- Skulls of Hell -

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Elizabeth.

Le trajet en voiture avec Griffin s'est fait comme d'habitude : en silence. Il m'a déposé sans rien dire et, contrairement à d'habitude, n'a pas redémarré une fois que j'ai fermé la portière. Je marche jusqu'à l'entrée de la maison, appréciant l'allée fleurie qui mène jusqu'à la villa. Je sonne et en attendant que ma future élève vienne m'ouvrir, je me retourne. Il est toujours là, m'observant de ses yeux gris. Je sais très bien ce qu'il fait : il veut s'assurer que je rentre bien chez les Jacobson. Je soupire et me détourne. Au même moment, la porte tourne sur ses gonds pour laisser apparaître Kim en maillot de bain.

— Enfin ! Viens, viens ! On a plein de trucs à se raconter, je crois ! s'exclame l'Américaine.

Elle m'attrape par le bras et me tire à l'intérieur. Elle ferme derrière moi et me pousse dans le couloir avant de repasser devant moi.

— Alors la française, c'est comment la vie chez les Williams ? Tu aimes Livingston ? Bon, il y a mieux comme ville, mais on se débrouille pas mal, je trouve ! Tu veux boire quelque chose ?

Elle continue de me tirer à travers l'immensité des pièces de sa maison, posant des questions à la seconde.

— C'est bien. C'est très très bien... Je veux bien un verre d'... commencé-je.

— Tu veux de la limonade ? Notre gouvernante en a fait tout un pichet ce matin, me coupe-t-elle.

— Ça me va, répondis-je rapidement, sans lui tenir rigueur du fait qu'elle m'a coupé la parole.

Elle me sert un verre, papotant avec moi comme si nous nous connaissions depuis toujours. Je l'écoute, amusée par cette personnalité exubérante et pleine de vie. Elle est rafraîchissante, ça me change un peu du Ranch où la seule autre fille est Grace. Et du haut de six ans, on ne peut pas dire que l'on ait les conversations les plus sérieuses du monde.

— Tu en as mis du temps à me contacter ! Qu'est-ce qui t'a retenu ? reprend-elle avec autant d'énergie.

Je botte en touche. J'ouvre la bouche puis la referme, les souvenirs assaillant ma mémoire.

— Bon, ce n'est pas grave. Viens, on va à la piscine. Tu as pris un maillot de bain ? Je peux t'en prêter un sinon !

— Je n'ai pas envie de me baigner merci... dis-je simplement.

— Et bronzer ? Tu me diras, tu as déjà la peau plutôt mate ! Bon tant pis, viens.

On va dehors, où des transats sont installés sous de grands arbres. On s'y installe, allongées face à face.

— Pour les cours de français... repris-je.

— En fait, je n'en ai pas besoin, mais tu seras quand même payée ne t'inquiète pas. C'était juste un prétexte pour te voir plus souvent. Je t'apprécie vraiment ! Et la manière dont tu as envoyé chier Jeff à ma soirée ! Franchement chapeau ! Personne n'a jamais osé faire ça ! dit Kim en riant. Mais c'est parce que tu ne savais pas, j'imagine... finit-elle sur le ton de la confidence.

— Je ne savais pas quoi ? questionné-je, intriguée.

— Jeff, c'est le fils de Steve Williams. Le frère de Lawrence, celui pour qui tu travailles. C'est le chef des Skulls of Hell, le petit gang de Livingston. Ils ne sont pas nombreux, mais ils ne rigolent pas... me chuchote-t-elle, les yeux plissés, comme si elle me confiait son plus grand secret.

J'encaisse les informations. Je suis sidérée. J'en ai appris plus en quelques minutes avec cette fille qu'en un mois.

— Aujourd'hui Steve est en prison. Ce doit être la deuxième ou troisième fois que ça lui arrive. Ils ont tué tout un groupe de jeunes pour un non-paiement de drogues et d'armes. Apparemment, ils étaient juste censés leur faire peur, mais ça a mal tourné... finit-elle en sirotant sa limonade.

— Oh... tu veux dire que seulement Steve est derrière les barreaux ?

— Non, tous les membres les plus âgés se sont fait arrêter. C’étaient les plus dangereux en fait. Il ne reste plus beaucoup de membres actifs aujourd’hui. En tout cas, tu as rencontré les principaux. Les autres se font discrets.

Je ne sais même plus quoi dire. J'ai l'impression que ce que Jeff m'a fait subir était un traitement de faveur à côté des actes barbares de son père. En fait, j'ai même du mal à croire le récit de Kimberley. Lawrence est tellement différent... Comment deux frères ont-ils pu prendre deux directions totalement opposées ? Si j'avais su, je n'aurais très certainement jamais accepté de travailler pour cette famille. J'avais eu assez d'ennuis comme ça par le passé.

— D'ailleurs, je suis étonnée qu'il ne t'ait pas encore trouvé pour te remonter les bretelles... À moins que ce ne soit déjà fait ? Il t'a emmené au Titty Twister et t'a demandé de danser pour lui un vendredi soir ? recommence-t-elle. Sans aucun tact.

Ma mâchoire se décroche littéralement. Je n'avais plus qu'à lui dire la vérité.

— Oui... dis-je en baissant les yeux, les joues rouges, honteuse de cet aveu.

— Tu n'as pas à avoir honte, ce n'est pas de ta faute, dit-elle en attrapant mon menton entre ses doigts fins pour me faire relever la tête. Une fois par mois, ils organisent ce petit événement où ils masquent les filles de la ville afin de ne pas dévoiler leur identité. Les clients pensent que nous faisons ça de notre plein gré. Il y a même des paris de lancés et le but est de découvrir qui nous sommes. La réalité est bien plus moche, n'est-ce pas ? finit-elle en grimaçant.

— C'est clair... Du coup toi, tu l'as déjà fait ? la questionné-je.

— Non, pas du tout. Je me suis fait choper il y a un moment. Je ne sais même plus ce que j'ai fait pour mériter ça. Toi et moi, on va se retrouver ensemble pour l'événement du mois prochain. Ils appellent ça le « Titty's Daughters ».

— Qu'est-ce qu'ils font quand une fille refuse ? demandé-je sans réellement savoir si je voulais entendre la réponse.

— Personne ne sait vraiment. Des rumeurs courent. Je crois que personne n'a jamais dit non.

Je prends une grosse gorgée de mon verre de limonade afin de faire passer la pilule. Kim n'a pas l'air terrorisée plus que ça. Je ne sais pas si je dois me détendre ou au contraire, stresser encore plus, pour nous deux.

— Je dois leur envoyer mes mensurations aujourd'hui, lui annoncé-je.

— Moi aussi.

On se regarde. J’ai l'impression qu’elle perd un peu de sa fougue au fur et à mesure que les secondes passent.

— On devrait peut-être faire ça maintenant… dit-elle.

Je la suis, rentrant à nouveau dans la maison jusqu'à sa chambre. Elle a une vue imprenable sur les montagnes. Tout un mur de sa chambre n'est qu'une baie vitrée. Elle a bien évidemment un dressing, une salle de bain privative, et même un jacuzzi dans un coin. Je suis soufflée.

— Allez, en sous-vêtements ma belle, me presse ma nouvelle amie.

— Non, je vais me débrouiller seule dans la salle de bain, ne t'inquiète pas, répondis-je, prise de court.

— Tu ne peux pas le faire toi-même, ça va fausser la plupart de tes résultats. Allez, j'ai déjà vu une paire de seins et un cul ! dit-elle presque en riant.

Je ne suis pas pudique. Je ne l'ai jamais été. Je n'aime tout simplement pas montrer mon corps marqué par les affres de la vie. Prenant une grande inspiration, je me déshabille. Elle, elle est déjà en maillot donc ça facilite grandement les choses. Lorsqu'elle me découvre, moi et ma peau zébrée de cicatrices, elle ne dit rien. Je pense qu'elle a lu dans mes yeux que je ne voulais pas m'étaler sur le sujet.

— Lève les bras Beth, poursuit-elle en souriant, encourageante.

Kim retrouve un peu de son panache. En fait, on dirait presque qu'elle s'en fiche à moitié. Elle fait tourner le mètre autour de moi, notant mes mesures sur une feuille. Je fais ensuite pareil pour elle. Puis nous envoyons respectivement nos chiffres sur nos téléphones. Quelques secondes plus tard, nos portables sonnent en même temps.

[Jeff] : Pas mal ! Voici la chorégraphie. Vous n'aurez pas besoin de la barre, c'est réservé aux pros ;)

Je retiens un grognement et regarde Kim qui ne s'est pas démontée et lève les yeux au ciel.

— On sait quoi faire aujourd'hui, n'est-ce pas ? soupire-t-elle.

— Ça n'a pas l'air de t'affecter ? risqué-je.

— Oh si. Je me chie dessus. Je ne le montre juste pas. Tu apprends ça quand tu mènes une vie de bourgeoise comme la mienne.

Ainsi, j'ai appris que Kim descendait d'une famille de nobles et que ses parents étaient membres de clubs. De gentleman pour monsieur et de ladies pour madame. À ses seize ans, Kim s'était retrouvée à se pavaner au bal des débutantes afin de faire son entrée officiellement à « la cour ». Heureusement, elle n'était pas promise à un prince charmant. Ce qui n'était pas le cas de toutes les filles de son âge.

— Tes parents ne peuvent pas non plus t’aider ? Ils ont l’air influents…

— Mes parents ne savent rien de la vie que je mène. Ils sont trop obnubilés par leurs galas à la con, leur couronne invisible et leurs faux amis. Mon père pense que je suis encore vierge et ma mère ne songe qu’à me présenter les prétendants les plus friqués du pays. Crois-moi, ils sont loin de se douter que je vais me retrouver à danser sur la scène du Titty-Twister, crache-t-elle avec hargne.

Kim n’a pas du tout l’air d’apprécier ses parents. Fille unique, aucun membre de sa famille ne s’est jamais occupée d’elle. Seules les gouvernantes ont eu le droit à ce privilège. L’absence de ses parents a ensuite été comblée par des cadeaux. J’ai de la peine pour elle. Comme quoi, avoir une famille ne veut pas forcément dire que l’on sera aimé à notre juste valeur.

Nous nous sommes mises dans son salon pour regarder la chorégraphie sur son vidéoprojecteur. La danse est si longue qu'il va nous falloir des heures pour l'apprendre par cœur. Et encore d'autres pour la rendre fluide et légère. Chaque geste est sensuel à outrance. Tout est fait pour mettre en valeur nos corps. Sauf que le mien, je ne l'aime pas. Je me trouve pataude et gauche du haut de mon mètre soixante-trois pour mes soixante-cinq kilos. Pourtant, je ne suis pas grosse. Je suis musclée grâce au travail en extérieur et à l'équitation.

— Je suis désolée mais je ne peux pas.

— Elizabeth, tu as vu ce qu’ils nous ont fait, ils peuvent faire bien pire.

— Et bien qu’ils fassent. Je ne peux pas me faire humilier ainsi en public. Même toi tu devrais être d’accord. Ta mère t'utilise déjà pour que le statut de votre famille persiste. Si ça, ça te rend dingue, le fait que des garçons te balancent sur une scène pour te trémousser et se faire du fric sur ton dos devrait te révolter encore plus. Nous ne sommes pas des objets à poser sur des scènes.

— Tu n’as pas peur d’eux ?

— Si, évidemment. Mais on doit se battre tu ne crois pas ?

La vérité c’est qu’ils ne pourraient pas faire pire que ce que j’avais déjà vécu.

— Qu’est ce qu’on fait alors ?

— On va les prendre à leur propre jeu et leur faire perdre énormément d'argent.

En partant de chez elle, je me sens plus légère. J'ai un fardeau en moins à porter sur mes épaules. Dorénavant, je sais à quoi m'attendre et surtout, je ne suis plus seule : maintenant j'ai Kim pour m'aider à affronter la vie.

J'espère que ce chapitre vous a plu !

Alors cette Kimberley ? Elle est chouette hein !? Je pense qu'on a tous besoin d'un rayon de soleil comme elle pour égayer nos vies ! Les gens qui nous mettent des coups de pied au cul pour profiter ce sont les meilleurs !

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Le résumé est plutôt pourri, l’histoire l’est sûrement également, car c’est l’une de mes premières. Elle est d’ailleurs basée sur le jeu Clash Royal, mais je fais en sorte du mieux qu’en je puisse pour que l’on puisse la comprendre sans même connaître le jeu. Pour éviter tout quiproquos, j’ai publié le début de cette histoire sur Wattpad, même si je compte sûrement le supprimer sur cette plateforme (Wattpad) et continuer l’histoire petit ici.
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