- La fuite -

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Griffin.

Les jours passent et Betty ne m'adresse plus la parole. Pourquoi ? Je n'en sais foutrement rien. Je dois admettre que ça commence à m'agacer. Elle fuit mon regard quand j'entre dans la même pièce qu'elle. Même plus que ça, elle me fuit tout court.

Son mutisme ne peut être percé que par mon père ou Grace. Avec eux en revanche, elle reste le même et éternel rayon de soleil. Elle sourit, parle, rit. Je pourrais essayer de chercher à comprendre pourquoi elle se comporte ainsi avec moi. Je pourrais, mais je préfère ne rien en faire. J'irais même jusqu'à dire que c'est mieux comme ça, au moins, je n'ai plus besoin de m'occuper d'elle ou bien d'exécuter ses requêtes à la con.

Agacé, je sors de ma chambre et descends. Grace et Betty sont dans le salon. Je leur lance un regard en me dirigeant vers la porte d'entrée. La Française me jette un coup d'œil furtif et reporte toute son attention sur les dessins qu'elles sont en train de faire. Je retiens un grognement et laisse la moustiquaire claquer derrière moi. Quelle conne... Et moi quel con à lui accorder autant d'importance.

Il fallait que je fasse quelque chose qui allait me permettre de me vider la tête. Je réfléchis rapidement, regardant autour de moi, jusqu'à poser mes opales grises sur ma caisse poussiéreuse. Voilà qui ferait l'affaire. Je monte dedans pour aller la garer sur le côté de la maison, là où se trouve le tuyau d'arrosage. Je vais également chercher l'aspirateur de travail qui se trouve dans le pailler.

Le soleil a commencé à entamer sa lente descente lorsque j'ai enfin terminé. J'ai briqué mon pick-up à fond, recommençant encore et encore, jusqu'à ce qu'il n'y est plus une seule trace de saleté, à l'extérieur comme à l'intérieur. Du revers de mon poignet, je viens essuyer la sueur qui perle sur mon front. J'ai beau avoir travaillé avec de l'eau, dans le Montana, le soleil tape fort l'été. Fier de mon travail, je vais ranger le matériel à sa place : l'aspirateur, les bombes pour le cuir, le produit à vitre et toute autre chose en lien avec la santé de l'intérieur des voitures retournent au pailler. Je m'attelle ensuite au tuyau d'arrosage, commençant à l'enrouler pour le remettre sur son socle.

— Enlève ton t-shirt.

Je tressaille. Betty. Je ne l'ai pas entendue sortir de la maison. Je n'ai pas besoin de lui demander pourquoi. Je ne lui ai jamais dit que moi aussi, je fais ou bien faisait partie du gang. Pourtant, j'étais certain qu'à un moment ou à un autre, elle avait deviné. C'était à croire que non. Je souffle fort puis j'attrape le bas de mon t-shirt trempé par la sueur et l'eau. Je l'ôte en le faisant passer par-dessus ma tête. Je lui dévoile le symbole de ma lâcheté. Le fameux crâne de cerf dont les bois sont encore accrochés sur le squelette. Quelques fleurs et plantes ont été rajoutées avec une plume ou deux. Je ne sais plus trop à vrai dire. Tout autour, en lettres gothiques, on peut y lire « Skulls of Hell ».

Ce tatouage, c'est la débauche peinte à même ma peau. C'est l'alcool, la drogue et la mort inscrite dans un seul et même dessin. C'est aussi la honte, la douleur et la perte enracinée dans mon être. J'en avais été fier. Je m'étais baladé des jours et des nuits torse-nu, affichant mon appartenance à toute la ville. Durant un temps, ça m'avait suffi pour oublier ou tout du moins atténuer les sentiments de souffrance qui m'avaient rempli. Et puis ça n'avait plus été assez. Je me suis consacré corps et âme aux entourloupes de mon oncle et de son fils, Jeff. J'ai réalisé des tâches toutes plus horribles les unes que les autres. Je pensais enfin être devenu bon à quelque chose, mais la vérité m'a rattrapé et j'ai réalisé à quel point, j'étais tombé bas. Sauf que je n'ai pas réussi à me relever. Je n'en ai pas eu la force. Alors j'ai continué. Jusqu'à ce que je me fasse choper et que je me retrouve au poste de police. Deux fois.

Ses doigts frais sur ma peau chaude me surprennent, m'arrachant un léger sursaut.

— Pourquoi un cerf ? Tu es le seul à t'être fait tatouer un herbivore, me questionne-t-elle.

Je ne lui demande pas comment elle sait ce qu'elle avance. Kim y est sans doute pour quelque chose. Je soupire.

— Je ne sais pas trop. Je trouve cet animal majestueux et puis, c'est le roi de la forêt. C'est aussi un symbole de la régénération de la vie. J'ai sans doute pensé qu'en me le faisant tatouer, il allait m'aider à revivre, expliqué-je.

Les sillons frais qu'elle laisse sur moi descendent. Elle retrace le dessin fait à l'encre, parcourant chaque courbe sombre ancrée dans mon dos.

— Il est beau. Pourquoi les roses et les plumes ? poursuit-elle.

— C'étaient les fleurs préférées de ma mère et elle avait une passion pour les oiseaux.

Au final, ce tatouage, il m'a aussi permis de garder un morceau de ma mère avec moi. Je sers les dents et les poings, fermant les yeux pour ne pas me laisser aller. Je ne veux pas pleurer devant elle. Je ne veux pas pleurer tout court.

— Pourquoi tu as accepté d'arracher les vêtements de Kim ?

— Ça ne te regarde pas, répondis-je plus sèchement.

Brusquement, je me retourne, la foudroyant du regard. Elle empiète un peu trop sur ma vie privée. D'autant plus que je ne vois pas pourquoi je dois lui faire la causette alors qu'elle m'avait ignoré pendant des jours.

— Et toi, pourquoi tu m'évites ? dis-je en reprenant le dessus.

— Parce que je voulais être sûre que tu n'étais pas un prédateur, comme eux, lâche-t-elle en plantant ses yeux dans les miens.

Je m'approche d'elle, un grondement résonnant dans le fond de ma gorge. C'est la goutte de trop. Celle qui fait déborder mon vase de colère.

— Tu es qui toi pour juger les gens sur ce qu'ils sont ou non ? À ma connaissance, tu n'es qu'Elizabeth Davancour, une petite campagnarde de Française qui ne vaut pas mieux que quelqu'un d'autre. Alors tu ferais mieux de garder ta langue dans ta poche. Tu ne sais rien de moi. Absolument rien, dis-je d'une voix sourde.

Je la bouscule avec mon épaule en partant, la plantant dans la cour. Je me dirige droit vers l'écurie et attrape le matériel de Rhys. L'hongre, en m'entendant arriver, tourne sa tête dans ma direction. J'ouvre la porte de son box et le selle à la vitesse de l'éclair. Je ne prends pas le temps de flatter son encolure. Encore moins de le brosser. Quelques minutes plus tard, je m'enfuis au grand galop vers la montagne, les larmes ruisselant sur mes joues.

Je ne suis rien. Même pas un con ou une merde. Je suis aussi insignifiant que de la poussière. Je ne sers qu'à semer la discorde et la détresse sur mon passage. Je sais que je l'ai très certainement blessé. Mes mots m'ont autant atteint qu'elle, me perforant le reste de cœur et d'âme. J'étais bien trop perdu dans l'océan de ma souffrance que je n'étais pas certain de pouvoir un jour sortir la tête de l'eau.

J'espère que ce chapitre vous a plu !

Bon... un chapitre un peu plus court que les autres mais chargé en émotions ! Plus paumé que Griffin ça existe ? Vous pensez qu'il a eu raison d'envoyer chier Betty ?

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Le résumé est plutôt pourri, l’histoire l’est sûrement également, car c’est l’une de mes premières. Elle est d’ailleurs basée sur le jeu Clash Royal, mais je fais en sorte du mieux qu’en je puisse pour que l’on puisse la comprendre sans même connaître le jeu. Pour éviter tout quiproquos, j’ai publié le début de cette histoire sur Wattpad, même si je compte sûrement le supprimer sur cette plateforme (Wattpad) et continuer l’histoire petit ici.
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