17 - Hellish Night (part 1)

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 Il est huit heure lorsque Laura se présente a la porte.

 Après un après-midi à fustiger mon idiot de frangin, ce dernier s'est enfin décidé à aller faire des courses, comme par hasard, à l'heure où les invités commencent à arriver. William, toujours plein d'entrain pour proposer des soirées, mais jamais trop quand il s'agit de les assumer...

 L'apéro n'est pas prêt, Eugène attend déjà depuis un bon quart d'heure dans le salon, aussi détendu qu'un robot en attente d'ordre.

 Mal à l'aise, j'accueille Laura avec un sourire gêné.

 - Salut.

 - Salut.

 Elle entre, me tend une bouteille de vin tout en détaillant la pièce du regard. Ça doit bien faire deux mois qu'elle n'a pas mis les pieds ici, mais rien n'a vraiment changé. Ni les meubles ni la décoration. Elle quitte son manteau qu'elle suspend derrière la porte et me gratifie d'un sourire tendu.

 - William n'est pas là ?

 Un instant, son attention s'échappe en direction de la cuisine.

 - Il ne devrait pas tarder. Il est parti acheter deux trois trucs.

 Préoccupée, elle consulte son portable et finit par rejoindre Eugène sur le canapé, dans l'idée de lancer la conversation. Le garçon n'est pas bavard, c'est à peine si on l'entend. Je soupire : la soirée risque d'être longue...

 Finalement, William revient encombré de quatre énormes sacs et a récupéré sur le pallier Thomas et Clément, les deux autres membres de son quatuor. Laura bondit si vite du sofa que l'appréhension s'empare de moi. Sans un mot, j'abandonne Eugène pour la cuisine, où elle s'est glissée discrètement dans l'espoir d'y trouver William.

 - Pizza, bières... T'as même pensé aux glaces ! lance Thomas impressionné. Tu ne t'es pas foutu de notre gueule !

 - Donne-moi ça.

 William lui arrache le pack de bières des mains et décapsule une bouteille. Puis il en décapsule deux autres pour lui et Laura, pendant que Clément cherche dans les placards des bols pour l'appéritif.

 - Ca me fait penser à Snively, la fois où il s'est pointé en cours à moitié bourré, ricane Thomas. Tu te souviens ? Il avait bu au moins un litre de Vodka et tenait à peine sur ses pieds.

 Clément sort la tête du placard :

 - On se souvient surtout de la tête du prof quand il s'est mis à chanter sa dernière composition paillarde sur tous les modes.

 William s'esclaffe, et tous les regards se tournent soudain vers Eugène dans un soupir désespéré.

 - Pas d'alcool pour lui ce soir, propose le frangin.

 - Pas d'alcool pour lui ce soir, confirme Thomas.

 - Au moins, il connait ses modes, ce qui n'est pas le cas de tout le monde !

 - Hey, bien sur que si je les connais ! se justifie William. J'en ai bouffé en trois ans, qu'est-ce que vous croyez ?

 - On ne t'en veut pas, mon pote, rétorque Thomas en lui passant un bras sur l'épaule. Tu t'en remettras !

 William affiche un air faussement renfrogné et se laisse gentiment charrier en rejoignant le salon. J'apporte les apéritifs et les bières qui manquent, puis m'installe dans le seul fauteuil une place. Suspicieux, Eugène me dévisage, puis rapporte son attention sur les cacahuètes, qu'il essaie d'attraper au vol avec sa bouche.

 - Alors raconte, c'était comment New York ?

 Laura s'est discrètement glissée à côté de lui et picore les chips dans l'assiette en essayant de le lancer sur le sujet. C'est peine perdu. Ca fait dix jours que William n'a pas lâché un mot sur sa vie Outre-Atlantique.

 Il se redresse, les sourcils relevés, le sourire aux lèvres :

 - Grand... et froid.

 - D'ailleurs j'ai entendu parler du chef d'orchestre. Il est plutôt stricte, non ? avance Thomas.

 - Ca va. Juste passionné, comme un peu tout le monde à ce niveau...

Brièvement, William semble pensif.

 - J'ai dit à mon prof que je voulais tenter les concours, enchaîne-t-il, mais apparemment il faut que je travaille mon coup d'archet. Mon style n'est pas assez classique. Vous y croyez ?

 Clément s'esclaffe. William sourit.

- Le coup d'archet... Juste une question de technique, soupire le grand-frère.

 - Une question de technique qui me pourrit la vie, ouai. C'est juste la méga prise de tête.

 Il fait mine de s'enfoncer dans le sofa, mais ressuscite tout de même pour pour sa bière. Clément tente faussement de lui remonter le moral :

 - J'ai une technique assez imparable pour ça, regarde...

 - Encore une de tes vidéo a la con ?

 - Non, vraiment !

 Clément sort son portable, satisfait de lui-même, et pianote quelques secondes sur l'écran tactile. Le son devance la vidéo : un violoncelliste chevronné se lance soudain dans un trait à une vitesse hallucinante. Pour le coup d'archet, on reviendra. Le jeune homme se marre, Thomas rit jaune.

 - Pfff mais comment vous pouvez regarder ça, geint-il en se prenant la tête entre les bras. Vous êtes fous les gars. Vous, les génies, vous ne pouvez pas comprendre ce que ressentent les simples mortels !

 Cette fois, tout le monde rigole. Thomas se roule sur le canapé pendant qu'Eugène se fout de sa gueule. La sonnerie de la porte retentit. Je me lève.

 Elena s'engouffre la première dans l'appartement. Elle a les joues rosies par l'hiver, le bonnet et l'écharpe qui vont avec. Elle se déshabille, suspend son manteau et salut les personnes présentes d'un ton chantant. Elle est visiblement de bonne humeur.

 Puis c'est au tour de Corentin. Il passe la pas de la porte avec plus de retenu. Adresse un bref signe de la main à tout le monde et met quelques temps à trouver ses marques. Je lui indique où poser ses affaires et vais chercher les pizzas à la cuisine en attendant qu'il nous rejoigne.

 - Maxime, magne tes fesses !

Et tu crois que tu bougerais les tiennes, toi ?

 Dans le salon, les éclats de rire fusent. J'entends Elena glousser à une blague de William et imagine la tête de Laura, partagé entre le plaisir de la savoir heureuse et la lassitude que m'inspire le génie de service.

 Le temps que je revienne, Corentin a pris place au bout du sofa, à côté d'Eugène, tandis qu'Elena est allée se chercher une chaise.

 - A chaque fois qu'il tournait la tête dans ma direction, j'étais obligé de retenir mon souffle.

 - Testé et approuvé, commente Clément en faisant la grimace. Il a une haleine de chacal, ses fringues sont dégueulasses et je vous parles même pas de ses mains.

 - Ah ouai, ses doigts ! s'écrie Thomas en roulant des yeux. En fait, vous n'avez pas envie de les voir. Ce type sort tout droit d'un épisode de Walking Dead.

 Tout le monde s'esclaffe.

 - Je crois qu'il fait de la sculpture, commenté-je, en cherchant où poser les pizzas.

 Clément s'empresse de me dégager de la place pendant que Laura sert des bières aux nouveaux venus. Aussitôt, Eugène tente de s'emparer de la dernière bouteille du pack.

 - Pas de ça pour toi, intervient William.

 - Crois-moi, tu nous remercieras plus tard...

 - Moi, je me demande surtout comment il a fait pour devenir prof, soupire Elena.

 - Il jouait bien, à l'époque, dit William en attrapant une part de pizza. Il était violoniste, et pianiste. Et accordéoniste aussi, je crois. (Il fronce les sourcils.) Une fois, il a joué un concerto de Rachmaninov, et franchement, il se débrouillait bien. C'était une des meilleures interprétations qu'il m'ait été donne d'entendre. D'ailleurs, mon prof ne tarissait pas d'éloges à son sujet.

 - William ?

 Le frère relève la tête :

 - Will.

 - C'est vrai, j'oubliais... O Will, frère vénéré de mon cœur, insisté-je exagérément, pourrais-tu me passer les cacahuètes, s'il te plait ?

 Laura pouffe, se penche par dessus son bras et me tend le ramequin.

 - Merci.

 - Pourquoi est-ce qu'il n'est pas devenu prof de piano, alors ? demande Elena.

 Will inspire un grand coup et retient son souffle avant de répondre :

 - Le piston... enfin je pense, lâche-t-il sceptique.

 - D'ailleurs, en parlant de piston, vous êtes au courant ? Marc va jouer le premier concerto de Tchaikov ! lance Clément.

 Avant qu'il ne continue, tous les regards se tournent soudain dans sa direction.

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