La descente aux affaires

de Image de profil de Baudouin Van HumbeeckBaudouin Van Humbeeck

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Image de couverture de La descente aux affaires
« — C’est gentil de m’aider à descendre mes affaires.
— Ce n’est pas de la gentillesse, Dimitri, c’est de l’impatience. Je suis pressée d’être débarrassée de toi, de tes mesquineries, de tes mensonges et de tes chaussettes sales. Bon, tu entres dans cet ascenseur ou j’appelle Chuck Norris?? Arrête de pousser des gros soupirs et de me faire des yeux de tapir mort, je ne changerai pas d’avis cette fois-ci. Ma meilleure amie putain?! Dans notre lit?! À cause de toi, je n’ai plus de meilleure amie et je vais devoir acheter un nouveau matelas. Minimum?!
— Je t’ai déjà dit que je t»
— Tu l’as déjà dit mille fois et je t’ai cru mille fois de trop. Tu es constitué de deux organes : une bite et un nombril. Le reste de tes organes est entièrement au service de ces deux-là. À part pour attirer le regard de proies potentielles, pourquoi est-ce que tu t’obstines à porter ton vieux cuir de motard quand on sort?? Tu as revendu ta Triumph Firebird il y a trois mois.
— Thunderbird, Aurélie. Triumph Thunderbird.
— Détails, détails, détails. Gnagnagnagnagna. Exactitude. Précision. Horloge suisse. Monsieur va chez le coiffeur exactement toutes les six semaines. C’est plus souvent que moi?! Tu lui envoies une carte à Noel et rien à ma mère?!
— Ta mère est un peu envahissante.
— Ma mère m’aime, elle.
— Moi aussi je t’aime.
— Tu aimes m’avoir, c’est pas pareil. Tu aimes pouvoir me prendre où et quand tu en as envie. Tu aimes ton bon plaisir. Tu aimes me promener chez tes amis pour vos fameuses bouffes-surprises. Tu n’aimes pas mes goûts musicaux. Tu n’aimes pas la décor de mon appartement. Quand je réussis à te faire regarder un épisode de Grey’s Anatomy, tu passes 52 minutes à tout critiquer. Le jeu des acteurs, les costumes, l’éclairage, la musique, l’intrigue… Mais quand on regarde Bruce Willis ramper dans Nakatomi Plaza pour la 37e fois en presque un an, c’est silence et recueillement. Monsieur fait du karaoké avec les dialogues.
— Pourquoi on ne descend plus??
— Arrête de raconter n’importe quoi. Évidemment qu’on descend.
— Tu vois les chiffres au-dessus de la porte?? Le 8 et le 9 sont allumés depuis quoi… quinze secondes?? Trente?? Monsieur était trop occupé à vérifier son encore-baisabilité dans le miroir.
— On ne descend plus.
— No shit Sherlock?? Je dis quelque chose tu ne me crois pas. Je dirais que l’eau ça mouille, tu te sentirais obligé de t’envoyer un gobelet de perrier au visage pour vérifier.
— On ne descend plus.
— Non, on ne descend plus. Tu es capable de pousser sur le bouton rouge tout seul ou ça ira??
— Il ne se passe rien.
— Il ne se passe pas rien. Regarde : la petite lumière rouge est allumée. Quelqu’un quelque part est prévenu.
— Je veux que l’ascenseur descende.
— Et moi je veux un mec qui soit capable de regarder ma meilleure amie avec les yeux pas avec la bite.
— Je veux que l’ascenseur descende. Je veux que l’ascenseur descende. Je veux que l’ascenseur descende. Je. Veux.
— C’est pas en simulant une crise de panique que tu vas me faire changer d’avis. Lâche ce carton au moins.
— Je veux descendre.
— Dimitri?? Ça ne va pas Dimitri?? Tu ne vas pas me faire une vraie crise de panique, quand même?? Donne-moi ce carton, on va bien trouver un quelque chose pour ouvrir la porte ou appeler au secours. Brosse à dents. Photo de toi. Photo de toi. Photo de toi. Un canif à tes initiales. Je me demande quelle pouffiasse te l’a offert. Lotion pour cheveux. Lait hydratant. Oh. Tiens, tiens, tiens… Une culotte. Confisquée?! Une culotte, Dimitri. Tu collectionnes les culottes de tes ex?? Tu as un tiroir avec des culottes, des étiquettes et une petite notice?? Tu nous cotes sur dix ou sur vingt?? Tu me donnes combien si c’est pas indiscret?? Tu veux un mouchoir??
— Descendre.
— C’est mon moral que tu vas faire descendre. On a été coincé dans un ersatz de relation. On est coincé dans un ascenseur. Au moins l’ascenseur il est vrai. Ton super smartphone, il y a une application «appeler les pompiers» dessus??
— Je regarde. Pas de signal.
— Pas de signal non plus. Tu n’aurais pas pu me piquer une bouteille de vin et un décapsuleur plutôt qu’une culotte?? Au moins on pourrait boire pour oublier.
— Je ne veux pas t’oublier, Aurélie. Tu comptes pour moi.
— Tu comptes sur moi pour avoir un maximum de likes sur nos photos, c’est tout.
— Tu as du réseau, Aurélie??
— Je regarde… Non. Rien. Je te préviens si tu me noies sous les SMS de tentative de recoller la porcelaine j’emménage dans cet ascenseur.
— Je ne ferais jamais ça.
— Dit-il avec un début de larmes dans les yeux. Ma décision est en béton, Dimitri. Je t’ai fermé mon cœur et un ou deux autres organes pour toujours. N’espère plus rien de moi dès que nous serons sortis de cet ascenseur. Ni pendant qu’on est dedans. Si tu crois que je ne te vois pas venir…
— Je ne veux plus rien d’autre que descendre et sortir.
— Regarde dans ta boîte, peut-être qu’il y a une clé magique ou quelque chose.
— Magazine.
— Magazine?? Quel genre de magazine??
— Pour le boulot. Regarde et dis-moi si tu trouves une fille nue dans La revue trimestrielle du droit fiscal.
— Autre chose??
— Mon essuie. Mes médicaments. C’est tout. Encore des magazines.
— Photo de moi?? Une carte postale que je t’aurais envoyée?? Quelque chose qui affirme que tu m’as aimé pour autre chose que pour mes seins et mon cul??
— Heu…
— Tu es une merde, Dimitri. Tu veux une femme que tu puisses montrer à tes potes pour les rendre jaloux. Chaque fois qu’on est sortis ensemble, tu me forçais pratiquement à m’habiller et à me maquille comme une escort. Dès qu’on sera sorti de cet ascenseur, tu vas rentrer chez toi, mettre ton blouson de motard, te tailler une barbe de trois jours et tu vas faire la tournée des bars et des boîtes. Tu vas baratiner une victime de plus. Tu vas la ramener chez toi pour l’impressionner avec ton loft design. C’est vivant comme un appartement-témoin ton loft. Même les trois grains de poussière sont bien rangés à leur place pour que tout n’aie pas l’air parfait. Tu lui diras des «Je t’aime» et elle te croira. Tu lui montreras des vitrines de bijoutier et elle entendra le mot «fiançailles» dans sa tête. Si ça tombe, elle va arrêter de prendre la pilule dans ton dos. Si elle fait ça, c’est la dernière des connes parce que le monde n’a vraiment pas besoin que tes gênes se perpétuent. Je vais appeler tous nos amis communs pour vérifier si tu leur as raconté le même père et la même mère qu’à moi. À un moment je t’ai aimé, Dimitri. Ce court instant m’a paru une éternité.
— Mais moi aussi
— Toi aussi ça t’a paru une éternité??
— Moi aussi je t’aime, Aurélie.
— Moi aussi je m’aime??! C’est bien ça que tu as dit??
— Non, j’ai dit Moi aussi je t’aime?!
— Tu m’aimes tellement que tu m’as trompé avec Colette, sous mon toit dans mon lit. Tu m’aimes tellement que tu es accroupi dans un coin d’ascenseur, que tu as l’air aussi dur qu’une nouille cuite et que tu n’es pas capable de nous faire sortir d’un ascenseur. Il ferait quoi ton John Mapley??
— McClane. John McClane.
— Il peut s’appeler Jean-Scolastique je m’en fous. Il serait capable de nous sortir de cet ascenseur, lui.
— Je suis un fiscaliste, pas un policier.
— Tu sais ce que je ferai quand cet ascenseur nous libérera, Aurélie?? Je t’emmènerai chez le bijoutier de ton choix, je m’agenouillerai et je te demanderai ta main.
— Tu sais ce que tu feras quand cet ascenseur nous libérera?? Rien du tout, comme d’habitude. Tes promesses en l’air ne me font plus aucun effet.
— Tu ne veux plus de moi, Aurélie??
— Non, Dimitri.
— Très bien.
— Qu’est-ce que tu?? Lâche ça?! Non?! Ne fait pas?! Arrête?! Arrête?! Arrête?! Retire ce canif de ton— Non, ne le retire pas. Si tu le retires, tu vas saigner encore plus. Si jamais tu meurs dans cet ascenseur, il faut que tu saches quelque chose Dimitri.
— Que tu m’aimes un peu quand même??
— Non, pas ça.
— Je joue mieux aux devinettes quand je ne perds pas mon sang dans un ascenseur qui ne descend pas.
— Je…
— Oui??
— Je suis enceinte, Dimitri.
— Pardon??
— Je suis fidèle, moi. Je suis enceinte de toi.
— Tu es enceinte et tu me quittes??
— Aucun enfant ne mérite un père comme toi.
— Pilule.
— J’ai arrêté en cachette.
— Pourquoi??
— Parce que je suis une conne.
— On se quitte quand même??
— Oh que oui.
— Je suis en train de mourir ou il y a des voix dehors??
— Heu… Tu es en train de mourir et il y a des voix dehors. Les secours. Peut-être les pompiers. Ah… Vous voilà enfin?! Est-ce que vous pouvez me sortir d’ici en premier?? Je crains d’être en train de perdre l’enfant de ce connard en train de mourir. »


Contemporain
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Commentaires & Discussions

La descente aux affairesChapitre1 message | 4 ans

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