Les Chimères

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Avec le soutien de  Mirabella, Agapé, J-T150901 
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Image de couverture de Les Chimères

Auteur : Rolu

« Ils n’ont pas de visage. Ni le regard, ni les lèvres, ni l'âme. Ce sont des chimères qui n’apparaissent que lorsque l’on se penche un peu trop vers les abysses. Leur baiser mortel inflige une blessure latente, faisant de l’agonie un lent et douloureux supplice. Nul ne connaît l’origine de ces monstres ou leurs véritables intentions. Mais tout le monde les craint, car ils sont chargés d’apporter une mort injuste. Leur robe écarlate et les brillances sur leur corps sont en trop : trop de sang dans leur veine, trop de rougeurs sur leur peau, trop de scintillements sur les capitons de leur peau craquelée, trop de cheveux pêle-mêle sur leur tête. Comme des personnes empaillées avec un apathique aspect de pantin. Tout le monde a déjà entendu au moins une fois dans sa vie le bruit croquant de leurs articulations démantibulées.

-Non, pas moi, maîtresse.

Toute la classe poussa un râle exaspéré. Aléthéia faisait encore des siennes. Elle avait le don de toujours mettre le doigt à côté du trou de nez. Autant dire qu'elle était toujours à côté de la plaque. Ses camarades vociférèrent en choeur :

« Menteuse ! »

Aléthéia avait tout entendu du discours de la maîtresse, sans comprendre tous les mots, elle en avait saisi la teneur.

« Bien évidement que tout le monde a entendu le cric-crac des monstres au moins une fois ! »

« Elle fait toujours son intéressante »

-Puisque je vous dis que pas moi. J’ai jamais vu un de ces monstres de ma vie… qu’ils viennent, je n’aurais pas peur.

La maîtresse décida de mettre un peu de paix dans ces flots de paroles troublés. La classe prit fin et Aléthéia se retrouva seule dans la salle. Les bruits des crayons et les babillages des camarades avaient cessé. Aléthéia se sentait bien dans cet apparent silence. Un cric-crac infime roulait par derrière la porte. Un inaudible croulement d’os aurait dû surprendre la jeune fille, mais rien n’y faisait, la maîtresse entra dans la pièce et le crissement cessa. Les parents d’Aléthéia étaient en retard. En transpirant, ils s’excusèrent auprès du professeur qui les prit à partie :

-Bonsoir, j’espère qu’il n’y a pas eu trop de circulation.

-Non, non, encore désolée pour le retard Mme Polymathée, s'exprima la mère. C’est la voiture qui a fait des siennes, cette fois.

-Pas de soucis, je ne vous ai pas attendu longtemps, mentit gentiment la gardienne du savoir.

L’enseignante n’osa pas aborder le sujet, puis elle en vint finalement au fait :

- Aléthéia a dit quelque chose d’assez surprenant en classe aujourd’hui… encore une fois… je pensais que nous pourrions en parler

-Que s’est-il passé ? s’emporta derechef le père.

-Eh bien… Je racontais une histoire de monstres, comme tous les mercredis. Je sensibilise les enfants aux dangers réels de notre monde actuel sous un format qui les tient attentifs pour permettre de mieux…

-Oui, oui bon et alors ? s’empressa la mère. Que… Que s’est-il passé ?

-Eh bien… Aléthéia a pris la parole et elle dit n’avoir jamais vu ou entendu les monstres.

Les deux parents se toisèrent surpris par la remarque de Mme Polymathée. Puis la maman prit un ton plus détaché :

-Ohh… Elle n’a que six ans. Elle a une imagination encore débordante… Je ne me fais pas de soucis…

-Oui, laissons-la appréhender le monde à son rythme… Aléthéia ! Tu viens ? On y va. L’enfant qui avait tout entendu de la conversation, sans comprendre tous les mots, en avait saisi la teneur. Elle s’avança timidement vers son père qui l’embarqua avec la mère de famille. Le trio s'enferma dans la voiture et s'éloigna aussitôt de l'école.

-Tu penses que ça devrait nous inquiéter ?

-Les profs en font toujours des caisses. On a tellement de chance d'avoir une fille si choupette. Ne lui mettons aucune pression.

Mais Aléthéia avait tout entendu de la conversation et en avait saisi la teneur. Elle se sentit coupable d’inquiéter ses parents et triste de ne pas être comme les autres. Finalement la très jeune enfant se souvint que ce n’était pas là qu’était la vérité. Le lendemain, deux camarades de sa classe s'allièrent avec deux grands pour prendre Aléthéia à part.

-Alors, c'est elle la menteuse ? dit le plus grand des grands.

-La « pisseuse » tu veux dire. Elle doit faire 2 cm de haut, pouffa le plus petit des grands. Il ne devait pas faire plus de 2 cm de plus qu’Aléthéia, soit noté en passant.

-Qu'est-ce que vous me voulez ? questionna la petite Aléthéia. J'étais en train de jouer... Les quatre enfants éclatèrent en sanglots tellement leurs rires étaient gras :

-« Jouer » ? Toute seule ?!

-Menteuse ! Tu vois comme elle est menteuse, insista une des camarades de classe de notre héroïne. Tu veux dire que tu…

Les quatre braillards cessèrent tout à coup de penser à respirer. Aléthéia les dévisagea un long moment, se demandant ce qu'il leur prenait à tous. Plus personne ne parlait.

Cric Crac Cric Crac…

Auteur : Ringo Chan

Tous les enfants se retournèrent sur le bruit funeste. Une tête énorme fonça sur le groupe de jeunes. Ils ne réfléchirent pas à deux fois et prirent leur jambe à leur cou. Aléthéia courait aussi, elle avait vu la chimère. Elle l'avait vue ! C'était la première fois de sa vie. Son sang n'avait fait qu'un tour.

L'énorme tête sans visage qui avait surgit de l'ombre glaça toutes les parties de son corps. Que se passait-il ? Aléthéia n'avait jamais ressenti une telle peur. Tout son corps était contracté, tout en elle avait pris conscience de la menace.

Le hasard avait fait qu'elle n'eut jamais à affronter une telle monstruosité de sa vie. Jamais elle n'avait vu cette moelle épinière sanguinolente glisser sur le vent comme la queue d'un serpent. Jamais elle n'avait senti l'odeur putride de cette bête gesticulante. ses mouvements étaient vifs et imprévisibles.

CROC

Un premier enfant venait de se faire avaler par le monstre. Des crocs encrassés de sang et de chair avaient happé le plus grand des grands. Ne restaient que le petit grand et notre jeune héroïne. Que faire ? Le monstre avait fini de gober l'enfant, déjà il reprenait sa course folle vers les deux fuyards. Les survivants se mirent à pleurer tout en appelant au secours. Il n'était pas question de s'arrêter.

La robe déchirée du monstre planait dans l'air à une vitesse folle. Son cou se rompait à chaque fois qu'il lançait une vive attaque avec sa tête pour essayer d'arracher ses proies. Aléthéia craignait que ses lacets défaits ne fassent d'elle le prochain quatre heure de la chimère déchaînée.

Le petit trébucha. Ses lacets à lui aussi étaient défaits. La jeune fille ne voulait pas voir le garçon se faire dévorer par l'aparition hydrocéphale.

CROC

Le front de la créature était si large et son visage inexistant, cette large face n'avait qu'un sourire tétanisant à offrir, des scies fendant le vent et les os, tout cela entre deux lambeaux de lèvres déchiquetées par les propres dents du monstre. Aléthéia pleurait. Ce serait maintenant son tour.

Quel était ce cauchemar ? Ce genre de monstres n'existaient pas normalement.

Elle fit volte-face et se tint bien droite face à l'immense crâne en face d'elle.

-Je te vois maintenant, je sais que tu existes ! Hurla-t-elle au maître de la mort.

La moelle épinière volante continua sa course sans prêter attention aux mots de l'enfant. Elle venait à peine d'ingérer le deuxième garçon que tout à coup sa tête dégonfla un peu. C'était comme si elle était à présent aussi grosse qu'une tête humaine.

-Je sais ce que tu fais aux gens.

Les sequins de la peau rougeoyante, le sang des dents et les veines de la moelle épinière se désintégrèrent. La chimère avançait plus lentement. Mais elle se rapprochait sûrement de notre jeune héroïne.

-Je te connais, je n'ai pas peur de toi, conclut Aléthéia.

Les deux personnages restant se firent face. Aléthéia toisa son adversaire qui n'avait plus rien de sa superbe d'antan. Tous ses attributs d'êtres démoniaques avaient disparu. La chimère faisait la même taille qu'Aléthéia, elle n'avait pas d'arme à la place de la bouche et son inquiétant squelette incomplet était maintenant recouvert d'un linge neutre.

Six années sans jamais vivre dans la crainte de ces monstruosités avaient fait d'Aléthéia le parfait opposant à ces bêtes immondes. En se libérant de sa peur, l'enfant avait relevé le premier défi qui était de connaître son adversaire et de le vaincre à armes égales.

Le monstre n'était pas plus haut que trois pommes à présent. Le combat pouvait commencer.

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HorreurFantastiqueConte
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Table des matières

En réponse au défi

Peur

Lancé par Mirabella

    Le thème de la peur peut s'orienter vers divers scénarios. Il peut être question de la peur de l'amour, la peur du rejet, de la mort ou bien d'autres encore. Autant de thèmes peuvent être touchés par l'impact d'un mot, un seul et simple mot.

    Le Défi consistera donc d'écrire sur ce qu'un personnage redoute et de le mettre en scène d'une quelconque façon. Vous pourriez lui faire passer un test, comme si la personne devait mettre ses terrifiantes visions de côté pour passer dans l'au-delà, ou alors, il peut être question d'une simple conversation entre divers personnages qui s'avouent chacun leurs plus profondes craintes. Comme vous le souhaitez. C'est à vous de laisser glisser votre plume si fluide sur papier et de créer votre propre vision des choses. Moi, je vous lirez et découvrirez avec grande hâte vos récits. À vos claviers, je vous attends avec impatience ! ~

Mirabella xx

Commentaires & Discussions

Aléthéia et les ChimèresChapitre5 messages | 3 ans

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