- Grace et les tracteurs -

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Griffin.

Je retourne dans ma propre chambre pour y récupérer mon portable que j’avais mis à charger et préparer un sac avec de l’eau. La chaleur était étouffante et marcher en plein soleil n’allait pas aider à rester hydraté. Je retourne ensuite sur mes pas pour sortir et rejoindre la voiture comme je viens de l’annoncer à Betty.

En franchissant ma porte, je remarque que la Française n’a pas fermé la sienne. Sans doute, a-t-elle pensé que j’étais déjà sorti ? Je voudrais continuer mon chemin jusqu’à l’entrée de cette foutue maison, mais je n’y arrive pas. Je reste planté là, comme le plus pervers des voyeurs. Pourtant, ce ne sont pas ses courbes qui m’intéressent. Je l’observe ôter son t-shirt et ce que je découvre en dessous me glace le sang. Mon souffle s’échappe entièrement de mes poumons, comme si quelqu’un venait de se laisser tomber sur ma cage thoracique. Son dos et ses épaules sont ravagés par les cicatrices. Elles partent dans tous les sens, formant de longues diagonales sur sa peau halée. Qui a été assez fou pour lui infliger de telles souffrances et la marquer à vie ?

Elle enlève ensuite sa jupe, sa culotte en dentelle fine ne dissimulant pas le reste des marques gravées dans sa chair. Ses fesses ont subi le même traitement bien que le mode opératoire ait été légèrement différent. Les cicatrices sont plus fines, plus… artistiques ? Comme si la personne avait pris son temps pour les tracer.

Je déglutis et me détourne de ce spectacle affligeant. Elizabeth était dotée d’une force incroyable. Malgré ce qui lui était arrivé, elle avait réussi à surmonter cette épreuve et à reprendre sa vie en main pour la poursuivre.

J’en ai assez vu. Je sors, marchant droit vers ma bagnole. Je m’installe au volant et prends mon téléphone de ma poche. J’ouvre Facebook et entre son nom et prénom. Je ne sais pas ce qui me prend, je dois vérifier. C’est plus fort que moi. Je fais de même sur Instagram. Ses comptes sont récents… Ils datent de quelques jours avant son arrivée sur le territoire américain. Ses amis ? Ce sont ceux qu’elle a rencontrés à Livingston. Elle n’en a aucun provenant de sa terre natale. Plus surprenant encore, aucun membre de sa famille ne la suit et inversement. Pourtant, elle nous avait bien dit qu’elle avait des parents ainsi que trois frères.

La portière de la voiture s’ouvre et je manque de laisser échapper mon téléphone. Je ferme les applications et me tourne vers la nouvelle cow-girl. Elle a choisi la chemise verte qu’elle a rentrée dans une jupe en jean. Les bottes en cuir blanc torsadées de bruns lui vont à ravir. Je lui souris et c’est là que je remarque une chose qui a changé : ses yeux. J’avais toujours pensé qu’ils étaient d’une couleur noisette et pourtant, je m’étais trompé. Avec le soleil se reflétant dans ses iris, je pouvais maintenant y voir le vert. Il ressortait d’autant plus grâce à la chemise.

— Attachez votre ceinture madame, on y va ! m’exclamé-je en démarrant.

Je chasse bien rapidement les images de son corps lacéré et me concentre sur la route.

— Vous venez tous les ans ? demande-t-elle.
— Absolument. Je ne me souviens pas avoir raté une seule de ces foires. Elles sont très importantes pour mon père. C’est l’occasion pour lui de signer de nouveaux contrats et de se faire connaître ! Les Américains sont plus pro OGM que bio…

On rit ensemble et continue de discuter joyeusement jusqu’au parking des participants. J’arrive à trouver une place juste à côté de la voiture de mon père. Alors que je m’apprête à sortir, la main de Betty se pose sur la mienne.

— Ne me regarde pas… murmure-t-elle.

J’obéis et attends, le cœur battant à tout rompre.

— Il n’y a que toi, Kim et Grace qui aient vu… Ne pose pas de questions…
— Co…comm…
— Ton reflet dans la fenêtre. Je t’ai vu dès le départ, mais… je voulais que tu voies.

Elle sort de la voiture sans un mot de plus, me plantant là comme un con. J’ai le souffle court et j’ai terriblement chaud. Pantelant, j’attrape mon sac à l’arrière et l’ouvre pour en sortir une bouteille. Je dévisse le bouchon et prends une longue rasade. La fraîcheur du liquide transparent me désaltère immédiatement. Pourquoi ? Pourquoi décider de me confier ce morceau d’elle-même. En quoi étais-je plus légitime qu’une autre personne ? Tant de questions auxquelles je n’aurais pas le droit à une réponse…

Je prends une minute de plus, histoire de reprendre contenance et ouvre ma portière. Dans la benne, je prends le dernier item qui manque à la Française pour qu’elle puisse se fondre complètement dans la masse. Je m’approche d’elle et lui enfonce un chapeau de la même couleur que sa ceinture sur la tête.

— Hééééé !
— Tu avais oublié le plus important ! Celui-là, c’est un cadeau de mon père !

Elle l’enlève rapidement pour observer l’objet puis détache sa longue crinière qu’elle avait relevée en une queue-de-cheval. Elle remet ensuite le chapeau sur sa tête.

— Alors ?
— C’est parfait ! Il ne te manque plus que Teasle et tu pourras aller affronter l’immensité du Far West !

Betty, elle sourit de tout son être. Elle rayonne, comme si elle ne m’avait jamais partagé ses tourments. Comme s’il ne lui était jamais rien arrivé d’horrible. Je peux lire dans son regard une certaine candeur. Putain ce qu’elle est belle. Je suis bluffé. Cette fille, elle a bien plus que la puissance et la force d’une lionne.

— Bon tu viens ? Kim nous attend au stand de ton père ! me lance-t-elle.
— Oui, allons-y !

Je retrouve mon sourire et lui tend le bras. Elle s’y accroche comme si nous avions été de vieux amis et on se met en quête du stand de mon père. Je connais le chemin par cœur. On a toujours eu la même place et donc il est facile pour moi de nous guider dans les différentes allées. Le public serait accueilli demain, samedi. Pour le moment, seuls les organisateurs et vendeurs ont accès au parc. Lorsque nous arrivons, les vaches ont déjà été mises dans le paddock d’exposition et le stand a été dressé. Des photos de la ferme et de nos terres ont été accrochées. On y voit les employés à cheval, galopant aux côtés du troupeau, mon père, nourrissant les bêtes dans l’étable, moi-même sur Rhys, n’offrant aucun sourire à la caméra. Tous ces moments volés sont beaux. Il ne manque qu’elle : ma mère. Je m’étais promis que j’allais m’amuser cette semaine. Pour elle. Elle avait toujours adoré cette foire annuelle.

— Beth ! Houhou !
— Kiiiiiiim !

Je me retourne juste à temps pour apercevoir les deux filles se sauter dans les bras. Je me mets à rire en secouant la tête : elles se sont vues il y a deux jours à peine. N’empêche, elles s’étaient bien trouvées toutes les deux. Kim n’avait pas de chance… Sa popularité et son fric ne lui amenaient que de faux amis. Au moins, avec Betty, elle était certaine qu’il n’y aurait pas d’entourloupe.

— Salut Griffin !
— Kim…

Elle est époustouflante dans son crop-top à volants blancs et son mini-short. Ses bottes blanches épousent parfaitement ses longues jambes et ses cheveux blonds sont lâchés et surmontés d’un chapeau blanc également. Elle allait faire tourner la tête de plus d’un garçon, c’était certain.

— Vous voilà bien installé ! On va faire un tour pour voir la concurrence ? s’exclame l’amie de Betty.
— Oh oui bonne idée ! Une petite avant-première ça fait toujours plaisir ! continue la Française.
— Je peux venir avec vous ?! Papa, je peux aller avec eux ?! s’époumone Grace en tirant sur la chemise de mon père.

Il lui donne son aval après s’être mis d’accord avec Elizabeth pour qu’elle ne la perde pas des yeux. Pour soulager tout le monde, je l’attrape et la mets sur mes épaules. Nous ne pouvions plus la perdre dorénavant.

— Chouette ! Comme ça, je peux tout voir ! Merci Griffin, t’es le meilleur grand frère !

On rit tous et nous nous mettons en route. Les stands sont fabuleux. On y trouve de tout : céréales, poules, cochons, chevaux, canards… Tous les animaux sont au rendez-vous. Il y a aussi des tracteurs, au plus grand bonheur de Grace qui trouve ces bêtes de métal majestueuses.

— Plus tard j’aurai plein de tracteurs ! Regarde comme il brille celui-là Griffin ! Tu as vu ! Il est encore plus beau que celui de papa !
— Oui j’ai vu, tu veux qu’on se rapproche ?
— Oui !
— Bon, on vous laisse les filles, on va aller voir les tracteurs.

Je me fraye un passage parmi les stands, jusqu’à me retrouver à côté du dit tracteur. Je lève les yeux pour voir Grace toucher la peinture métallisée du bout des doigts.

— Belle bête hein ?

Une femme s’est approchée de nous, un sourire collé sur son visage usé par le temps et le soleil.

— Oui. C’est surtout cette jeune demoiselle qui adore les tracteurs…

Grace ne répond pas, intimidée par la présence de l’inconnue.

— Oh, je vois ! J’étais comme toi à ton âge ! Tu veux que je te fasse monter ma belle ?

Elle hoche la tête, ses petites mains agrippées à mon chapeau. Je la prends dans mes bras et, une fois que la femme a ouvert la porte du monstre vert et rouge, je la pose sur la première marche. Elle gravit la deuxième tant bien que mal tandis que je positionne mes mains sous elle au cas où elle perde l’équilibre. Arrivée dans la cabine, elle va s’installer sur le siège, un sourire rayonnant sur son visage d’enfant. Je sors mon téléphone pour la prendre en photo. Insouciante, elle prend différentes poses, s’amusant comme une folle. Nous rions ensemble comme au bon vieux temps, profitant de l’instant présent.

— Allez viens Grace, ne faisons pas perdre plus de temps à cette dame, lui dis-je puis, en me tournant vers notre bienfaitrice, je reprends. Merci, infiniment, vous venez d’illuminer la journée de ma sœur.
— Avec plaisir jeune homme. J’aurais aimé qu’on me propose la même chose quand j’avais son âge, m’explique-t-elle, sincère.

Je récupère Grace et nous reprenons notre chemin après avoir salué la femme. Nous retrouvons les filles un peu plus loin, près des taureaux qui attendent de passer les tests afin de savoir s’ils allaient devenir les prochaines idoles de la saison de bull-riding.

— Regarde comme il est énorme celui-là ! s’exclame Betty en pointant du doigt le plus gros des animaux.
— C’est Bubble, dis-je. Il a beau être gros, ce n’est pas le plus féroce. Plus ils sont lourds et moins ils arrivent à se mouvoir. Le pire, c’est Mister Bullet.

Je leur fais signe de me suivre, tenant Grace par la main. On s’arrête devant un taureau gris de taille moyenne. Il nous darde de ses yeux sombres, nous faisant bien comprendre que nous n’avions pas intérêt à le déranger. C’étaient les vétérinaires qui allaient s’amuser demain.

— Tu as l’air de t’y connaître… dis Betty à mon attention.

Je me tourne vers elle en souriant.

— Il y a quelque temps je pratiquais ce sport. J’ai arrêté il y a plusieurs années.

Ses yeux s’écarquillent de stupeur.

— T’es dans le Montana hein. Les cow-boys courent les rues, affirme Kim en explosant de rire.

Je me joins à elle, amusé par la situation et on reprend notre balade. Nos pas nous mènent devant la fête foraine. C’est encore fermé pour le moment. Grande roue, manèges à sensations, stands de tir… tout y est.

— On ira hein Griffin ? me demande ma petite sœur.
— Oui Grace, promis.
— Chouette ! Beth, tu viendras aussi hein ! poursuit-elle.
— Oui ma belle ! lui répond la française.
— Trop bien ! Et toi aussi Kim ?
— Évidemment ! lui dit l’intéressée.
— Allez, rentrons, une longue journée nous attend demain ! terminé-je.

On fait demi-tour et Grace glisse sa main dans celle de Betty. Doucement, je lève mes yeux vers la brune. Elle m’offre un sourire à me faire fondre sur place. Sans Grace entre nous, ça aurait été nos mains qui se seraient jointes. Mon pouls s’accélère imperceptiblement et je détourne les yeux, me concentrant sur un point imaginaire au loin. Je laisse mes idées vagabonder, n’écoutant plus les conversations des filles. Je ne voulais pas m’attacher. Pas à elle alors que dans quelques mois, elle mettrait très certainement les voiles pour un monde meilleur.

J'espère que ce chapitre vous a plu ! Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un petit coeur ! Le prochain sera posté demain :D

Encore un chapitre tout doux bien qu'il soit dur pour Griffin ! Le pauvre vient de se prendre plein de violence dans les mirettes ! Mais bon il a l'habitude...

Et sinon Grace !? Elle est pas trop mimi avec sa passion pour les tracteurs !?

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