4 - Zen Garden

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J'effleure à peine la poignée qu'elle cède à mon contact. Le battant s'ouvre et Claire débarque dans un tourbillon de parfum, de sourire et de bonne humeur.

Claire, ma mère.

- Je suis passée acheter deux trois bricoles au centre commercial. Des huiles essentielles, des bandes chauffantes, des caleçons. Mon chéri, tu es trop tendu, tu sais.

- Maman...

- Les tensions et le piano, ce n'est pas compatible. Je t'ai aussi ramené deux trois trucs à manger. Du bio. De l'avoine, des pommes, du muesli. Je sais que tu n'aimes pas mais tu sais, de nos jours avec toutes ces toxines...

- Maman.

Elle dépose les sacs sur la table et part à la recherche des effluves captés par son radar sensoriel. Elle tourne en rond, hume, repousse les rideaux qui plongent la pièce dans la pénombre et ouvre la fenêtre en inspirant profondément.

- Le fengshui, mon chéri, le fengshui. Vivre heureux c'est vivre en accord avec son chez soi.

Vivre heureux, c'est surtout trouver comment se débarrasser de sa mère. Elle s'accapare l'espace. Envahit les lieux. Me vole mon intimité.

- Au fait, comment s'est passé ton concert ?

- Comme ta séance de shopping à Zen Garden, je suppose...

- Si tu savais, avec Carmen nous sommes tombées sur des plans de Goji directement importés de Chine. Pour l'instant ils ne produisent pas de baies, je dois les rempoter. D'ailleurs, ce serait bien que tu goûtes. Ca t'aiderait, tu sais.

Je déteste quand ma mère commence à parler de moi.

- William rentre fin septembre. Tu crois que tu pourrais aller le chercher à l'aéroport ?

William, le fils prodigue.

- J'ai un voyage de prévu avec Carmen, je ne pourrai pas aller le chercher. Mais William sera ravi de te voir.

En effet, j'imagine déjà la tête qu'il fera.

- Mais comment fais-tu pour manger ces cochonneries ! s'exclame ma mère en découvrant les boites vides de ramen dans la poubelle.

Elle s'affaire, remplit mon frigo de fruits, se débarrasse des pizzas et des paquets de chips. Fourre ses graines dans mes placards. Aère. Soupire en découvrant le tas de linge sale qui jonche le sol de la salle de bain. Lance les lessives, tandis que le son de sa voix me parvient en bruit de fond.

- J'ai lu un article très intéressant dans le journal sur un pianiste. Lang Lang. Tu connais ?

Bien sûr que je connais. Ce gars est inhumain. Une machine. Ses doits bougent si vite qu'il a de quoi décourager n'importe quel pianiste. Techniquement parlant, son jeu est parfait. Mais le fossé qui le sépare du commun des mortels est tel que personne n'ose vraiment se comparer.

- Tu as encore pas mal de boulot avant de pouvoir lui ressembler, fait-elle remarquer. J'ai vu comment il attaque ses gammes. A côté, les tiennes sont brouillon.

Au moins je sais de qui je tiens mon tact...

- William avait pour habitude de travailler les siennes tous les jours. Il faut au moins ça quand on vise son niveau.

William, le fils prodigue.

- Tu sais, il a beaucoup travaillé pour arriver là où il en est. Tu n'as pas idée des sacrifices que ça lui demande.

William, l'être parfait.

- Tu te reposes trop sur tes acquis Maxime. Tu pourrais travailler ta souplesse, ton phrasé, je ne sais pas. Tu n'as pas touché ton piano de la semaine ! Maxime, tu m'entends ?

Ma mère est parfois d'une perspicacité sans commune mesure.

Dans l'appartement d'à côté, le son du piano vibre contre le mur. Des fausses notes, des accords, quelques esquisses de gammes. Claire relève la tête.

- Ton nouveau voisin est musicien ?

- Comme la plupart des gens de cet immeuble...

Elle balaye ses interrogations aussi rapidement qu'elles lui sont venues. Juge qu'il serait préférable, pour ma santé de passer l'aspirateur. S'éterniser en le passant dans chaque recoin. L'aspiration résonne comme un bourdon. Assis dans le canapé, je compte les harmoniques en faisant mine de jouer à mon portable. Elle n'est pas dupe. Elle sait très bien que d'une minute à l'autre, je perdrai patience et qu'elle ne sera plus amenée à remettre un pied dans cet appartement avant de longues semaines.

Elle s'active, rassemble vite fait ses affaires :

- Je suis désolée mon chéri, mais je ne vais pas pouvoir rester. Carmen m'attend.

Prétexte bidon. Elle ne veut juste pas avoir à affronter la tempête qui se prépare. Claire est comme ça. Là quand on n'a pas besoin d'elle, jamais quand il le faut. Elle fuit. Se hâte. Passe la porte en murmurant un bref « byebye ». Son passage aura été aussi furtif qu'une tornade, les dégâts, d'une même proportion.

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