- Confidences -

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Elizabeth.

Je regarde Jeff et sa bande. Le chef met mon corps à nu avec son couteau. Les cinq paires d'yeux affamés me dévorant du regard. Lorsqu'ils m'abandonnent pour se ranger dans un coin du bar toute leur attention rivée sur ma pudeur à découvert, c'est la camée qui apparaît. Je déglutis et me débats dans mes liens. Elle a une aiguille plantée dans le bras et une deuxième qu'elle tient. Elle m'en injecte son contenu après m'avoir fait un garrot puis crève d'une overdose sur le côté, à mes pieds.

Entre ensuite en scène une première famille dont le mari tombe à la renverse, à côté de la camée : une crise cardiaque fulgurante l'abattant. Le reste de la famille part rejoindre les terreurs de Livingston, les yeux rivés sur moi. Trois autres familles dont les visages me sont familiers défilent pour se rendre eux aussi dans le fond du bar. Ils me regardent tous.

Le vieux arrive, son cigare à la bouche et sa ceinture dans une main. Lorsqu'il apparaît, toutes mes cicatrices éclatent, laissant la vie qui m'anime s'écouler par les blessures rouvertes. J'aimerais que ce soit le dernier. Que ce soit enfin terminé. Je n'arrive plus à respirer, j'ai mal, mon corps me brûle. Sauf que ce n'est pas fini. Le diable en personne fait son entrée.

Je me réveille en sursaut et allume ma lampe de chevet. J'ai chaud. Je suis en sueur. Mes joues sont trempées de larme. Terrorisée, je jette un regard circulaire à ma chambre. Personne. Je lève mon t-shirt pour être certaine que je ne saigne pas. Que je n'ai pas été piquée par une quelconque aiguille. Je n'ai rien. Je soupire et me lève, sortant dans le couloir pour rejoindre la salle de bain. Je me sers un verre d'eau que je bois d'une traite. Je suis exténuée. Ce cauchemar, je le fais toutes les nuits depuis l'incident.

En retournant vers ma chambre, j'entends du bruit chez Griffin : il vient d'ouvrir sa baie vitrée. Apparemment, je ne suis pas la seule à avoir une vie nocturne. De nouveau dans ma chambre, je sors sur mon balcon : je ne ferme jamais la porte la nuit afin d'aérer la pièce en continu. Je longe le mur jusqu'au bout de la longère où j'y trouve Griffin. Cette fois-ci, il a les bras croisés sur la rambarde et sa tête repose dessus. Une odeur de cigarette vient me chatouiller les narines. Je suis surprise. Je ne l'avais jamais vu fumer jusqu'à maintenant.

— Je m'en grille une quand je passe une bonne journée.

Je tétanise. Comment m'a-t-il entendu arriver ?

— Ça va ? poursuit-il sans daigner me regarder.
— Ouais... soufflé-je.
— T'en veux une ? me demande Griffin.

Il bouge, prenant le paquet dans la poche arrière de son short et me le tend. Je prends une cigarette et le briquet qui traîne à l'intérieur de la boîte. Je l'allume et le remets dedans.

— Merci.
— T'arrives plus à dormir à cause de l'autre ? Je t'entends toutes les nuits te lever à la même heure pour aller boire un verre d'eau depuis votre entrevue... poursuit le fils de Lawrence.

Il me regarde maintenant. Il me reluque avec douceur, de mes pieds nus jusqu'à mon visage. Je porte le t-shirt du plus grand de mes frères. Il m'arrive aux cuisses. Dessus, on peut y lire « J'aime les Cévennes ».

— Entre autres oui... répondis-je évasive. Et toi ? Tu vis la nuit ?
— Entre autres... me répond-il sur le même ton, son éternel sourire narquois de retour sur ses lèvres.

J'imagine que lui aussi, il doit faire des cauchemars. Je profite de la noirceur de la nuit pour me perdre dans la contemplation des étoiles.

— Betty ?
— Quoi ?
— Est-ce que tu vas nous créer des emmerdes ? me questionne-t-il.
— Je ne sais pas. Normalement non. Mais tout peut arriver... répondis-je, peu certaine.

Je tire sur ma clope. Entre mes doigts, le papier crépite et des cendres s'envolent. J'inhale la fumée et ça me fait un bien fou. Je me détends à chaque taffe, appréciant toujours un peu plus la fraîcheur de la nuit. Griffin a fini de son côté, mais il reste avec moi, silencieux. Il doit très certainement être en train de réfléchir.

— Tu voulais partir de chez-toi où tu as été forcée de partir, reprend-il.
— Tu poses beaucoup de questions, répliqué-je.
— Réponds.

Je plante mes yeux dans les siens, le cœur serré.

— Les deux. Arrête maintenant. Ou continue si ça te chante, je ne te dirais plus rien. Ça ne te regarde pas.
— Ok.

Je termine lentement afin de profiter de ce moment le plus longtemps possible. Griffin joue bien son rôle. Il passe son temps à se comporter comme un petit con mais dans le fond, ça se sent qu'il ne l'est pas. A vrai dire, je ne sais toujours pas très bien ce qu'il est. Mais son cœur est bon. Je crois qu'il n'arrive juste pas à gérer ses émotions.

— Bonne nuit Betty.
— Bonne nuit Griffin.

Il part sans un regard, contournant son angle de maison pour rejoindre sa chambre. Enfin seule, je me laisse aller. Mes larmes se remettent à rouler, intarissables. Des sanglots gros comme ça se mettent à jaillir de ma gorge et je me laisse tomber à même le sol du balcon. Peut-être que tout serait plus facile si j'avais le courage de me laisser tomber par-dessus bord. Le mal de mer, je l'ai depuis des années. Ma vie est un océan en colère depuis que je suis née et si, durant quelque temps il s'était calmé, une nouvelle tempête avait fini par arriver, anéantissant le fin espoir que j'avais eu d'être enfin heureuse.

Des pas feutrés me font levés la tête. Griffin est de retour, pieds nus. Son short a disparu et, comme moi, il porte un t-shirt un peu trop grand pour lui. Dans une main il tient un verre d'eau, dans l'autre, un paquet de mouchoir. Il s'assoit à mes côtés et nos épaules se frôlent. Je ne réagis pas.

— Tu veux en parler ?

— Non.

Je renifle, amère. Qu'est ce qu'il fou là ? Il ne pouvait pas rester dans sa chambre et me laisser tranquille ? Je l'observe se battre avec le sachet qui enveloppe les mouchoirs. Sa poigne, bien trop forte, finit par avoir raison du plastique qu'il déchire. Il me temps un kleenex dont je m'empare en le remerciant.

— Tu veux que je parte ?

— Non.

On reste assis, l'un à côté de l'autre, à observer le mur devant nous. Bientôt, nous sommes rejoints par Cowa qui s'allonge à nos pieds. Je la soupçonne d'avoir réussi à ouvrir ma porte. J'ai surpris plusieurs fois Grace en train d'apprendre à la chienne comment abaisser une poignée. J'ai eu beau lui avoir fermement interdit de recommencer, je sais que la petite n'en a rien fait : il n'est pas aisé de dissuader une enfant de six ans.

— Pourquoi t'es pas gentil avec Grace ? demandé-je

— Elle ressemble trop à notre mère. La voir si heureuse comme ça et insouciante, ça me fait trop souffrir. Soupire-t-il.
— Elle s'appelait comment ?
— Georgia, m'annonce-t-il d'une voix étranglée.
— C'est beau.
— Ouais.

Le silence revient au grand galop. Aucun de nous deux n'ose parler et nous laissons le chant des cigales nous bercer. Jusqu'à ce que j'ose lui parler de l'esquisse de mon premier cauchemar. Celui qui a déclenché cet effet boule de neige. Celui qui a complètement bouleversé ma vie déjà terrible.

— Tu sais, ma mère aussi est morte.

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Le résumé est plutôt pourri, l’histoire l’est sûrement également, car c’est l’une de mes premières. Elle est d’ailleurs basée sur le jeu Clash Royal, mais je fais en sorte du mieux qu’en je puisse pour que l’on puisse la comprendre sans même connaître le jeu. Pour éviter tout quiproquos, j’ai publié le début de cette histoire sur Wattpad, même si je compte sûrement le supprimer sur cette plateforme (Wattpad) et continuer l’histoire petit ici.
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