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 Furax, je traverse le couloir en direction de la salle de Stein. Ses reproches m'assaillent. Une colère sourde s'empare de moi. J'avais confiance en elle !

 J'entre en trombe dans la salle. Marc, en bon élève modèle, répète le concerto de Poulenc. Il n'a toujours pas compris que Stein ne le choisira jamais. Il s'interrompt en me voyant arriver. Je l'ignore et jette mes partitions sur le piano.

 – Marc, s'il vous plaît, pouvez-vous nous laisser ?

 Son élève se rembrunit, mais après une seconde d'hésitation, remballe ses affaires. Il prend néanmoins son temps, comme pour me faire personnellement comprendre que je dérange.

 – Je me demandais quand vous alliez passer, lance Stein une fois la porte fermée.

 Ma colère ne tarit pas. Elle évite mon regard en se tournant vers la fenêtre.

 – De toute ma carrière, vous êtes probablement le meilleur élève que j'ai croisé, Maxime. J'en ai pourtant vu passer : certains doués, d'autres moins, mais aucun qui n'ait eu votre talent. Seulement, nous sommes aujourd'hui confrontés à un problème.

 Elle se retourne, s'approche et louche un bref instant sur les partitions.

 – Continuez dans cette voie et vous vous planterez. J'espère que vous comprenez que vous n'avez pas ce qu'il faut pour réussir. Ce qui s'est passé hier soir n'est que le reflet de ce qui vous attend. J'aurais aimé que vous en preniez conscience.

 Ses mots me font l'effet d'une gifle. Moi qui ai passé l'intégralité de la semaine sur mon clavier, qui n'ai ni mangé ni dormi pendant des jours, qui me suis abandonné corps et âme dans cette œuvre !

 A bout, je m'assois sur le tabouret et plaque les premiers accords de la sonate. Elle n'a jamais été aussi vive, aussi brusque, mais j'ai le cœur en feu, le corps à sang. J'enchaine sans tenir compte de Stein. Je martèle le piano, massacre le morceau. Assassine Beethoven. Toutes ces heures de travail pour rien, à m'acharner sur des notes ridicules. Toutes ces heures de reproches à m'en rendre malade jusqu'au milieu de la nuit.

 Stein marque une lueur d'inquiétude. Je suis heureux : je ne suis plus le seul à souffrir. Je serre les dents, prends sur moi et plaque un dernier accord.

 – Vous savez quoi ? De toute façon vous êtes une prof déplorable.

 Sans m'inquiéter de son expression qui se décompose, je quitte la pièce en claquant la porte.

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