15 - Brother in Faust

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 Nous rejoignons le hall où grouillent, à cette heure-ci, les étudiants. J'aperçois la tête blonde de William. Trop tard. Laura a suivi des yeux mon regard et le repère au milieu des autres élèves.

 - Attends-moi !

 Elle lâche mon bras et s'élance, le sourire aux lèvres. J'ai soudain l'impression de me retrouver dans une comédie romantique, un de ces films niais où j'aurais écopé du second rôle : celui du meilleur ami naïf. William se retourne. Son visage de jeune premier se fend d'une expression de béatitude : il vient de retrouver l'amour de sa vie. J'ai peut-être mal jugé leur relation après tout... Ils ont l'air d'un couple parfait. Et moi, du gars qui tient la chandelle. A cet instant, j'ai comme un petit pincement au cœur pour cette fille que William a abandonnée aux USA.

 - Maxime !

 William me fait signe de la main pour que je les rejoigne.

 - Fait pas la tête, m'enjoint-il en me passant un bras par dessus l'épaule. Les gars, je vous présente mon petite frère. Il est pianiste. Il joue super bien.

Cf le grand-frère qui comptait m'apprendre comment jouer il y a deux heures encore...

 Il me présente tour à tour Eugène, lunettes noires, teint pâle, cheveux coiffés à la manière d'un premier de classe. Clément, blond, plutôt grand, l'alto en main, l'archet sur l'épaule, bien plus décontracté que son voisin... Et Thomas, élégant dans son long manteau noir, écharpe classe, qui joue avec le fermoir de son étui de violoncelle.

 Je hoche la tête, poli, tout en maudissant mon abruti de frère.

 - Mon quatuor. Enfin... quand j'étais encore ici, précise-t-il, en jetant un œil à Laura.

 J'ai déjà entendu parler d'eux. Dans nos conversations, à table, il y a trois ans avec nos parents. Il en parlait souvent, d'ailleurs. Surtout de Clément, dont il louait la finesse du coup d'archer. Mais il avait déjà mentionné les deux autres et était persuadé, à l'époque, que son quatuor lui vaudrait de se faire remarquer.

 - Dis, tu vas rester ? s'enquit Laura en lui attrapant le bras. J'esquisse un sourire en coin tandis que William, gêné, se passe la main derrière la nuque.

 - Je ne sais pas encore.

 - Tu comptes repartir ?

 Cette fois-ci, c'est vers moi qu'il se tourne. Un appel silencieux, que je compte bien ne pas relever. Je fais semblant de ne pas avoir remarqué.

 - J'ai deux trois trucs à régler avant.

 Laura fait mine de bouder, dans une expression qu'elle n'arbore qu'avec William. Une facette de sa personnalité qui a le don de me faire comprendre qu'elle et moi, on ne partagera jamais la même relation. Que je ne suis pas lui.

 - Tu n'as qu'à passer à la maison ce soir, avance-t-il pour se faire pardonner.

Ce soir ? Chez moi ?

 Je manque m'étouffer avec ma propre salive. Donne un coup de coude discret à William, qui m'ignore. Je sais qu'il sait que je n'ai pas donné mon accord pour ça et que je ne le lui donnerai jamais. Je l'imagine déjà en train de rire intérieurement à l'idée que je me retrouver coincé avec les deux tourtereaux dans le salon.

Refuse, refuse, refuse, refuse !

 - C'est d'accord. On se dit 20 heure ?

 William acquiesce.

 - Vous n'avez qu'à venir aussi, lance-t-il à ses amis. Comme ça on pourra évoquer le bon vieux temps.

 Je ronge mon frein, partagé entre l'envie de mettre à la porte le génie de service, et celle de retrouver Laura. Entre l'angoisse de cette soirée, et la curiosité de connaître ceux qui ont réussi à supporter mon frère toutes ces années. William ne sait pas demander. Ou plutôt, il ne veut pas. Il a toujours pris ses aises, chez lui comme chez les autres. Il a toujours tout pris, d'ailleurs. L'attention des parents, les premiers prix de concours. Il ne sait pas ce que signifie faire passer les autres avant lui. Il est comme ça : charmeur, charismatique, rayonnant. Faust en personne : l'accueillir chez soi revient à pactiser avec le diable.

 Je rejoins énerve la salle de Stein en rasant les murs.

 - Maxime, attends-moi !

 Laura me rattrape, essouflée. Elle court pour ne pas être en retard à son cours alors qu'elle aurait tout simplement pu abréger ses retrouvailles avec William.

 - Tu marches vite, on te l'a déjà dit ?

Jamais. Mais je suppose que je n'avais pas envie de rester une minute de plus avec ce traître qui me sert de frère.

 Elle remarque mon air contrarié et n'insiste pas. S'empresse de coller son oreille à la porte de la salle, de peur que le cours précédent ne soit déjà terminé. Visiblement, elle trouve de quoi se calmer et respire un bon coup : Stein déteste les retardataires.

 Cinq minutes plus tard, la porte s'ouvre à la volée sur un couple dont l'un des visages ne m'est pas inconnu. Nos regards se croisent. Il fait mine de ne pas me connaitre et moi de ne pas l'avoir remarqué. La fille enroulée à son bras m'adresse tout de même un sourire avant de passer son chemin. Je crois l'avoir déjà croisée dans les couloirs. Une clarinettiste, si mes souvenirs sont bons. Puis je l'aperçois qui se fige, tandis qu'elle fixe le bout du couloir.

 - William !

 Sa voix traduit son émotion. Et je contemple une fois de plus le frère prodigue faire une entrée fracassante. Elle a d'ailleurs lâché son partenaire pour cet autre plus attrayant.

 - Eléna ! Ca fait plaisir de te revoir, dit-il en l'accueillant dans ses bras.

 Ils s'étreignent, sous le regard blafard de Laura qui en l'espace de quelques secondes se retrouve rétrogradée au simple rang d'amie. La situation m'arrache un rire. Il faut dire que William a le contact facile. Et Laura, des attentes surréalistes. J'en ai presque de la peine pour mon voisin, qui se retrouve mis au poto.

 - Qu'est-ce que tu deviens ? s'enquiert William.

 - Comme d'habitude. Pas mal de concerts prévus et beaucoup de répétitions. Je passais dans le coin pour une masterclass, mais je suis contente de te voir. D'ailleurs, il faut absolument que je te présente quelqu'un. Corentin ?

 Elle se retourne vers son camarade resté en retrait. William fronce les sourcils, avant de reconnaître notre voisin de pallier.

 - Corentin ?

 - Bonjour.

 - Il est pianiste. Lui et moi montons un projet dans le cadre des concerts de Noël. Tu vas rester dans le coin ?

 William jette un coup d'œil furtif dans ma direction.

Non William, il en est hors de question...

 - Au moins jusqu'à Noël, avance-t-il.

 - Parce que j'étais en train de me dire que ce serait super si tu pouvais te joindre a nous.

 William réfléchit à peine une seconde. Pour être plus précis, je comprends, furieux, à son attitude qu'il a mis son cerveau sur off car sa décision est déjà prise.

 - Ce sera avec plaisir. Vous êtes libres ce soir ?

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