- Monte Western -

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Griffin.

L’automne arriva avec son lot de nouveautés et de désolations. Les cours reprirent, kidnappant Grace et Kimberley. Elizabeth se retrouva donc seule, mais pas sans emploi pour autant. Mon père la convertit de baby-sitter à ouvrière agricole. Du jour au lendemain, la douce et belle française troqua ses jolies robes pour des tenues de travail. Elle est sexy à souhait dans ses pantalons cargos et ses chemises en coton.

Je l’observe de la cuisine. Elle fait ses aller-retour entre la brouette et les boxes des chevaux. Notre relation a tellement évolué en l’espace de trois mois. Aujourd’hui, je suis incapable de mettre des mots sur ce qui nous uni. Notre seul et unique baiser n’a rien scellé. Pas de promesse. Pas de belle chose. Rien du tout. Nous n’en avons d’ailleurs jamais reparlé. À quoi bon ? Ce que j’avais à lui dire n’était que l’écho de ses pensées. On le savait tous les deux. Cette fille avait été brisée et, même si aujourd’hui tout semblait aller mieux, ses démons n’étaient jamais loin pour lui rappeler d’où elle venait. Quant à moi, je n’étais pas prêt. Tant que je n’étais pas capable de me gérer, je ne pouvais pas m’occuper de quelqu’un d’autre : c’était évident.

Je me détourne de la scène et monte dans ma chambre. J’essaye de la garder un minimum rangée depuis que Betty a tout nettoyé. Par respect pour elle. Et pour moi aussi. Si je voulais me reprendre en main, il fallait que je commence par mon environnement : plus il serait sain et mieux j’allais pouvoir reposer ma tête.

Je me change rapidement pour enfiler une chemise à manches longues ainsi qu’une paire de jeans assez large : de quoi être confortable pour travailler. Je redescends et enfile mes bottes dans l’entrée avant de me diriger vers l’écurie. La veille au soir, mon père m’a affublé d’une mission : enseigner la monte western à Miss Betty. J’ai accepté pour deux raisons : la première, parce que j’allais pouvoir me moquer d’elle librement et la seconde, parce que j’allais pouvoir passer un peu plus de temps avec elle.

Plus je me rapproche de l’écurie et plus je suis certain que la radio est en route. Depuis la mort de ma mère, personne n’a jamais osé la rallumer. C’était elle qui l’avait installé pour pouvoir écouter de la musique le matin en curant les stabulations des animaux. Mon cœur se serre dans ma poitrine et en même temps, je sens une douce chaleur m’envahir. Les souvenirs affluent dans mon esprit et je me mets à sourire bêtement, les larmes aux yeux. Je me reprends rapidement, clignant des paupières pour chasser ma nostalgie.

— Alors Betty ? Tu as fini, j’espère ? Parce qu’il est 10h…

Elle sursaute, ne m’ayant pas entendu arriver. Je lui offre mon sourire qu’elle déteste tant et lui prend la fourche à fumier des mains pour aller la poser contre le mur.

— Pourquoi ? Tu es pressé ? demande-t-elle, interloquée par ma présence.
Elle prend une plaque de paille de la botte qui se trouve sur la charrette dans l’allée, me contourne et la balance dans le box. Elle prend ensuite la fourche à paille et se met au travail, recouvrant l’asphalte d’une épaisse couche de tiges jaunes. Je la regarde faire. Ses gestes sont précis et rapides. En l’espace de quelques minutes, tout est propre et prêt à accueillir un cheval.

— Tiens, rends toi utile et pousse la brouette et la charrette, je vais chercher Autumn.

Sans un regard pour moi, elle sort et va défaire la longe de la jument qui attend patiemment. Je déplace les engins à roues pour qu’elle puisse mener l’équidé sans encombre. À mi-chemin, le cheval, espiègle, tend l’encolure pour venir faire claquer ses dents sur le tissu de sa chemise. Je mords ma lèvre inférieure pour me retenir de rire, m’attendant déjà à ce qu’elle réagisse comme une petite fille qui vient de se faire embêter.

— OH !

Furieuse, Betty se retourne en levant les bras pour faire reculer l’animal de 600 kilos. L’alezane baisse les oreilles, mécontente qu’on lui dicte sa conduite. Elizabeth ne se laisse pas intimider le moins du monde par la bête qui se dresse maintenant de toute sa hauteur face à elle. Elles se toisent un instant puis la Française fait claquer sa langue et, d’un coup de main, fait faire une vague à la longe qui remonte jusqu’à l’anneau de métal accroché au licol d’Autumn. La petite claque ne lui plaît pas et son antérieur vient frapper le bitume sous ses sabots tandis qu’elle rejette sa tête en arrière.

— Recule ! dit-elle fermement.

Betty recommence, encore et encore et va même jusqu’à pousser sur le poitrail de la bête pour qu’elle abandonne. Ce qu’elle finit par faire. Je suis impressionné.

— Pas mal du tout. On va voir si tu te débrouilles aussi bien à cheval maintenant. Rejoins-moi au box de Rhys, dis-je.

J’attrape la charrette de paille et la pousse jusqu’à l’autre bout de l’écurie où se trouve mon hongre. Je la range et rejoins mon ami de toujours. Mon père me l’avait offert pour mes quinze ans, m’annonçant qu’il n’y avait pas meilleur moyen d’apprendre la vie qu’en apprenant à s’occuper d’un animal. Ça inculque certaines valeurs.

— Salut mon beau… chuchoté-je à l’animal.

J’ouvre la porte de sa stalle et me glisse à l’intérieur. Rhys vient poser sa tête dans mes mains pour son lot de caresses du matin. Je laisse glisser mes doigts sur sa face et finis par venir le gratter derrière les oreilles.

— Je vais monter à cheval aujourd’hui alors ?

Je me retourne et découvre Betty de l’autre côté du battant en bois, accoudée sur ce dernier. Ses yeux pétillent d’excitation. La pauvre n’avait pas eu de chance. Avec Teasle pleine à s’en faire éclater les yeux, elle n’avait pas pu la monter. Et Lawrence mettait un point d’honneur à laisser ses poulinières tranquilles le temps de leur fin de gestation. Notamment à partir du dixième mois. Ensuite, n’étaient autorisées que papouilles et balades en mains.

— C’est ça. Mon père veut que je t’apprenne la monte western. Je te laisse le brosser ? Je vais aller chercher son matériel.

Elle hoche la tête. En sortant, je lui montre sa boîte de pansage et l’abandonne. Mes pas me dirigent vers la sellerie où je m’arrête un instant, songeur. Je laisse mes opales claires glisser sur mes différentes selles. J’opte pour ma toute première : confortable, stable et avec un pommeau. Elle allait pouvoir se tenir pour éviter de tirer sur le dos de mon cheval. J’en prends une deuxième, dite, classique. Le genre de selle qu’elle doit connaître en tant que cavalière qui a suivi des cours académiques. J’attrape ensuite le filet de mon animal, des protections pour ses membres, une sangle et un tapis. Chargé comme un mulet, je la rejoins. Ma gorge se dessèche instantanément lorsque je jette un regard par-dessus la porte. Penchée en avant, un sabot de Rhys en main pour le curer, Elizabeth m’offre la plus jolie des vues sur sa croupe. Je déglutis et me détourne pour poser le matériel sur le battant.

— On va commencer avec le matériel que tu connais, dis-je d’une voix rauque.
— ça ne va pas ? s’enquit-elle en se redressant, sa crinière en bataille devant son visage.
— Hein ? Si, si j’ai juste avalé de travers !

Elle fronce les sourcils, peu convaincue, mais ne pose pas de questions. Elle attrape le matériel et commence à seller Rhys. Quelques minutes plus tard, il est prêt.

— N’oublie pas ta bombe Betty. Et mets un protège-dos aussi…

Elle part en courant les chercher. Pendant ce temps, j’attrape les rênes du cheval et le guide à l’extérieur, la deuxième selle dans les bras. Quand elle revient, je l’attends dans la carrière. Je tiens mon ami pendant qu’elle le ressangle puis qu’elle monte. Le mustang se raidit instantanément, pas habitué à cette nouvelle cavalière.

— Bon, je te préviens tout de suite, Rhys est le plus gentil de nos chevaux en dehors de Teasle mais ce n’est pas sûr qu’il soit tendre le temps de l’utilisation de cette selle classique. Du moins au début.
— ça ira, ne t’inquiète pas ! annonce-t-elle sûre d’elle.

Elle me sourit, sereine, et je lâche mon cheval. Je ne l’avais jamais vu avec autant de confiance en soi. Elle est resplendissante. Droite et fière. Elle n’avait plus rien à avoir avec la Betty recroquevillée lorsqu’un homme ose s’approcher un peu trop près d’elle.
Je reste au centre de la piste, ne la quittant pas des yeux. En silence, je l’observe évoluer. Elle l’échauffe doucement, les rênes longues. Rhys se laisse faire, marchant avec calme bien qu’il soit légèrement stressé. Puis elle presse ses talons en resserrant les doigts autour des lanières en cuir et c’est la goutte de trop pour l’hongre. Il part comme une furie, balançant un coup de cul phénoménal. Je ne dis rien. Elizabeth a compris son erreur et a desserré ses doigts des rênes.

— Ne tire pas sur les rênes si tu veux l’arrêter, bascule ton poids en arrière, finis-je par lancer.

Elle obéit et Rhys ralentit jusqu’à repasser au pas.

— On se sert beaucoup plus de notre poids du corps et quasiment pas de nos mains. On monte quasiment tout le temps les rênes longues. La monte académique n’est plus qu’un vague souvenir dans l’esprit de Rhys. Si tu veux l’avoir sur la main, il va falloir que tu y ailles avec parcimonie. Recommence en prenant ton temps !

À la fin de la séance, Rhys est aussi droit et en place que n’importe quel cheval d’école. C’est assez remarquable. Je redécouvre mon hongre sous un nouveau jour. Il est splendide.

— Allez, c’est tout pour aujourd’hui, finis-je par annoncer.

Elle revient vers moi et met pied à terre. On rentre côte à côte à l’écurie. Je desselle Rhys. Elle le douche.

— Tu as appris à monter où ? questionné-je.
— Chez mes parents. J’ai une jument là-bas.

Son regard se fait plus fuyant et je comprends rapidement qu’il ne faut pas que je pose plus de questions.

— Ils ont une ferme de brebis et de chèvres et quelques chevaux. Je monte depuis mes dix-huit ans, avoue-t-elle.

Seulement ? Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Si j’avais bien compris, elle avait vingt-deux ans cette année. Je retiens un soupir. À chaque fois qu’elle ose me donner des informations sur son passé, j’en ressors avec plus de questions que de réponses.

— Je comprends mieux pourquoi Rhys a voulu te mettre par terre. Il n’accepte que les professionnels sur son dos ! dis-je, taquin, pour détendre l’atmosphère.

Je lui souris. Elle fait de même en couinant d’indignation et en me poussant légèrement. Je l’attrape par les mains et la tire à moi avant de la mettre par terre avec la plus grande des facilités. Elizabeth glapit, créant un remue-ménage sans pareil dans l’écurie, les chevaux apeurés, se reculant en vitesse dans leurs stabulations.

— Mais enfin Betty ! On ne t’a jamais appris à ne pas crier dans une écurie ? rié-je.
— Les enfants, calmez-vous, vous allez vraiment finir par créer un accident sinon !

Je lève les yeux au ciel et relâche cette pauvre française. En me retournant, je me retrouve face à face avec mon père.

— Alors ce premier cours ? Qu’est-ce que ça a donné ? demande mon père, curieux.
— Ce n’était pas trop mal ! Je pense qu’on va pouvoir passer à la selle western demain, répondis-je.
— C’est bien ! Bon, on va manger ? Il est l’heure. Elizabeth, cet après-midi tu m’aideras à pailler l’étable. On ne va pas tarder à rentrer les bêtes pour le vêlage, lui dit mon père.

Tandis qu’ils parlent en se rendant à la maison, je m’éclipse pour aller ranger le matériel que nous avons utilisé. Betty, elle est devenue tellement plus qu’une simple employée. C’est devenu une fille pour mon père. Une sœur pour Grace. Un soleil pour moi.

--------------

Et nous voilà reparti pour plus d'aventures en compagnie de Griffin et Betty ! Ce coup-ci il y aura un peu plus de nature et d'animaux ! N'hésitez pas à me dire s'il y a des termes que vous ne comprenez pas et j'en rajouterai les définitions sans problème :)


J'espère que ce chapitre tout doux vous a plu ! Je tiens à tous vous remercier pour vos commentaires et vos votes qui me font chaud au coeur et qui me poussent à continuer d'écrire cette histoire !

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