38 - No Star In The Sky

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 - On a failli coucher dehors, mais heureusement, on n'aura pas à pousser la voiture, se moque Will en détachant sa ceinture.

 L'ambiance est à la détente lorsque Laura éteint enfin le moteur devant le spa. Le grand-frère s'extirpe du siège passager qu'il a échangé avec elle en cours de route, et se moque de son sens de l'orientation. Je dois reconnaître qu'elle le prend plutôt bien :

 - La Chine, ce serait peut-être une bonne idée finalement. Au moins je ne verrai plus ta sale gueule, et là-bas les GPS fonctionnent...

 Je soupire. Un peu plus et on passait la nuit dans la voiture. Quoique... Avec Corentin à mes côtés, ça ne m'aurait pas dérangé...

Mais à quoi est-ce que je pense, moi ?

 Je jette un rapide coup d'œil à Corentin qui se dirige vers le coffre. Leurs taquineries n'ont pas l'air de l'affecter, il a l'air plutôt détaché, même, ce qui me surprend.

La fatigue, Max, la fatigue...

 Ou l'air de la montagne, nos conversations, un mot de travers, une phrase qui l'aurait vexé... Comment savoir ? L'angoisse des derniers jours s'immisce insidieusement en moi alors que je croyais m'en être débarrassé. Ai-je déjà vu Corentin arborer une telle expression ?

 - Au fait, pourquoi t'es venu ? lance Laura à Will. Tu es au courant que c'est une masterclass de piano ?

 - Je viens pour regarder, répond-il. Il parait que j'en ai le droit...

 - Alors pourquoi tu as apporté ton violon ?

 - Ca ? fait-il faussement intéressé en s'emparant de son instrument, c'est pour embêter le frérot. Tu verrais sa tête à chaque fois qu'il pense que je vais jouer, ça vaut le détour.

Ma tête...

 Ma tête, oui... Je dois faire une tête bizarre. Me retrouver ici, dans un endroit que je ne connais pas, avec une personne que je n'ai pas pour habitude d'avoir à mes côtés... La situation me parait irréelle, hors du temps. Will prend la direction du resort, Laura pendu à son bras. Je reste quelques minutes en arrière et aide Corentin à récupérer ses affaires.

 - Laisse, je vais les prendre, interviens-je en réalisant que Will a une fois de plus omis de prendre ses bagages. Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour avoir un frère responsable... Tu as des frères et sœurs ?

 - Une sœur.

 - Ah bon ? Je croyais que tu étais fils unique.

 Je croise son regard qui m'évite furtivement. Sa réaction m'intrigue mais je sens que cette conversation n'est pas pour ce soir. Il fait mine de rien, embarque le bagage que je tiens à la main et m'entraîne dans son sillage jusqu'au resort qui se détache dans la nuit comme un îlot au sein de l'hiver glacial.

 En règle générale, je ne suis pas adepte des "ailleurs". J'apprécie mon chez moi autant que j'appréhende les lieux inconnus. Une histoire de confort, d'adaptation qui me demande un effort surhumain. Pour autant, le hall, son design type bois et ses lumières suffisent à me rassurer un peu... Et puis il y a Corentin, Corentin penché sur le comptoir de l'accueil, qui s'active auprès de la réception pour récupérer les pass de nos chambres.

 - Les autres sont déjà arrivés ? me renseigné-je.

 Il se retourne brièvement. Ca me fait bizarre de me retrouver à côté de lui dans un lieu qui n'a rien à voir avec l'Académia, la musique ou mon appart. J'ai l'impression de le redécouvrir. Il parait plus grand, plus charismatique. A cet instant, je me dis que n'importe quelle nana pourrait craquer sur lui. Moi-même je n'arrive pas à le lâcher du regard.

 - Pas encore. Tu te fais du souci ?

 La question m'arrache un sourire contrit. Je suppose qu'il faut au moins ça quand on tend à devenir soliste. Une sorte d'attraction qui capture l'attention d'autrui. Est-ce qu'il aime vraiment les mecs ? Est-ce vraiment lui qui m'a embrassé la veille ?

 - Donne.

 Je lui arrache mon pass des mains, attrape mon sac et pars devant. Je ne peux décidément pas le regarder une minute de plus. Il m'embrouille le cerveau, m'empêche de réfléchir, et je n'ai pas envie que tout le monde me surprenne à le fixer... Ce serait étrange, non ?

 Et cette boule d'angoisse qui me noue toujours le ventre...

Ai-je seulement pris des dolipranes ?

 - Puisque je te dis que les filles sont dans l'autre aile, insiste Will qui nous a emboîté le pas.

 - Et puisque je te dis que je ne vois pas pourquoi on serait séparés comme du bétail, rétorque Laura.

 - Histoire de sexe, je suppose.

 - Je suis majeure !

 - Toi ?

 - Oui, moi. Tu as les pass ? demande Laura en me tendant sa main.

 Je me retourne vers Corentin.

 - Il n'y a que trois chambres, annonce-t-il, coupant court au débat.

 Tout le monde se tait. Laura soupire. William émet un petit rire qui en dit long sur ce qu'il pense. Personne ne pose la fameuse question que tout le monde se pose et qu'il faudrait pourtant poser. Qui dormira avec qui ?

 - Bon, je suppose qu'on n'a pas le choix, finit par lancer le frérot. Un mec et une fille dans la même chambre, ça ne le fait pas.

 - Pour le coup, je suis d'accord, concède Laura.

 - Et tu me pardonneras, frérot, mais...

 Il jette un œil à Corentin.

 Je jette un œil à Corentin.

 Laura nous interroge du regard. Elle n'est pas au courant et il n'est pas question qu'elle le soit, à moins qu'il ne s'écoule une demi-seconde de trop avant que l'un de nous réagisse.

 Will récupère alors les deux cartes, en tend une à Laura et conserve la seconde.

 - Un jour tu finiras par me pardonner, Max... En attendant dis-toi qu'adaptation et vie sociale sont les maîtres mots d'une carrière réussie !

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