- Les brûlures du Diable -

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Elizabeth.

Deuxième jour. Continuité de la beuverie d'hier. J'ai mal au crâne et pourtant, je ne m'arrête pas. Je commence à comprendre pourquoi les alcooliques boivent. L'éthanol atténue les sens, rend tout plus flou, t'assomme. Il te permet de dormir d'une traite sans te réveiller. Sans cauchemar.

La soirée est déjà bien entamée en ce samedi. Nous avons veillé jusque tôt ce matin et nous nous sommes levés bien après l'heure du déjeuner. Je me sens fatiguée et j'ai mal aux jambes d'avoir trop dansé. Nous nous sommes amusées comme des folles Kim et moi. J'ai appris à connaître Thomas qui est un chouette type. Tout comme sa bande de copains. Nous avons joué, chanté, dansé. Je les ai regardé se baigner à minuit. La folie pure. L'insouciance de la jeunesse. La beauté du monde. C'est ce que la journée d'hier m'avait inspiré.

— Au fait petite française, pourquoi tu gardes tes manches longues ? Tu n'as pas chaud habillée comme ça ? me demande Thomas dont les pupilles sont dilatées par tous les cocktails qu'il a avalés.
— Non je n'ai pas chaud, c'est une habitude à prendre. J'ai eu des vilains coups de soleil dans le dos plus jeune, brûlure au troisième degré... Depuis je m'expose beaucoup moins, répondis-je en souriant.

Je suis gênée de mentir. Très gênée, mais c'est mieux ainsi. Cette vérité cachée est bien plus belle que la véritable histoire.

— La vache... Tu ne t'es pas loupée ! s'exclame l'un de ses amis dont je n'ai pas retenu le nom.

Je hausse les épaules et la conversation reprend son court, les boissons trouvent leur chemin jusqu'aux bouches avides. Les idées se dissipent, se font moins nettes, la musique devient plus forte... Nous sommes assis autour d'un feu de camp. J'admire les flammes, perdue dans mes pensées. Je me demande si c'est avec ces mêmes flammes que le diable m'a brûlées les ailes. Je reprends une gorgée de limonade magique. Celle-ci est plus chargée que celle de la veille. Elle me brûle la gorge, me rappelant à quel point, je suis toujours putain de vivante.

— Je reviens, je vais aux toilettes...

Je me lève et manque de m'écrouler dans le sable. Je ne sais plus combien de verre ou de bouteille, j'ai ingurgité aujourd'hui. Thomas vient à ma rescousse, me remettant sur mes pieds.

— Je t'accompagne sinon tu ne vas jamais y arriver... Allez viens !
— Prends soin d'elle Thomas, je ne te quitte pas des yeux ! lui lance Kim, mi-sérieuse, mi-amusée.
— Rhooo tu me connais !

Moi, je ne suis déjà plus là, je divague, loin, très loin. Je me sens marcher, on s'enfonce dans les bois jusqu'aux toilettes sèches qui ont été installées là pour le week-end. Il me fait entrer et referme la porte derrière moi. C'est avec beaucoup de difficulté que je retire mon maillot de bain et ma jupe. Le temps passe et Thomas s'inquiète dehors. Je me rhabille tant bien que mal et sors après avoir mis du gel hydroalcoolique sur mes mains. Je lui tombe littéralement dans les bras, incapable de tenir plus longtemps sur mes jambes.

— Ça va Betty ?

Je fronce les sourcils et poses mes iris noisette sur lui. Betty ? Griffin ? Je plisse les yeux, sondant ce visage qui ne lui ressemble pas. Je vois tellement flou aussi... Sa main vient dégager des mèches de cheveux de mon visage, me les coinçant derrière les oreilles. Nos regards se rencontrent, pupilles dilatées dans pupilles dilatées. Je me perds dans cet abîme sombre sans même savoir si je vais pouvoir en sortir. Je me laisse complètement absorber dans le précipice de désir ouvert dans ses prunelles. Je me fais happer comme une feuille dans un courant d'air. Je ne peux même pas y résister.

Il me tire à lui et pose ses lèvres sur les miennes. Elles sont douces et chaudes. Avenantes. Elles viennent découvrir ma bouche chastement, sans véracité. Ses mains viennent d'abord se poser sur mes épaules, dans un geste sécurisant. L'une se met à descendre, glissant sur mon dos pour s'arrêter à la chute de mes reins. Il en profite pour m'attirer encore un peu plus, jusqu'à ce que nos corps entrent en contact. Je ferme les yeux, me laissant bercer par cette étreinte pleine de douceur. Ses lèvres finissent par me lâcher, me laissant pantelante.

— Ça va ?
— Oui... murmuré-je.

Il reprend son assaut, avec plus d'audace et de fermeté. Cette fois, c'est sa langue qui part à l'aventure, forçant le passage de mes lèvres pour aller rencontrer la mienne. La danse se fait charnelle. Ses mains me serrent de plus belle et je sens ses muscles se contracter, grisé par notre échange. Ses doigts encore sur mon épaule remontent jusqu'à mon visage, m'attirant toujours plus contre sa bouche. Nos hanches se rencontrent, son autre main me lâche pour remonter dans mon dos, jusqu'en haut de mon maillot qu'il commence à faire descendre sur mes épaules. Je ne réalise pas vraiment, trop absorbée par notre baiser. Ce n'est que lorsque ses doigts viennent caresser ma peau abîmée que mon sang se glace. Ses caresses deviennent alors aussi ardentes qu'un feu de forêt. Tout mon corps touché s'embrase de douleur. Je commence à suffoquer et je me recule, haletante. Je cherche un quelconque souffle au fond de mes poumons, mais il ne vient pas.

— Putain Elizabeth ! Qu'est-ce qu'il y a ? Je t'ai fait mal ?! s'inquiète Thomas en me rhabillant.

Il me scrute en m'attrapant par les poignets afin que je reste dans son champ de vision. Je sais qu'il ne me veut pas de mal pourtant, la petite fille en moi hurle de peur. Terrorisée, je m'arrache à sa poigne et fais demi-tour pour mettre le plus d'espace entre lui et moi. Je peux encore sentir la prise de ses doigts sur mes avant-bras. Je marche dans le noir, vers le parking où se trouve le van. Je ne m'arrête pas. Mon téléphone se met à sonner dans ma poche, mais je l'éteins. Tout à coup, je comprends mieux Griffin et son envie de s'absenter. J'ai besoin de couper avec le monde entier, de me retrouver seule, avec moi-même. J'ai besoin de faire le point sur mes démons.

Lorsque je déboule dans le parking, la première chose que je remarque, c'est ce fameux pick-up blanc garé juste à côté de notre maison roulante. Je sers les poings et les dents. J'espérais sincèrement pour lui qu'il n'avait pas osé me faire cet affront.

Je m'approche de sa voiture et regarde à l'intérieur. Personne.

— Betty ?

Je fais volte-face, furieuse et envoie mon poing dans l'air. Je fais mouche, il s'écrase sur son visage, je ne sais trop où. Ça m'est égal. Je ne m'arrête pas pour autant, me rapprochant de lui jusqu'à marteler son torse de mes mains.

— T'es qu'un connard Griffin Williams ! Tu les as abandonnés ! Tu m'as abandonné ! Tu n'as pas le droit de te volatiliser comme ça dans la nature ! T'es qu'un lâche ! hurlé-je.
— Doucement Betty tu vas te faire mal... Doucement... tente-t-il pour me calmer.
— Arrête de me dire quoi faire alors que toi-même tu n'endosses pas tes putains de responsabilité ! continué-je sans écouter un seul mot provenant de sa bouche.
— Betty, arrête...

Ses grands bras finissent par se refermer sur moi. Il me sert contre lui et ma tête vient d'elle-même se nicher dans le creux de son cou. Mes larmes ne tardent pas, dévalant mes joues pour aller glisser sur sa peau.

— Quelqu'un t'a fait du mal ?
— Non, reniflé-je.
— Alors pourquoi tu pleures ?
— Parce que je suis comme toi. Je suis cassée. J'ai mal. Je souffre. J'en ai marre... Je suis tellement fatiguée Griffin...

Il ne me répond pas. Je ne me suis jamais confiée sur mon ressenti. Même pas à mes parents. À personne. J'ai toujours éludé les questions, menti ou esquivées en donnant des semi-vérités. J'en avais assez de faire semblant.

— Tu veux que je te ramène à la maison ?
— Non.
— Tu veux y retourner ?
— Oui.
— Ok.

Je me détache de lui et sèche mes larmes, le regard fuyant.

— Tu as un très joli maillot. Ça te va bien, le jaune, dit-il en passant une main dans ses cheveux, le regard fuyant, gêné.
— Merci.

Je souris, contente qu'il change de sujet. J'ai toujours le cœur en vrac et l'âme déchirée, mais j'arrive à faire semblant. Je suis devenue une véritable professionnelle à ce petit jeu.

— Tu m'emmènes ?

Je le prends par le bras afin de m'aider à tenir debout et nous nous mettons en route, en silence. Même si j'ai du mal à me l'avouer, je suis contente qu'il soit revenu. D'un côté, je me sens plus apaisée : je n'ai plus à m'inquiéter pour qui que ce soit.

En arrivant au feu de camp, mes yeux accrochent ceux de Thomas. Je lâche le bras de Griffin et lui fait un signe de tête pour qu'il me suive. On s'éloigne un peu sous le regard intrigué du fils de Lawrence.

— Je suis désolée... commencé-je.
— Non, non Beth, ne le sois pas, je n'aurais pas dû t'embrasser alors que tu étais ivre à ce point. Ce n'était pas le bon moment.
— Ce n'est pas que ça... Mais... merci pour ta douceur. Tu es quelqu'un de bien, je crois.

Je lui souris et il fait de même.

— Allez ma belle, c'est sans rancune ! Allons rejoindre les autres avants qu'ils ne se demandent ce qu'on mijote !

Je suis immensément soulagée. J'avais peur qu'il ait mal pris ma réaction et que j'en entende parler jusqu'à la fin de ma vie, mais pas du tout. Je vais m'asseoir entre Kim et Griffin, me collant à mon amie.

— Je te raconterais tout plus tard... lui promis-je en lui chuchotant à l'oreille.

Car oui, en plus d'être une excellente amie, Kim s'est aussi révélé être la meilleure des confidentes.

J'espère que ce chapitre vous a plu !

Bon, on est reparti dans les émotions avec ce chapitre ! Personnellement j'aimerais rencontrer beaucoup plus de Thomas en soirée. La notion du consentement est tellement importante ! Il faut toujours s'enquérir de savoir comment l'autre se sent et ne pas avoir peur de demander ! C'est toujours un plus ! Et vous, vous en pensez quoi ?

Sinon... retour de Griffin tranquille en mode petite fleur. Heureusement qu'Elizabeth est là pour lui remettre les pendules à l'heure n'est ce pas ? :D Parce que même si elle est aussi cassée que lui, au moins elle fait en sorte d'aller mieux !

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Le résumé est plutôt pourri, l’histoire l’est sûrement également, car c’est l’une de mes premières. Elle est d’ailleurs basée sur le jeu Clash Royal, mais je fais en sorte du mieux qu’en je puisse pour que l’on puisse la comprendre sans même connaître le jeu. Pour éviter tout quiproquos, j’ai publié le début de cette histoire sur Wattpad, même si je compte sûrement le supprimer sur cette plateforme (Wattpad) et continuer l’histoire petit ici.
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