13 - Mozart's Friend (part 1)

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 Je passe deux jours à tourner autour du piano. Robert est blasé de ma présence, et moi de lui. William m’observe un sourire en coin. Il se délecte de me voir dans la tourmente, vogue de la cuisine à son portable, de son portable à la cuisine, sans jamais jeter un œil à son violon. Lui que je n’ai jamais connu sans son instrument semble s’en passer sans problème. J’en viens même à trouver ça louche.

 Chopin me donne du fil à retordre. Je tente de reproduire ce que j’entends intérieurement, mais me laisse embarquer par la version de mon voisin. Je suis en plein confit intérieur entre ce que je veux et ce que je sais être juste. Entre reproduire le jeu d’un autre en sachant qu’il ne sera jamais le mien, et laisser parler mes doigts bien qu’ils ne s’accordent pas.

 A quelques heures de mon cours, je finis par abandonner. Griffin tranchera.

 Le téléphone vibre.

 SMS.

« - Le 30 octobre -

De : Claire

A : Maxime

09h45

William est bien arrivé ? »

 Je soupire. Ca la tuerait de lui passer un coup de fil ?

« De : Maxime

A : Claire

09h46

Oui. »

 Aussitôt le téléphone se met à vibrer. Je décroche.

- Oui, il est arrivé et oui il va bien, rétorqué-je agacé.

- Maxime ?

- Lau… Laura ?

 Laura. Mais pourquoi elle appelle ? Je m’affole, jette un rapide coup d’œil à William qui n’a pas manqué mon soudain changement d’attitude. Ma tête se vide. Je panique. Sans attendre, je file dans ma chambre et m’enferme à clé. La dernière fois qu’on s’est parlé, j’ai tout foiré. Elle le sait. Je le sais. On le sait tous les deux. Je ne suis pas vraiment doué pour les discussions.

- Je… Heu… Tu…

 Je bafouille quelques syllabes que même moi je ne comprends pas. Les pensées se bousculent. Et c’est une fois de plus elle qui vient à mon secours :

- Comment vas-tu ?

 Comment je vais ? Sa question me prend au dépourvu. Bien. Bien sûr que je vais bien. Si on omet quelques éléments gênants de ma vie. Presque tout, à dire vrai…

- Je voulais de tes nouvelles. Ca fait un moment.

- Je vais bien.

 Le temps d’une seconde, j’esquisse un sourire silencieux. Je l’entends qui respire dans le téléphone.

- Ecoute, je suis désolée pour la dernière fois, continue-t-elle. Avec la préparation du concours, les examens…

- Tu n’as pas à te justifier.

- J’y tiens.

 Le ton de sa voix, plus que ses excuses, me fait soudain me sentir mal. J’avale difficilement ma salive. J’aimerais pouvoir lui répondre. Trouver les mots justes, comme il est de circonstance dans ces moments-là. Mais rien ne me vient.

- Je comprends.

- En ce moment je bosse une sonate de Mozart, mais je ne suis pas certaine de comprendre ce que me demande Stein. Tu crois que tu pourrais passer pour me donner ton avis ?

Stein ? Vraiment ?

- Aujourd’hui ?

- Oui, j’ai cours dans moins de deux heures.

- C'est-à-dire qu’avec tout ce qui s’est passé…

- S’il te plait…

 Je la verrais presque me faire ses yeux de chat poté.

- Ok, c’est d’accord.

 Au moins, ça me changera les idées. Je raccroche, sors de ma chambre et file au salon rassembler mes affaires. Partitions de Chopin, sonates de Mozart annotées, et Concerto de Tchaikov – sait-on jamais, s’il me reste du temps pour déchiffrer. William me regarde faire, un sourcil relevé :

- Tu sors ?

- Oui.

 Il se lève soudain du sofa, alerte.

- Je viens avec toi.

- Hors de question.

- Je ne compte pas pourrir chez toi toute la semaine.

- Il fallait y songer avant de pointer ton nez ici, rétorqué-je sans me prendre à son jeu de grand frère malheureux. Tu n’as qu’à appeler Claire.

- Tu auras besoin de mon aide, si tu comptes remettre ça pour le Chopin de ce matin.

- Je me suis toujours débrouillé seul jusque là. Je ne vois pas pourquoi ça changerait.

William m’ignore tout en enfilant son manteau, prend ses affaires et claque la porte derrière nous.

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