39 - Heart Locker

5 minutes de lecture

 Pourquoi est-ce que je suis autant contrarié ? Ne devrais-je pas être heureux ? J'ai l'impression de me retrouver dans un mauvais film... Un film où les choses vont trop vite, où la relation est vouée à l'échec. J'ai beau essayer de me convaincre que ce n'est que mon imagination, que la réalité ne colle pas forcément à l'interprétation que je m'en fais, rien n'y fait. Corentin n'a toujours pas décoché le moindre mot et son silence m'oppresse.

 Will et Laura filent à l'autre bout du couloir. Notre chambre se trouve à l'opposé ; nous traversons les quelques mètres qui nous séparent de la porte sans nous regarder. A quoi pense-t-il ? Et pourquoi ce silence ? Sans un mot, il passe la carte dans le lecteur et pousse le chambranle. A l'intérieur il fait noir. Une odeur de renfermé nous assaille. Puis il enfonce le pass dans le boitier et les lumières s'éclairent. A première vue, la moquette semble propre, les draps aussi, et surtout, surtout... Je constate qu'il n'y a non pas un mais deux lits.

Deux lits...

 - Ça va ? me demande-t-il.

 Non ça ne va pas. Si j'avais su que les conseils de Griffin me conduiraient au milieu de la montagne, en pleine nuit, à partager une chambre avec mondit "petit ami", jamais je n'aurais accepté.

 - Ça va, grogné-je. Tu es sûr que ce ne serait-pas plutôt à toi qu'on devrait poser la question ?

 Je regrette immédiatement mes mots. Il se fige dans ses gestes tandis qu'il sort les affaires de son sac.

 - Ça fait dix minutes que tu n'as pas ouvert la bouche... tenté-je de me justifier, et vingt que tu te comportes bizarrement.

 Je m'attends à ce qu'il réagisse. Je vois qu'il aimerait dire quelque chose, mais il semble juste désemparé.

 - Désolé, finit-il par lâcher. Je crois que je suis claqué. Comment dire... Ton frère est...

 - Usant ? Fatiguant ?

 Je ris à moitié, sentant la pression redescendre d'un cran en l'entendant mentionner Will. Il se contente de sourire, sur la réserve. Peut-être n'ose-t-il pas le critiquer, il reste mon frère après tout. Dans un long soupire, je me laisse tomber sur le lit le plus proche pendant qu'il range ses affaires. Il est plutôt méticuleux. Il prend le temps de suspendre ses chemises, de sortir ses affaires. Je le regarde un peu mal à l'aise, réalisant que nous nous connaissons peu dans l'intimité. Est-ce qu'il est toujours ordonné comme ça ? Est-ce qu'il est gêné, avec moi à côté ? Est-ce qu'il a au moins déjà partagé une chambre avec quelqu'un ?

Bien sûr Max, bien sûr qu'il a déjà partagé sa chambre avec quelqu'un... Tu crois peut-être que tu es le premier ?

 Il finit par sentir mes yeux rivés sur lui. Je crois que si j'étais mal à l'aise jusque là, je suis à deux doigts de me liquéfier. Il est sérieux, ses yeux me sondent ; j'ai toujours un faible pour lui lorsqu'il me regarde ainsi, l'air de laisser entendre que je ne lui cacherai rien de moi. En tout cas, il se garde bien de faire la moindre remarque, et je l'en remercie. Je suis usé des reproches, usé de me sentir misérable, déglingué, broyé par les biens pensant qui voudraient que la société agisse selon un modèle unique.

 - Si tu veux prendre ta douche, tu peux y aller en premier, me dit-il.

 Avec lui derrière la porte ? Je me retourne sur le lit pour ne plus croiser son regard.

 - Pas envie...

 L'idée est pourtant terriblement tentante. Il est là, incroyablement beau. Incroyablement présent, incroyablement inaccessible. Et c'est mon petit copain.

Petit copain... Est-ce que j'ai vraiment pensé ça ?

 Je rougis en silence. S'il connaissait mes pensées, il insisterait peut-être pour la douche...

Mais à quoi est-ce que tu penses, Max !

 Je me roule en boule sur le lit, le visage dans les mains.

 - Ça va ? demande Corentin en se relevant.

 - Ça va.

 - Tu es sûr ?

 - C'est de la faute de Will, comme toujours. Je vais le tuer !

 Corentin s'accroupit près du lit, passe sa main sur ma joue. Je tressaille. Qu'est-ce que tu fous là Max ? Qu'est-ce que tu fous... J'aperçois son visage entre mes doigts. Comment suis-je censé faire ? O Dieu donne moi une solution...

 - Max...

 Doucement, il tente d'écarter mes mains. Je résiste.

 - Ne me regarde pas...

 - Si ça peut te rassurer, je peux te promettre qu'il ne se passera rien.

 Comment ça, rien ? Et c'est censé me rassurer ? Je ne sais pas ce qui me fait le plus peur : d'entendre ces mots sortir de sa bouche, ou de réaliser que ça me contrarie autant. Existe-t-il seulement un film où il ne se passe rien quand deux amants qui se retrouvent dans la même chambre ?

 Je finis par me redresser, déçu.

 - Rien ?

 - Ce...

 Ma réaction le prend au dépourvu. Les bruits de voix en provenance le couloir nous rappellent que les autres risquent de débarquer dans la minute.

 - Rien ce soir...

 Sa phrase reste en suspend. Il me sert un de ses sourires hésitants qui m'indique qu'il n'en restera pas là, puis me vole un baiser, avant qu'on ne frappe à la porte. Je me retourne, faisant mine de ne pas avoir entendu. Mon cœur bat encore la chamade lorsqu'il ouvre aux autres musiciens venus nous rejoindre pour la masterclass. Ils sont trois.

 - Elena ? fait-il surpris en se décalant pour la laisser entrer. Qu'est-ce que tu fais ici ?

 - Salut Corentin. Besoin de me perfectionner, mon prof ne m'a pas vraiment laissé le choix, sort-elle elle lui tapant la bise. Tu es arrivé il y a longtemps ? Tu es seul ?

 Elle s'invite dans la chambre sans attendre sa réponse pendant que ses amis restent dans le couloir, et s'arrête en réalisant ma présence.

 - Max... C'est ça ? s'assure-t-elle en me dévisageant.

 Je crois qu'à cet instant mon cœur chute brusquement dans mes entrailles. Je me fige, perds l'occasion de sortir la phrase intelligible du siècle avant qu'elle n'intervienne :

 - Bonjour, Elena, clarinettiste, meilleure pour ne pas dire seule amie de Corentin, fait-elle en me tendant la main.

 - C... Ce n'était pas une masterclass pour pianistes ? bredouillé-je.

 Pourquoi agit-elle comme si nous ne nous connaissions pas ? N'avons-nous pas passé une soirée entière ensemble ?

 - Elena, si tu me laisses le temps, je prends une douche et je te rejoins dès que j'ai fini, intervient Corentin.

 - Je préfère attendre ici si ça ne te gêne pas, de toute façon il n'y a rien que je n'aie déjà vu...

 Elle s'assoit sur le rebord du lit, lui faisant mine d'aller se préparer. C'est une chose de me retrouver seul dans une chambre avec lui, mais seul avec lui et elle... Est-ce que je dois vraiment supporter ça ?

 - Vraiment, El, s'il te plaît...

 - C'est à cause de Max, c'est ça ?

Oui, tu viens juste de gâcher notre moment, là...

 - Ca te dérange ? demande-t-elle soudain en se tournant vers moi.

Oui, ça me dérange. Je suis fatigué, j'ai envie qu'on me foute la paix. Et je croyais qu'il n'y avait rien entre toi et Corentin.

 - Non c'est bon, je vais vous laisser...

 Et sans un mot, sans un regard pour lui, je me dirige vers la porte, attrape mon manteau, mes écouteurs, mon portable dans le sac, et claque la porte en sortant.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Défi
jean-paul vialard
Pourquoi un SI LONG TEXTE que personne ne lira ? Juste pour le plaisir du texte ! Vous pouvez lire sans craindre d'addiction ! A bientôt. JPV.
1
3
1
31
Défi
Fred Larsen
Réponse au défi de Ceryse : micro-nouvelles semaine 8
Jour : dimanche

Désolé de commencer "comme ça" 2021... mais c est venu tout seul ;-)
14
24
1
0
Défi
Isabelle Bernard

A l’automne de mon existence, la vie m’a fait une belle surprise.
J’aime à nouveau.
Entièrement, inconditionnellement, de la plus belle des façons. Je redécouvre l’attente, l’impatience, le manque, la peur de décevoir.
Je regarde ma montre.
C’est l’heure.
J’ai tellement hâte de te retrouver. Je me recoiffe et rajuste mon col, époussette mon manteau. Etre impeccable, surtout bien présenter. Je presse le pas. Je ne veux pas être en retard. Mon coeur bat la chamade.
Je pousse la porte et te cherche parmi la foule. Nos regards se connectent et s’allument. Je glisse un baiser dans le parfum de ta nuque et récolte en échange la douceur de tes cheveux. Nos visages s’illuminent de sourires.
Alors je t’attrape.
Je t’enfile tes chaussettes « licornes roses », ton bonnet « tête de chat », ton petit blouson à fleurs et nous sortons de la crèche, la fierté en étendard.
Toute à la joie de vivre la promesse d’un bel après-midi de jeux, de rires, sourires et câlins avec ma petite-fille, mon ange, mon amour.

Isabelle Bernard
5
15
0
1

Vous aimez lire Gwenouille Bouh ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0