- L'invitation -

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Elizabeth.

Cela fait maintenant plusieurs jours que Griffin est parti. Je le soupçonne d'être revenu la nuit où il s'est enfui pour récupérer quelques affaires dans sa chambre. J'ai entendu le parquet du couloir grincer et la porte de sa chambre s'ouvrir avant d'être claquée brutalement tandis que les pas repartaient dans l'autre sens. Depuis, il ne donne plus aucun signe de vie.

Lawrence dit qu'il ne faut pas s'inquiéter. J'aimerais avoir sa force tranquille et sa patience. Surtout son habitude. Grace m'a raconté que ce n'étais pas la première fois que son frère disparaissait sans un mot. Une fois, il est même parti un mois. Personne ne s'est inquiété. Ce garçon est comme un chat : il va et vient.

Je vis son départ comme une leçon. Moi qui pensais n'avoir vu en ce garçon qu'un simple colocataire de vie... Je m'étais lourdement trompée. Griffin avait réussi à se faire une place dans ma tête de la plus subtile des manières. Si auparavant, je ne m'en étais pas rendu compte, aujourd'hui la vérité était bien lourde à gérer.

J'avais commencé à l'apprécier au-delà des limites que je m'étais fixées. Assez pour me demander s'il allait bien où qu'il se trouve. Pourtant, Griffin n'était toujours pas mon ami. L'agacement qu'il génère chez moi continue même en son absence. Je n'ai qu'à penser à son sourire narquois pour que mes dents se serrent à m'en faire exploser les molaires. Et malgré tout, il y a ce petit quelque chose qui me titille le cœur. C'est cette immense souffrance chez lui qui me pousse à m'attacher. Je sais ce que ça fait de perdre quelqu'un. Je sais ce que ça fait de se sentir seul au monde. Je sais ce que ça fait de se sentir abandonné.

Seulement Griffin avait la chance d'avoir encore une famille : un père et une sœur. Ces derniers l'aimaient inconditionnellement malgré tout ce qu'il avait pu faire ou dire. Ça se voyait dans leurs yeux. Alors pourquoi autant d'acharnement contre lui-même ? Pourquoi s'infliger une telle punition en se récusant de la sorte ? J'avais bien compris qu'il n'aimait pas la solitude. Sinon il n'aurait jamais rejoint le gang familial, il se serait tout simplement volatilisé dans la nature comme il sait si bien le faire pour y faire son deuil tranquillement.

À la place, il agissait comme un animal grégaire blessé. Il restait non loin du troupeau, en attendant que le grand méchant vienne le cueillir. Ce que les prédateurs n'avaient pas attendu de faire. Sauf qu'au lieu de l'achever, ils lui avaient offert de faire un pacte avec le diable lui-même : Steve. Tatoué d'un crâne de bouc dans le dos, il en était la réincarnation suprême. Du moins, c'est ce qu'il se plaisait à raconter. Lui, il avait dû mettre les doigts assez régulièrement dans la prise en étant plus jeune... Parce qu'il fallait y mettre du sien pour avoir autant de fils qui se touchent là-haut.

Mon téléphone vibre dans ma main, me tirant de ma rêverie : c'est Kim.

[Kim]: Hello ! Dis, tous les ans les jeunes de Livingston se retrouvent à Hebgen Lake pour faire la fête sur quelques jours, ça te tente ? Ça commence vendredi et se terminera lundi matin !

L'idée est alléchante. Elle tombe parfaitement à pic même ! Rien de mieux pour oublier les récents événements. Sauf que je ne peux pas. J'imagine déjà les autres me dévisageant, chuchotant dans mon dos à propos de mon passé gravé à même mon corps. D'ailleurs, j'en ai tellement eu honte toute ma vie que je n'ai jamais porté un seul maillot de bain. Je ne sais même pas nager. En fait, je n'aime même pas l'eau. Il serait donc dommage de me rendre là-bas pour ainsi dire ne même pas profiter.

Armée de mes doigts, je lui réponds.

[Elizabeth]: Je ne vais pas pouvoir désolée.
[Kim]: Tu n'as même pas demandé à Lawrence. On ira t'acheter de quoi te couvrir si c'est ça qui t'inquiète.

Kim était la deuxième à avoir côtoyé mes cicatrices de près. Et elle n'avait posé aucune question malgré la curiosité morbide qui avait brillé dans son regard. Mon amie a toujours respecté mon silence vis-à-vis de mon passé. Elle ne sait que le strict minimum et c'est suffisant. Je ne suis pas encore prête à m'épancher plus sur les malheurs de ma vie. Je ne suis pas certaine de pouvoir supporter les regards pleins de pitié et de compassion. Ni les larmes d'émotions qui pourraient éventuellement finir par naître à la fin de mon discours. Je n'aurais jamais la force d'affronter tout ça.

Je sais très bien que je ne vais pas avoir le dernier mot. J'aurai beau trouver n'importe quelle excuse, elle saurait que ce n'était ni plus, ni moins, de la mauvaise fois. Résignée, je lui envoie un dernier message.

[Elizabeth] : Si jamais je peux venir, au moindre problème, ce sera de ta faute !
[Kim] : Ne t'inquiète pas, j'endosserais toutes les responsabilités !

Je soupire, imaginant son sourire satisfait étirant ses lèvres. Lasse, je me lève de mon lit où je m'étais avachie un peu plus tôt. Au même moment, la porte d'entrée claque et j'entends Lawrence et sa fille rentrer.

— Elizabeth ?! Tu es là ?

La voix du père de famille résonne dans toute la maison. Je frémis et sors de ma chambre.

— Oui ! Je descends !

D'un pas rapide, je traverse le couloir et dévale les escaliers. Tous les deux sont dans le salon. Grace se jette sur moi pour enlacer mes jambes, ravie de me voir. Avec douceur, je passe une main dans ses boucles blondes.

— Elizabeth, avec Grace et Cowa nous allons partir vendredi dans l'après-midi pour aller rendre visite à mes parents. Nous serons de retour dimanche soir. Ça ira pour te débrouiller ? me demande-t-il en souriant.

J'arrête de respirer. Dieu avait une drôle de façon de jouer avec moi. Je me retiens de grincer des dents et, à la place, offre un sourire qui se veut rassurant à Lawrence.

— Oui ça ira. Ne vous en faites pas pour moi. Vos parents habitent loin ?
— Un peu, à l'autre bout de l'état. Quant à Griffin et bien, ne t'en occupe pas. Fais ta vie, repose-toi, amuse toi surtout ! Et si jamais tu quittes la maison, ferme à clef. Je vais juste te demander de ne pas utiliser les voitures, elles ne sont pas assurées pour que tu puisses les conduire et la police ne rigole pas avec ça...

J'acquiesce. N'importe comment, stressée comme j'étais au volant, je n'allais pas prendre le risque de rouler seule sur des routes que je ne connais pas !

— Ça va vous faire du bien à tous les deux, hein Grace ? Des petites vacances ! Qu'est-ce que tu en penses ! dis à l'intention de l'enfant toujours collée contre mes jambes.
— Oui ! s'exclame-t-elle, ravie.

— Bon et bien, je vais retourner travailler. Je vous laisse à vos affaires les filles, à plus tard !

Il s'en va après un dernier sourire, nous laissant seules avec le silence pesant de la maison. Je baisse les yeux vers la petite qui m'observe. Bientôt, la moustiquaire de l'entrée claque de nouveau. Je sursaute, me redressant vivement, le cœur au bord des lèvres, espérant de tout qu'il soit revenu. Mais ce n'est que Cowa qui vient se joindre à nous pour un câlin groupé. Je m'agenouille pour les serrer toutes les deux très fort dans mes bras.

— Raconte-moi tout, comment c'était avec Jack ? soufflé-je, ma bouche écrasée contre le crâne de l'enfant.

Ne pas s'en faire. Ne pas s'inquiéter. Vivre sa vie. C'était décidé, j'allais suivre le conseil de Lawrence et embrasser les opportunités qui s'offraient à moi.

J'espère que ce chapitre vous a plu ! Le prochain sera publié mercredi !

Et vous ? Vous seriez resté à la maison à vous morfondre ou, comme Betty, vous auriez décidé de vous sortir les doigts du c** pour vous éclater ? :D

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