- L'espoir fait vivre -

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Elizabeth.

Alors que j’échauffe de nouveau mon corps, j’essaye de recouper ce qu’il vient de me dire avec ce que j’ai vécu. Je repense à ces gens qui m’ont brisée. La différence entre eux et Griffin est flagrante : les démons de mon passé appréciaient de faire du mal. Ils aimaient frapper à en éclater les chairs. Je n’avais pas été la seule victime de leur violence. Je me demande d’ailleurs si, comme pour moi, cette brutalité est devenue normale pour ces enfants battus. Avec cette douleur marquée au fer rouge dans mon esprit, recevoir des coups, c’était comme le soleil qui se lève le matin et se couche le soir. J’avais arrêté de les attendre, sachant qu’ils allaient arriver, que c’était quotidien. J’ai vécu la violence sous toutes ses formes. À tous les âges. Dans tous les domaines. Mainte fois, j’aurai pu dire stop et mettre fin à ma vie moi-même. J’ai tout vu. Tout expérimenter. Violences psychiques. Physiques. Pourtant, je suis toujours là. On m’a souvent demandé ce qui avait fait que j’avais tenu jusqu’au bout. La vérité c’est que c’est mon cerveau qui m’a permis de vivre. Il a occulté la souffrance en me déconnectant de la réalité. Là est toute la beauté de l’humain : l’adaptation. J’ai évolué pour survivre à mon environnement hostile. Sauf que, j’ai toujours répondu par “l’espoir”… Parce que “l’espoir fait vivre”. Pour moi, cette citation de Paul Valéry représente toute ma vie. Me la rappeler c’était m’encourager afin de changer de trajectoire et de ne pas finir comme ces gens brutaux qui ne se nourrissent que par la souffrance qu’ils infligent.

Depuis que je suis ici, l’entièreté de ma vie a fini d’être remise en question. Mes choix. Mes différentes éducations. Je réalise aujourd’hui que je n’ai jamais aimé les rapports de force. Qu’ils soient dans la société ou bien dans les familles. Un homme se doit de respecter la femme. Et inversement. Tout comme un homme doit respecter un autre homme. Ça vaut pour tout le monde. Toutes les sexualités. Toutes les croyances. Tout.

— Il y a quand même quelque chose qui me dépasse, commencé-je.

Il fronce les sourcils et je le vois se crisper.

— Pourquoi tu as franchi cette limite alors que tu savais que c’était mal ?

J’ai du mal à contrôler la colère qui naît en moi. Je ne comprends pas d’où elle sort, pourtant, elle est bien présente. Il y a aussi cette amertume qui m’envahit : pourquoi m’attacher à quelqu’un qui représente tout ce que j’essaye de fuir ?

— Légitime défense. C’est arrivé une fois. C’était soit moi, soit lui.

Légitime défense. Je repense à avant. Je revois ces mains sur ma gorge, ces coups de ceinture cisailler mon dos. Les coups pleuvoir pour marbrer de bleus ma peau. Est-ce que j’aurai été capable de tuer pour me protéger ? Jamais je ne pourrais le dire, j’avais préféré m’enfuir avant d’en arriver là. Fuir plutôt que de m’offrir à la mort… Fuir plutôt que de lui faire une offrande.
Je ferme les yeux et inspire lentement. Je serre les poings et les force mes molaires les unes contre les autres.

— Betty, ça va ? On peut rentrer si tu veux ? s’inquiète-t-il.

Je bouillonne. J’en veux à la terre entière.

— Non, c’est bon, réussis-je à articuler entre mes dents serrées.
— Tu veux taper dans un sac ?

Je pose mes yeux sur lui. Peut-être que ce n’est pas une si mauvaise idée. Peut-être que ça allait réussir à me faire comprendre en quoi, la violence maîtrisée pouvait apporter un calme profond. Je hoche la tête et le suis jusqu’à un long sac de frappe. Il se positionne derrière et l’attrape dans ses bras.

— Tes poings, comme je t’ai montré tout à l’heure. Défoule-toi.

Je me concentre sur ce punching-ball géant. Je veux qu’il représente tout ce qui m’a fait du mal jusqu’à aujourd’hui. Je donne un premier coup à la Mort. Elle a trop souvent frappé les gens de mon entourage, m’empêchant d’avoir une enfance heureuse. Le deuxième coup est pour mon père, trop lâche pour rester auprès de ma mère enceinte. Le troisième est pour ces familles d'accueil qui n’ont pas su prendre soin de moi. Le quatrième est pour cette famille en particulier, qui m’a brisé à coup de cuir et de poings. Le cinquième est pour tous les pervers narcissiques et enfin, le dernier est pour le gang, fervent représentateur du patriarcat à l’état pur.

— Et bhé, je n’aimerais pas me prendre un coup de poing de ta part !

Je me force à lui offrir un sourire. Je me sens moins en colère. Je comprends que si je m’attache à lui, c’est bien parce qu’il est comme moi : prêt à affronter la vie, à prendre un nouveau départ. Pourtant, j’ai beau le comprendre, je le refuse.
Je retourne boire à nouveau. Le liquide frais est apprécié par mon corps. J’en profite pour souffler longuement. Je n’ai pas à être en colère contre moi-même, il faut juste que j’apprenne à lâcher prise et à accepter les coups du sort.

— Bon, ce cours de self-défense alors ? me demande-t-il.
— J’arrive.

Je prends place en face de lui sur le tatami.

— Tu me fais confiance hein ?

Sa question me surprend. Avec tout ce qu’il vient de m’avouer, j’aurai pu partir en courant et refuser qu’il m’approche de nouveau. Pourtant, je suis toujours là, prête à lui offrir une seconde chance.

— Oui Griffin.

Il me sourit et deux secondes plus tard, je suis sous lui, étalée de tout mon long sur le matelas, le souffle coupé par l’impact de mon corps sur le sol. Je ne sais pas comment c’est arrivé. En tout cas, on peut dire qu’il sait faire la part des choses : c’est comme si notre discussion sérieuse n’avait jamais eu lieu. Je chasse ce moment plein de confidences au goût du passé de ma tête et me concentre sur l’instant présent.

Furieuse qu’il m’ait prise par surprise, je balance mon genou entre ses cuisses, cherchant désespérément mon souffle. Son sourire triomphant est vite remplacé par une grimace de douleur. Il se laisse tomber sur le côté, incapable de supporter la souffrance. J’avais bien retenu ma leçon. Je ricane en grimpant sur lui pour asseoir ma victoire.

— Bah alors Monsieur Williams ? On a relâché sa garde ? Pas très résistant tout ça…

Je fourrage dans ses cheveux d’une main pour bien lui montrer que j’ai gagné. De l’autre, j’appuie sur son torse pour le maintenir tant bien que mal au sol. Vif, il m’attrape l’avant-bras, me fait basculer en avant, jusqu’à ce que mes jambes passent au-dessus de sa tête. Je me retrouve à nouveau en position de faiblesse : allongée sur le ventre. J’arrive de justesse à me retourner sur le dos et Griffin en profite pour reprendre sa place initiale. Cette fois, il me bloque les jambes de ses genoux et ses mains me tiennent fermement les bras. Il vient gronder contre mon oreille, humant le parfum de mes cheveux et se redresse, les yeux allumés d’un désir certain.

— Perdu Betty.

Je frémis. Mes yeux se perdent un instant dans les siens. Il vient humecter ses lèvres, mais au lieu de m’embrasser comme je le voudrais, il se lève pour mettre de la distance entre nous. Je déglutis. Notre baiser à la foire est si loin. J’ai l’impression que la semaine que nous avons vécue là-bas n’était qu’un doux rêve. Revenir ici, à la réalité, a été douloureux. Nous avons chacun récupéré nos poussières pleines de problèmes et nous nous sommes éloignés aussi vite que nous nous étions rapprochés là-bas. À la place, nous en profitons pour continuer de nous apprendre et de nous découvrir : aujourd’hui en était la preuve. J’ai peur parce qu’il y a bien des chances pour que je le perde à tout jamais lorsque mes plus sombres secrets lui seront dévoilés.

— Debout, on recommence.

L’entraînement se poursuit. Je tombe. Encore et encore, mais je me relève. J’ai l’impression d’assister au remake de ma vie. Je ne me laisse pas abattre, je continue malgré mes muscles qui brûlent et mon souffle court. Je suis épuisée, je tape dans mes réserves pour pouvoir continuer à rester debout. Je tremble, l’effort tétanisant mes membres.

— On va arrêter pour aujourd’hui Betty, c’est déjà beaucoup.
— Non, on n’a pas fini !
— On reprendra de…

Je lui balance mon poing qu’il esquive de justesse en se reculant. Je ne me contrôle plus, je veux le pousser dans ses retranchements. J’enchaîne ensuite en envoyant loin ma jambe, dans l’espoir de le toucher. Il l’intercepte, les yeux sombres. Dans un grognement, il tire dessus, m’obligeant à tomber au sol.

— Tu es trop dure avec toi-même Elizabeth.
— C’est faux !
— Tu te prends trop la tête. Tu réfléchis trop. On arrête pour aujourd’hui, dit-t-il d’une voix froide.
— C’est toi qui es trop lâche pour aller au bout des choses ! lancé-je, venimeuse.
— Fais attention à ce que tu dis…
— Sinon quoi ? Tu vas me t…
— Je t’interdis ! Qu’est-ce que tu veux que je te prouve enfin !? Pourquoi cette provocation ? s’insurge-t-il.

Je me relève, fiévreuse. J’ai très chaud. Je ne sais même pas ce que je veux. Je me rapproche de lui, jusqu’à pouvoir enfoncer mon index dans sa poitrine.

— Je te déteste !

Je n’arrive tout simplement pas à accepter la vérité.

— On sait tous les deux que c’est faux.

Je souffle toute ma frustration et mon angoisse, ferme les yeux pour tenter de me calmer. Lorsque je les rouvre et que je tombe nez à lèvres avec sa bouche entrouverte, je ne résiste pas. Je fonds sur cette dernière avec une faim non dissimulée. J’attrape son visage dans mes mains en coupe pour me rapprocher le plus possible de lui et mes paupières se referment. Sa langue vient immédiatement rencontrer la mienne. Danseuses sensuelles, elles sont ravies de se trouver pour former un duo dévastateur. Il dévore ma bouche, ses mains viennent se glisser dans mes cheveux avant de descendre vers mes épaules nues qu’il agrippe comme si sa survie en dépendait. Son bassin vient se plaquer contre mon ventre et ses bras finissent par encercler ma taille. L’ébauche de son désir à mon encontre ne tarde pas à se faire sentir. Lorsque nous décrochons nos bouches par manque d’oxygène, j’ose affronter son regard. Le gris d’habitude si clair de ses prunelles s’est obscurci. Sa mâchoire est contractée et son souffle est rauque. Je déglutis, peu habituée à cette démonstration de passion. Haletante, j’essaye de me reculer et sa prise se raffermit autour de moi.

— Non… Reste encore un peu…

Il vient se lécher les lèvres. Je louche sur ces dernières, si douces et si chaudes… Je frémis et ose venir m’y brûler encore un peu. Je presse ma bouche contre la sienne pour la deuxième fois. Animé par un désir viscéral, il me pousse jusqu’à une table où trônent papiers, bandages et tout plein de choses qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Il me porte pour me poser sur le rebord et s’immisce entre mes jambes. Le regard fou, il se laisse emporter par ses instincts les plus primaires et vient butiner mon cou. Je gémis sous ses coups de dents et de langue.

— Betty… grogne-t-il contre ma peau.
— Oui ?
— On va rentrer…

Il s’interrompt, la bouche humide et les yeux brillants. La frustration m’envahit en une seconde. Il n’a pas le droit de me faire ça.

— Mais…
— Je pense que c’est mieux comme ça. On a déjà eu beaucoup d’émotions aujourd’hui… Ce ne serait pas raisonnable. J’ai pas envie de foirer ça. Ce qu’on a.

Je détourne le regard. J’ai envie de lui répondre qu’on a rien du tout. Que je ne veux plus me lier à personne et encore moins à un homme. À la place, je me tais. Il a raison. Ça ne sert à rien de se mentir. Il se recule et me tend la main. Je la prends, saute à bas de la table et la garde dans la mienne pendant que nous récupérons nos sacs. Je ne la lui rends que pour qu’il puisse manier les clefs dans les serrures. Puis une fois à la voiture.

— Tu m’en veux pas ? avancé-je, mal à l’aise.
— Pour ?
— Pour ce que j’ai dit un peu plus tôt ?
— Non. Allez, monte, on rentre à la maison.

Dans ma tête, c’est l’explosion. Je n’ai plus qu’une hâte : dormir sur cette journée riche en révélations.



***


Encore des infos sur le passé de Betty ! Vous commencez à rassembler les pièces du puzzle pour voir où ça mène ? Et sinon ce petit rapprochement trop vite terminé ? J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop hihi !

Merci pour les votes et vos petits commentaires, ils me font toujours trop plaisir <3


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