avait du charme, mais elle ne le voyait pas comme ça, il lui avait plutôt déplu depuis le moment où elle avait embarqué. Son visage ne lui revenait pas.

Elle n'avait pas réussi à mettre le mélange dans son verre et l'homme n'avait pas voulu d'un autre. La conversation avait duré. Tout le monde était rentré dans son quartier, ils étaient restés dans le réfectoire et une chose en entraînant une autre, ils finirent dans le lit du colonel.

Il n'avait pas vraiment calculé de la mettre dans son lit. Depuis le début de cette mission, elle avait été la bouffée d'air frais qu'il n'avait eu depuis bientôt un an. Quelqu'un frappa à la porte...

Miranda se réveilla. Ce n'était qu'un rêve et pourtant, il lui avait paru tellement réel. Comment avait-elle pu rêver de cet homme médiatique, qu'elle avait en horreur ? Cet homme la dégoûtait, elle détestait tout chez lui et pourtant cette nuit elle avait rêvé de lui comme l'amant le plus merveilleux qui soit. Elle frissonna. Des petits coups frappés sur la porte la sortirent de sa torpeur. La porte s'ouvrit.

- Maman, j'ai faim ! fit une petite bouille qui apparut dans l'entrebâillement de la porte.

Le bruit de fond de la télévision laissait supposer que son fils était réveillé depuis un moment; sur son réveil, elle constata qu'il était dix heures. Son mari dormait toujours à poings fermés. Elle sortit du lit, encore confuse.

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