- Les filles ne peuvent pas aimer les filles -

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Elizabeth.

Le bruit de mon réveil retentit dans la chambre, me sortant de mon sommeil profond. Je tends la main pour attraper mon téléphone sur ma table de nuit et l’éteins. Je m’enfouis à nouveau sous les couvertures, un grognement vibrant dans le fond de ma gorge.

Je n’arrive pas à ouvrir les yeux et j’ai terriblement soif. J’ai même un forgeron qui a élu domicile dans mon crâne. Rien ne va plus.

Je plonge ma tête dans l’oreiller et gémis ma douleur. Quelle idée d’avoir autant bu hier soir. Je ne me souviens même pas de la fin de ma nuit. J’en déduis que Griffin a dû me traîner jusque dans mon lit... Si ça continuait, il allait réellement me prendre pour une fille qui ne sait pas se gérer.

Je me retourne et écarquille les yeux, retenant in extremis un cri de surprise. Il est là ! Dans mon lit ! Oh mon dieu ! Est ce qu’on... Non, impossible.

— Qu’est-ce que tu fous dans mon lit Griffin ? GRIFFIN ! piaillé-je, la voix enrouée.

Je le pousse avec mes pieds pour le faire réagir, mais je n’ai le droit qu’à un marmonnement. Il se tourne enfin vers moi, les yeux mi-clos avant d’exploser de rire.

— Mais parle enfin !
— Oh tu devrais voir ta tête ! pouffe-t-il.

Furieuse, je me lève pour mettre le plus de distance possible entre lui et moi.

— Tu as profité de la situation ! m’exclamé-je.
— Mais pas du tout ! J’allais dormir dans le canapé quand tu m’as forcé à venir dormir dans ton lit. J’ai même dû faire un marché avec toi : tu cessais de faire du bruit et je venais dormir avec toi. Rassure-toi, il ne s’est rien passé ! Alors calme toi !

Je réfléchis. J’essaye de combler mes trous de mémoire. Le pire dans toute cette histoire, c’est qu’il a raison. Je tombe de haut.

— Oh...

— Et ce n’est pas tout madame Betty ! Tu m’as collé toute la nuit ! Tu as pris absolument toute la couverture pour t’y enrouler comme un burrito et j’ai failli tomber trois fois ! Tu es la pire fille avec qui je n’ai jamais dormi ! poursuit-il sur un ton accusateur.
— Et bien estime toi heureux que je ne ronfle pas ! Sors maintenant. Et oubli ce malheureux incident ! sifflé-je.
— Non.
— Évidemment, soupiré-je en levant les yeux au ciel.

Je le regarde se redresser dans mon lit. Il s’appuie sur ses deux coudes et m’observe de ses grands yeux pétillants. Il est beau. La couverture dissimule à peine l’esquisse de ses abdos. Sa peau, assombrie par le soleil, ressort parfaitement sur le blanc immaculé des draps. À cet instant, je m’en veux. Je m’en veux de ressentir ces signaux synonymes de désir. Je commence à avoir chaud et je sens mes joues s’empourprer… Tuez-moi !

— Je vais prendre ma douche, annoncé-je finalement, vaincue.
— Tu es sûr que tu ne veux pas que je vienne avec toi !? me demande-t-il l’œil malicieux et de la taquinerie plein la voix.
— Ta gueule Williams !

Je claque la porte de ma chambre puis celle de la salle de bain. Je vais directement m’accrocher aux rebords de l’évier. Je serre tellement fort la céramique que mes jointures blanchissent sous l’effort. Dans le miroir, j’observe la fille que je suis devenue. J’ai changé depuis mon arrivée. J’ai perdu du poids tout en reprenant des couleurs. Mes grosses cernes noires ont disparu et mes traits tirés se sont volatilisés. J’ai les yeux qui brillent de bonheur et le visage qui rayonne. Je m’observe longtemps. Je finis par reculer pour découvrir l’image du reste de mon corps. J’ôte mon t-shirt. Ma taille est plus marquée et mon ventre, bien qu’il soit plat reste en chaire. J’ai perdu du postérieur, mais mes cuisses se sont épaissies. Mes bras sont toujours aussi gros, mais mes épaules se sont dessinées. On est loin de la top modèle de défilé mais... je crois que j’aime cette nouvelle fille. Je me retourne alors pour admirer le tableau dans mon dos. Le spectacle est toujours affligeant. Ma peau striée de zébrures plus claire me dégoûte. Je peux encore ressentir le cuir goûtant la douceur de mon épiderme. La douleur infligée avait été terrible, mais celle de la guérison l’avait été encore plus. Sans parler des traumatismes psychiques. Marquer un corps avec une telle force était toujours associé à des cicatrices plus ancrées dans l’âme.

— ça va Betty ? me demande Griffin à travers la porte.
Je soupire puis allume l’eau de la douche.
— Oui tout va bien. Je me dépêche ! le rassuré-je.
— On a encore le temps ne t’en fais pas.

Je tends l’oreille. Ses pas, qui s’éloignent, font craquer le parquet. Lawrence et Grace sont partis depuis longtemps à la foire. Il me tarde de les rejoindre !

Je me douche rapidement puis laisse la place à Griffin. J’en profite pour m’habiller comme la veille, changeant juste le t-shirt sous ma chemise puis je file engloutir mon petit déjeuné. Quand Griffin sort enfin, je suis prête à partir.

On arrive au stand à l’heure. Nous saluons les deux autres membres de la famille Williams et le travail débute. Je n’ai jamais été une bonne commerciale, pourtant, je crois que je ne me débrouille pas trop mal. J’arrive à faire partir quelques cartes de visite. Puis Lawrence va nous chercher de quoi pique-niquer. Lorsqu’il revient, nous dévorons nos sandwichs.

— Bon alors Elizabeth, cette première soirée country ? Comment tu as trouvé ça ? me demande le père de famille.
— C’était vraiment très sympa et convivial ! J’ai adoré et j’ai hâte de remettre ça cette semaine ! m’exclamé-je, vraiment ravie.
— Tant mieux ! Attends de voir les courses et rodéos, tu vas voir, tu vas être conquise ! poursuit-il, la bouche pleine.

Nous continuons de discuter joyeusement autour de notre repas puis Griffin, Grace et moi-même abandonnons Lawrence à son stand pour nous diriger vers les manèges.

— Elle vient Kim ou pas ? s’enquit Grace.

Je baisse mes yeux vers elle et la gratifie d’un sourire.

— Évidemment ! Elle est là-bas ! lui répondis-je en pointant mon amie du doigt bien que ce soit très impoli.

Je la laisse partir en courant pour la rejoindre. Griffin et moi arrivons peu de temps après.

— Et bien vous avez bonne mine ! Meilleure que ce à quoi je m’attendais ! s’exclame la blonde. Bon, si ça vous dit, on va commencer par le truc le plus cliché du monde, mais en même temps la vue est tellement incroyable... La grande roue ça vous tente ? poursuit-elle.

On acquiesce tous et nous prenons la direction du manège à nacelles. L’entrée est gratuite puisque nous avons Kim comme passe-droit. On s’installe tous les quatre dans le même compartiment et on se laisse transporter dans les airs. J’admire le paysage qui s’offre à nous. Les montagnes s’étendent à perte de vue, c’est absolument magnifique.

— Est ce que vous êtes amoureux ?

J’avale de travers puis regarde Grace, les joues rouges.

— Pardon ? articulé-je difficilement.
— Toi et Griffin ! Vous êtes amoureux ? Vous avez dormi ensemble !

Une étrange chaleur m’envahit instantanément. Je suis honteuse. Telle une gamine prise en flagrant délit. Je n’ose même pas regarder Kimberley. En tout cas, je sens ses yeux inquisiteurs posés sur moi. À la place, je plonge mes iris printaniers dans les opales grises de Griffin.

— Non, nous ne sommes pas amoureux, répond-il tout simplement.
— Pourtant, les garçons et les filles quand ils dorment ensemble c’est quand ils sont amoureux !
— Non Grace. Toi, tu dors bien avec tes copines et vous n’êtes pas amoureuses alors pourquoi nous, on n’aurait pas le droit ?
— Beurk ! Les filles, elles ne peuvent pas s’aimer entre elles ! dit Grace en grimaçant.
— Tu te trompes petite sœur. Les filles peuvent aimer les filles et les garçons peuvent aimer les garçons, annonce Griffin le plus simplement du monde.
— Ah bon ? Pour de vrai ? demande la petite en fronçant les sourcils, intriguée.

Grace semble absorbée par la tournure que prend la discussion. Moi, je suis ébahie. Rares sont les personnes qui parlent aussi ouvertement des homosexuels dans ce pays. Encore plus dans des régions aussi conservatrices que le Montana.

— Alors pourquoi je n’en ai jamais vu ? Et puis dans mes dessins animés les princesses n’aiment que des princes !
— Tu verras quand tu seras plus grande. Et tes dessins animés sont pour les enfants, ils vont au plus simple... pour ne pas se fâcher avec la religion et la société.
— Je ne comprends pas...
— Tu comprendras bientôt. Mais garde à l’esprit que tout le monde peut aimer tout le monde ! finit Griffin.

Il me décoche un sourire à m’en couper le souffle. Je me concentre à nouveau sur le paysage alors que nous entamons notre descente.

Le reste de la journée se déroule bien et beaucoup trop rapidement. Exceptionnellement, nous faisons l’impasse sur la soirée dansante. Je suis incroyablement fatiguée et demain, Griffin et Lawrence ont leur compétition de barrel racing*. J’ai hâte de voir ça ! Je ne peux m’empêcher de penser à la chance que j’ai. Je suis en train de vivre le rêve de toutes les amatrices de Flicka et autres films de chevaux qui se passent dans des ranchs aux Etats-Unis. Ma chance a-t-elle enfin tourné ?

_______

Barrel racing : discipline d'équitation western, pendant laquelle le cavalier et sa monture sont jugés sur leur habileté à tourner le plus rapidement possible autour de tonneaux.

J'espère que ce nouveau chapitre vous a plu ! Le prochain sera posté samedi ! :D

Voilà un nouveau chapitre tout beau, tout doux et plein de taquinerie ! Vive les membres de famille à la grande ouverture d'esprit et qui sont prêts à vous aider à garder vos œillères sur la tête et non sur vos yeux :)

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