Prologue

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 On ne mérite pas les chiens, c’est ce que dit souvent ma petite amie.

 Avant de la rencontrer, quand les gens râlaient « vous nous traitez comme des chiens.», je culpabilisais. Je me sentais monstrueux, je craignais parfois le karma et qu’un jour moi aussi je prononce cette phrase à quelqu’un.

 Mais depuis que je la connais, lorsqu’ils me le disent, j’ai un léger sourire.

 Je n’en ai jamais maltraité un seul, au contraire. Je leur donne à manger, les toilette, je leur lance leur balle même pleine de bave et les papouilles sur le canapé où ils n’ont en principe aucunement le droit d’être. Je suis bon avec les chiens.

 De fil en aiguille, j’ai décidé de laisser tomber les êtres humains.

 Et pourquoi ne pas passer aux soins canins ?

 Ma reconversion professionnelle était lancée, j’alternais jours de cours et nuits travaillées. L’avantage en tant qu’infirmier, c’est qu’une grosse partie de l’anatomie n’est à peine qu’à réviser. Pas de clavicule chez le chien ? D’accord, ça fera un os en moins à ronger.

 J’y suis presque, le diplôme quasi à ma portée.

 Nouvelle vie, bye les hôpitaux aseptisés.

 A moi l’extérieur et ses intempéries, la boue, la bave et les câlins.

 Mes collègues me fixent avec des yeux de merlans frits à l’annonce de mon départ. Ils se questionnent sur mes motivations, tentent étrangement de me convaincre de rester.

 — Tu es doué, infirmier c’est un beau métier, une vocation, nom d’un chien !

 Je ne dirais pas le contraire, ce métier a bouleversé mon existence. Trois années d’études pour apprendre à sauver des vies, cinq années à tenter de le faire avec les moyens du bord. Pour sûr, ça forge le caractère et enraye tout ce que vous croyez savoir sur les gens et vous même.

 A force de voir des paires de vieilles fesses, j’ai commencé à apprécier les miennes même si je passe mon temps à remonter mon pantalon de scrubs pour éviter de choquer tout le monde, le distributeur de tenues de taille 1.

 Blague à part, j’admets avoir grandi avec ce monde. J’ai évolué sur ma manière de penser la vie, de ressentir le présent. Mais j’ai grandi trop vite, je me sens déjà vieux. Usé jusqu’à la moelle, rongé par mes nuits blanches, par la mort, les cris de douleurs, les coups, les menaces, etcetera.

 — Pourquoi tu pars ?

 A chaque fois que je leur réponds, je remarque à leur regard qu’ils comprennent ce que je veux dire, au final, c’est pareil pour tout le monde.

 — J’en ai simplement marre que l’hôpital me traite comme un chien.

— — —

Note de l’auteur : J’ai écris ça il y’a bien longtemps, au moment où j’ai décidé ma reconversion professionnelle, car c’est une histoire personnelle. Je ne sais pas encore si je publierai toute la suite, il s’agit de plusieurs histoires qui racontent mes derniers temps travaillés sur l’hôpital.

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