- Le jeu de la bouteille -

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Elizabeth.

Je suis assise avec une dizaine d'autres jeunes, en cercle, tous ont l'air très gentils, le sourire aux lèvres, riant aux éclats les uns avec les autres. Par terre, les jambes croisées, il m'est impossible de fuir les regards curieux des autres. J'essaye de sourire tant bien que mal, les joues en feu : ce n'est jamais évident d'être la nouvelle.

— Bon, faisons un jeu, ça aidera peut-être Elizabeth à s'intégrer un peu plus ! s'est alors exclamée Kim.

Les autres acquiescent, validant l'idée de leur hôte.

— C'est très simple, c'est comme le jeu de la bouteille. Tu connais le jeu de la bouteille, Elizabeth ? me demande Kim en se tournant vers moi.

Tous les regards, absolument tous, ont convergé vers moi à l'annonce de mon prénom. Je hoche la tête pour toute réponse en regardant Kim pour mieux ignorer les yeux rapaces des autres.

— Donc ! poursuit-elle solennellement. On fait tourner la bouteille et tu dois faire un verre avec ce que tu veux parmi les boissons qu'on a installées au centre du cercle. L'autre est obligé de boire et s'il refuse, il a un gage.

Bon, ça ne me semble pas si terrible comme jeu alors je me détends un peu. Jusqu'à ce que j'aperçoive Griffin s'installer dans mon champ de vision. Il s'est adossé contre un mur et nous observe, une bière à la main. Je soupire et l'ignore, me reconcentrant sur notre jeu.

— Allez, Beth, à toi l'honneur de commencer !

Kim fait glisser la bouteille jusqu'à moi et je la saisis avant de la faire tourner. C'est à ce moment que les cinq terreurs décident de faire leur apparition pour s'installer. Je sens la tension monter d'un cran dans la pièce, comme si les gens avaient l'air de les craindre.

— Eh, mais fallait nous attendre ! Allez, Beth, recommence ! me dit Jeff en s'asseyant pile en face de moi tandis que ses quatre larbins prennent place au hasard entre les autres joueurs.

Les yeux du cousin de Griffin me détaillent sans vergogne. Ce type me dégoûte. Je redonne un coup à la bouteille qui part en vrille, jusqu'à s'arrêter sur une fille que je ne connais pas. Le coup de feu est lancé.

Le temps passe à une vitesse folle lorsque l'on s'amuse. Et actuellement, je m'éclate. J'ai bu des horreurs sans nom et découvert des cocktails merveilleux. Mes papilles sont complètement anesthésiées par l'alcool, tout comme mon cerveau. Je n'arrête pas de rire, pour tout et pour rien. Nous sommes tous saouls, complètement déchirés.

C'est au tour de Jeff de faire tourner la bouteille. D'un coup de main, il l'envoie valser sur le sol, jusqu'à ce qu'elle s'arrête sur moi. Je ris un peu moins et pose mes yeux sur lui. Son sourire est mauvais et je le vois se lever pour venir prendre mon verre vide. Puis il s'en va quelques instants et revient avec mon verre plein. Il y rajoute de la vodka et du sirop avant de me le tendre. Je prends le récipient sans poser de question, peu rassurée. Le plastique est étrangement chaud dans mes mains... Je fronce les sourcils et lève les yeux vers lui.

— Bah alors, Beth, tu as peur ou quoi ? Bois, ça ne va pas te tuer, je te jure ! s'exclame-t-il en riant.

Les autres me regardent : je suis la seule qui n'ai pas encore eu de gage jusqu'à maintenant. Cependant, quelque chose cloche avec ce verre. Avant de faire quoi que ce soit, je me mets à chercher du regard Griffin qui est dorénavant installé sur un canapé non loin. Il me scrute également puis fait non de la tête, m'intimant silencieusement de ne pas boire. Je porte le verre à mon nez et le repose d'un geste vif, choquée.

— Mais t'es complètement malade, putain ! lançé-je, furibonde. Quel genre de mec pisse dans un verre pour que quelqu'un y boive, bordel !

Je suis debout maintenant, le visage rougi par la colère. Mes mains tremblent, je ne me contrôle plus. C'est tout le stress cumulé depuis des jours qui ne demande qu'à sortir. Entre les problèmes de la famille pour qui je travaille, mes propres démons et la sortie au magasin où Jeff et sa bande m'ont alpaguée en me faisant une peur bleue... J'explose.

— Tu te prends pour qui ? Tu penses vraiment que tes tatouages, tes piercings et ton air de petit mec dur te permettent de faire la loi !? sifflé-je.

Du coin de l'œil, je vois Griffin qui s'est approché, prêt à intervenir. Je me tourne vers lui, lui lançant un regard noir qui le stoppe net. Ça ne lui plaît pas, je le vois à sa mâchoire contractée et ses poings serrés. Mais ça ne m'arrête pas pour autant. Je reporte mon attention sur Jeff qui a un peu perdu de ses couleurs et dont le visage se décompose lentement. Il ne s'attendait pas à une telle réaction de ma part.

— Moi, je vais te dire qui tu es, tu n'es qu'une merde et je n'ai pas peur de toi, affirmé-je, sûre de moi.

Je me baisse pour reprendre le verre et lui lancer son contenu à la figure. Les autres me regardent, ébahis. Même Griffin est surpris. Tant pis. J'ai fini de jouer et je veux rentrer. Je m'approche du fils de Lawrence sans un regard pour la raclure qui a essayé de me faire boire son urine.

— On peut rentrer maintenant ? lui demandé-je, un peu plus calme.
— Oui.

Il m'attrape par le bras et m'entraîne à sa suite. Derrière nous, Jeff, qui a repris ses esprits, vocifère des insultes à mon égard tout en envoyant ses petits compagnons à notre poursuite.

— GRIFFIN ! RAMÈNE-LA TOUT DE SUITE !

Mais il n'en fait rien, il se met plutôt à courir, me forçant à tenir la cadence. Je commence à avoir mal au cœur à force de courir et le monde se met à tanguer autour de moi. Les effets secondaires de l'alcool débutent et l'adrénaline qui vient d'envahir mon corps disparaît aussi vite qu'elle est apparue. La honte s'empare de moi alors que je repense au spectacle que je viens d'offrir à tout le monde.

— Allez, Betty, on y est presque, souffle Griffin.

Je suis complètement déconnectée de la réalité. J'entends des portes qui s'ouvrent et se claquent. Je ne sais même pas comment j'ai fait pour me retrouver assise et attachée sur le siège passager du pick-up. Le moteur rugit enfin et on s'en va sur les chapeaux de roues. Ma dernière vision est celle de Jeff apparaissant dans la lumière des phares du véhicule, trempé et dans une rage noire. 

— Betty ? Betty !

J'ouvre les yeux pour regarder le garçon brun à mes côtés. Je grommelle et me redresse.

— Ne m'appelle pas Betty, je t'ai déjà dit...

Je devine un sourire sur ses lèvres fines. Il sort et vient m'ouvrir la porte. Je remarque tout de suite que nous ne sommes pas au Ranch et la peur revient au grand galop, me faisant dessaouler en quelques secondes. L'air frais m'aide aussi et, inquiète, je me tourne vers lui.

— On est où ?
— Sur la propriété de mon père, pas loin de la maison. Je vais attendre que tu ailles mieux avant de rentrer, je n'ai pas envie que tu gerbes sur le parquet de la baraque.

Je lève les yeux au ciel et descends de la voiture pour aller m'asseoir dans l'herbe, un peu plus loin. Les étoiles brillent comme jamais. On peut même apercevoir la voie lactée. C'est magnifique. Ça me rappelle mon chez-moi, dans les Cévennes. Bien que là-bas, le spectacle ne soit pas aussi grandiose.

Griffin s'assoit à son tour, un peu plus loin. On ne parle pas. Le silence est entrecoupé du chant des grillons et de la légère brise venant remuer les feuilles des arbres alentours. Je suis apaisée. Assez pour prendre la parole.

— Merci, murmuré-je.

Je ne sais pas s'il m'a entendue puisqu'il ne me répond pas. Tant pis. J'ai fait ma part des choses. Je finis par m'allonger et planter mon regard dans le ciel. Je reste ainsi longtemps, jusqu'à voir une étoile filante. Mon cœur s'emballe et je fais un vœu. Je ferme les yeux et remue les lèvres pour former une phrase silencieuse. J'espère de tout mon cœur que le ciel m'a entendu et qu'il va exaucer ma prière. J'en ai assez de vivre dans la peur. Je voudrais profiter. Comme une fille normale de vingt-deux ans.

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Le résumé est plutôt pourri, l’histoire l’est sûrement également, car c’est l’une de mes premières. Elle est d’ailleurs basée sur le jeu Clash Royal, mais je fais en sorte du mieux qu’en je puisse pour que l’on puisse la comprendre sans même connaître le jeu. Pour éviter tout quiproquos, j’ai publié le début de cette histoire sur Wattpad, même si je compte sûrement le supprimer sur cette plateforme (Wattpad) et continuer l’histoire petit ici.
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