- Elles ne sont pas mûres tes poires -

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Griffin.

La savoir si proche de moi m'horripile : je n’ai absolument rien à lui dire. Notre échange de ce matin, bien qu’il m’ait diverti, ne m’a rien apporté. Enfin si. Elle a peur. De moi ? Des hommes en général ? Une réaction étrange puisqu’elle a quand même osé emmener Grace me réveiller. Pourquoi créer une telle situation si elle n’est pas capable d’en assumer les représailles ? J’ai vu ça comme l’instauration d’un jeu. Rien de plus.

Sa main, tapotant sur sa cuisse, n'arrête pas d'attirer mon regard. Elle m'agace.

— Arrête.

Ma voix est froide. Je sens ses grands yeux noisette se poser sur moi, sans comprendre, avant de saisir soudainement. Du coin de l'œil, je la vois glisser sa main sous sa fesse, confuse et intimidée. On ne se connait pas depuis longtemps après tout. Elle est arrivée la veille.

Je l’observe du coin de l’œil tout en gardant mon attention sur la route. Mon père aurait au moins pu faire l'effort de trouver une fille moins jolie. Cette nana entrait clairement dans la catégorie Häagen-Dazs : vous savez, ces glaces savoureuses pleines de crème... ? Elle était pareille avec à la place de la crème, des formes généreuses exactement là où il le fallait... Brune, bouclée, la peau mate : il n'y en avait pas beaucoup des comme elle par ici.

Le silence commence à me peser. Dans l'habitacle du pick-up, la tension est énorme. Je soupire et allume la radio. Nous ne tardons pas à passer les panneaux de Livingston. Oui, nous avons la chance d'avoir notre bon vieux ranch situé assez proche de la ville. Je retiens de justesse un soupir en repensant à ce que cet endroit avait fait de moi. A ce que je l’avais laissé faire de moi. Après l’accident de ma mère, c’était devenu mon lieu de résidence principal. Je passais mes soirées dans ses bars et la nuit dans les lits de leurs clientes. Et si au début j’avais été dégoûté de moi-même, j’avais fini par apprécier mon nouvel habit de débaucher. Puis la réalité m’avait rattrapé et j’avais trouvé la force d’essayer de rentrer sur le droit chemin. Seulement, il n’est pas aisé de perdre ses mauvaises habitudes.

Je me gare pile en face de l'entrée du magasin. Je me tourne vers Elizabeth et plante mes yeux dans les siens, un sourire taquin étirant mes lèvres.

— Votre taxi vous attend ici, Madame Betty.

Ses yeux s'écarquillent sous l'effet de mon insolence. Je peux sentir d'ici sa colère naissante. La voir exploser doit être un spectacle époustouflant. Je continue de lui sourire et m'adosse confortablement dans mon siège, laissant mes yeux glisser sur les passants entrant et sortant du magasin. Une vraie fourmilière. Jusqu'à ce que je les voie : cinq mecs. Je les connais bien. Trop bien.

— Non en fait, reste dans la voiture. Donne-moi la liste et surtout, ne sors pas.

Ma voix a claqué. Mes mots sonnent comme un ordre alors qu’en réalité c’est plus un conseil. C’est la peur qui a parlé. Je ne voudrais pas qu’elle se fasse emmerder lors de sa première virée en ville. Jolie comme elle est, personne ne peut la louper. D'autant plus que ses cheveux aussi noirs qu'un plumage de corbeau ne sont pas courants dans le coin. Enfin presque. Le soleil a décoloré ses pointes, les faisant tirer sur le roux. Le groupe des cinq n’allait pas la rater.

— Mais tu es complètement barré !? s'exclame-t-elle. Et ne m'appelle plus jamais Betty !

Ses sourcils se sont froncés et après m'avoir lancé un bref regard, elle se détache. Je lui agrippe l’avant-bras gauche tout en gardant ma poigne relativement desserrée : je n’ai pas oublié sa réticence à me savoir aussi près d’elle. La jeune femme en profite pour récupérer son membre, furieuse.

— Elizabeth ! Je ne suis on ne peut plus sérieux. Tu vois ces mecs là-bas ? commencé-je en les lui pointant du doigt. Tu ne souhaites pas les connaître, crois-moi !

Sur ce, je lui arrache la liste des mains et prends soin d'enlever les clefs du contact avant de sortir. Je ferme la bagnole même si je sais qu'elle peut toujours sortir et me dirige vers les gars à l'entrée de la supérette. Au moins, grâce aux vitres teintées du véhicule, ils ne peuvent pas la voir.

— Tiens, tiens Griff… ça faisait longtemps.

— Jeff, grogné-je.

Jeff. Mon cousin. Un grand caïd de vingt-sept ans avec des piercings plein la face et des tatouages recouvrant chaque parcelle de son corps. Ses acolytes étaient tout autant peinturlurés que lui. Je ne suis absolument pas ravi de les croiser ici. Je ne sais pas quoi leur dire et eux non plus. On se regarde, mi-gêné, mi en colère. Ces mecs avaient été mes plus grands amis lorsque j’étais au plus mal. En même temps, c’est eux qui m’avaient tiré toujours plus bas, jusqu’à ce que j’atteigne leur niveau de débilité profonde. J’avais fini par les abandonner dans l’espoir de me racheter auprès de ma famille et de toutes les personnes que j’avais pu utiliser, blesser, abandonner. Il y a quelques mois, j’aurais exhibée Elizabeth à mes côtés pour leur montrer le joli morceau que mon père avait trouvé. Pas aujourd’hui.

— A la prochaine, dis-je en essayant de me faufiler à l’intérieur du magasin.

— Attends ! s’exclame Jeff en grondant. T’es au courant que rien n’est fini cousin ? Aujourd’hui je ne peux rien faire mais une fois que mon père sera sorti de taule non seulement il va te trouver mais en plus il va te faire payer ta désertion.

— Tu n’auras qu’à lui dire au téléphone que je l’attends, ricané-je en tirant sur mon bras d’un coup sec pour le récupérer.

Je m’éclipse, le cœur qui bat à tout rompre dans ma poitrine. Je savais très bien que rien n’était terminé. J’avais même peur des représailles. Seulement, en attendant que le grand chef soit libre, j’avais un peu de temps devant moi pour échafauder un plan afin de m’en sortir avec la vie sauve.

Je regarde la liste et soupire. Je n'ai jamais été doué pour faire des achats de ce style... Dans quel merdier me suis-je encore fourré ?

Je me perds dans les différentes allées, cherchant désespérément les articles qui se trouvent sur le morceau de papier. Quand arrivent les fruits et légumes, je ferme les yeux un instant. J’étais le pire candidat pour choisir les aliments mûrs. Je prends un sac et me positionne devant le bac des poires, désespéré. Je plonge la main dans le tas et commence à fourrer les fruits dans mon pauvre sachet en plastique.

— Elles ne sont pas mûres tes poires.

Je relève la tête. Ses boucles encadrent son visage fin. Elle a derrière elle un caddie déjà bien rempli. Alors que je m'apprête à l'engueuler, elle lève une main aux doigts de pianiste, fins et élégants, pourtant, je ne peux m'empêcher de remarquer les cals liés au travail dans ses paumes. Elle me coupe dans mon élan.

— C'est bon, je suis sortie une fois qu'ils étaient partis. Repose ça, je m'en occupe, va chercher de la bière plutôt. Je ne sais pas ce que vous aimez.

Je lui tourne le dos, et m'en vais sans rien dire. Je lui dois bien ça et puis...ce n'était pas comme si je ne savais pas où se trouvait l'alcool. Je lui ramène donc deux packs de bière et pose le tout dans le panier métallique à roulettes en prenant soin de ne pas écraser la nourriture.

— Merci bien.

Elle continue de trier ses fruits sans même me jeter un regard. Elle doit être vexée, la pauvre. Amusé, je mets un coude sur le guidon du caddie et pose ma tête dans ma main afin de mieux la regarder. Ses lèvres sont pincées et ses sourcils toujours froncés.

— Je t'énerve Betty ?

Seul le silence me répond. Mon sourire s'élargit et je continue à la fixer. Une fois terminé, elle se dirige vers les caisses après avoir déposé son sac de pommes, sans un regard pour moi. Cette fois je ne peux me retenir plus longtemps et je me mets à rire doucement, tel un con qui a réussi à faire chier le monde.

— Je te laisse payer, je vais commencer à ranger les courses, dit-elle simplement.

Je lui tends les clefs sans un mot tandis qu'elle me donne les sous que mon père lui a filés. Comme pratiquement tous les caissiers et toutes les caissières de nos jours, l’employé de caisse ne sourit pas. Il ne me dit même pas bonjour et me lance encore moins un regard.

— Vous savez, ça ne sert à rien de faire un métier où l'on est censé être poli et avenant alors que ce sont des qualités que l’on ne détient pas, lancé-je à l’homme de l'autre côté du tapis roulant.

Il me regarde bouche bée, sidéré. Sans un mot, il me tend la monnaie que je récupère avant de partir. En sortant, je suis stoppé net. Betty est avec eux. Jeff l'a bloquée contre la benne du pick-up. Je tente de garder mon sang-froid et m'approche du groupe.

— Ah Griff, tu tombes bien ! J'étais en train d'inviter ta copine à la soirée de Kim de demain soir !

Je le pousse avec force et me place devant elle.

— Quand est-ce que tu vas comprendre que je n’ai plus envie d’avoir affaire avec vous hein ? Lâche-moi. Lâche ma famille. Ne fait pas chier Elizabeth, sifflé-je. Monte dans la voiture toi, dis-je sèchement à Betty.

Elle ne se fait pas prier et disparaît à l'intérieur du véhicule. Les mecs la regardent avec intérêt.

— Tu l'as dénichée où ? me demande Matt.

— Elle bosse pour mon père, ok ? Si jamais j’apprends que l’un d’entre vous l’a touché, ça va très mal se passer, lâché-je froidement.

Mon sang bouillonne. J'ai envie de cogner mon cousin et sa bande de dégénérés.

— T’es vraiment devenu con Griffin. Allez, on lève le camp. On se verra à la soirée j’imagine, me dit mon cousin avec un sourire de vainqueur.

Je les regarde s'en aller puis monte dans la voiture. Je n'ai qu'une hâte : rentrer. Betty a recommencé à taper sur sa cuisse, mais je m'en fous. J'appuie sur l'accélérateur et la voiture bondit en avant. La brune ne dit rien, mais je la vois se tendre. Il faut que je sorte de cet habitacle avant de faire une connerie. Je prie pour qu'elle n'ouvre pas la bouche... Je suis devenu un être en colère depuis la mort de ma mère. Le jour où les yeux dans les yeux, j’ai vu son âme s’éteindre. Dès lors, ma vie a basculé. J’ai chuté pour me perdre dans le monde de l’indécence. Je n’ai jamais accepté son départ. Je le refuse.

Mon vœu est exaucé. Quand nous arrivons, elle saute de la voiture et va s'occuper des courses. Je prends sur moi et vais l'aider à sortir les provisions de la benne. Dans la maison, Grace et Cowa jouent. La chienne n'arrête pas de japper et l'enfant de crier et de rire. J'aurai trouvé ça beau autrefois. Aujourd'hui, cela ne fait que m'irriter au plus haut point. Ma tension monte. Je vais craquer. Je craque.

— La ferme Grace ! Et toi Cowa déguerpis !

Je pose brutalement les courses sur la table. Dans la maison, le silence se fait pesant. La petite et Betty me regardent sans comprendre tandis que Cowa s'est ratatinée dans un coin, la queue entre les jambes.

— Mais pourquoi t'es aussi méchant avec moi ! Les frères sont censés aimer leur sœur ! hurle Grace.

Les larmes lui sont montées aux yeux, mais je bloque mes sentiments au fond de moi tandis que les souvenirs font grandir ma rage.

— Qu’est-ce que tu veux Grace !? Que je t’aime comme une mère ? Je ne suis pas ta mère ! D’ailleurs, on va faire un jeu. Celui où tu dois me détester le plus possible ! Tu es prête ? J’ai tué maman !

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Le résumé est plutôt pourri, l’histoire l’est sûrement également, car c’est l’une de mes premières. Elle est d’ailleurs basée sur le jeu Clash Royal, mais je fais en sorte du mieux qu’en je puisse pour que l’on puisse la comprendre sans même connaître le jeu. Pour éviter tout quiproquos, j’ai publié le début de cette histoire sur Wattpad, même si je compte sûrement le supprimer sur cette plateforme (Wattpad) et continuer l’histoire petit ici.
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