- Pancakes en famille -

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Elizabeth.

Je mets ma main devant ma bouche pour éviter que Grace ait le droit au spectacle peu avenant de mes lèvres grandes ouvertes. Je baille à m'en décrocher la mâchoire. Le voyage m'a éreintée bien plus que je ne le pensais.

— Grace, tu veux m'aider à faire les pancakes ?

Des pancakes. C'est ce qu'elle m'a répondu quand je lui ai demandé ce qu'elle voulait pour le petit déjeuner.

— Oui !

Elle arrive en courant dans la cuisine, Cowa sur les talons. La chienne est surexcitée. Je les regarde tour à tour, souriante.

— Cowa aussi adore les pancakes ! s'exclame l'enfant.

— Je vois ça !

En entendant le mot « pancakes », la labrador aboie en remuant vivement la queue. Je tapote la tête du chien et vais prendre des œufs dans le frigo.

— Tu sais où est la farine ?

Je pose ma trouvaille à côté des autres ingrédients et vois la petite blonde partir dans l'arrière cuisine avant d'en revenir avec un sac. Elle le pose à côté des œufs et me regarde, impatiente. J'approche une chaise du plan de travail et elle monte dessus, prête à mettre la main à la pâte.

— Tu t'es lavé les mains j'espère ? lui demandé-je gentiment.

Elle secoue négativement la tête et saute à bas de sa chaise. Je l'entends courir jusqu'à la salle de bain où elle a un tabouret pour atteindre le lavabo. Pour ma part, je fais de même dans l'évier de la cuisine. Quand elle revient, j'ai déjà cassé les œufs et elle n'a plus qu'à tout mélanger.

— Dis-moi Grace, à quoi les faisons-nous ?

— Aux pépites de chocolat ! C'est trop bon le chocolat !

Ses yeux s'illuminent à cette annonce et, déjà, elle court chercher ce qu'il faut. A son retour, elle n'a plus qu'à verser les morceaux de cacaos dans la pâte.

— Vous mangez tous ensemble le matin ? interrogé-je.

Je commence à verser une première louche dans la poêle tandis qu'elle remet la chaise à sa place.

— Non. Griffin se réveille tard et ne mange même pas avec nous le midi. Papa rentre à dix heures.

Une pointe de tristesse teinte sa voix. Je finis la première crêpe, la mets dans une assiette et la lui apporte à table.

— Je vois. Je te laisse prendre des couverts, je ne sais pas où ils sont. Goûte et dis-moi si ça te convient !

Intérieurement, je sens la tristesse m'envahir. Cette petite devait se sentir bien seule entre son frère relativement absent et son père toujours au travail. Je finis la pâte, et m'adosse au plan de travail, observant Grace engloutir la crêpe américaine, ravie.

—Il est dix heures dans quinze minutes, ton père ne devrais plus tarder, annoncé-je en regardant mon téléphone.

— Et si on allait le réveiller ? Comme ça on pourra déjeuner tous ensemble !

Grace a l'air ravie de son idée. Je fronce les sourcils et réfléchis. Je ne suis là que depuis la veille, il serait donc grandement déplacé que j'entre dans la chambre de Griffin. De plus, il n'allait vraiment pas apprécier qu'on vienne interrompre son sommeil. Je ne suis pas certaine d'être prête à en assumer la responsabilité.

— Allez, ça pourrait être amusant non ?

Son sourire joyeux et la lueur malicieuse qui allume son regard finissent par me faire craquer.

— Ok, allons-y, cédé-je.

Elle se lève et vient me prendre par la main. On sort de la cuisine, traverse la salon et monte les escaliers sur la pointe des pieds. On ne s'arrête qu'une fois devant la porte de la chambre de Griffin. Aucune lumière ne filtre sous celle-ci. Sans un bruit, je l'entrouvre et laisse passer Cowa qui nous a suivi. La chienne s'approche du lit en reniflant. Toutes les fenêtres sont fermées. Sur le sol, je devine des piles de vêtements entassés ça et là. L'odeur est forte. Je ne sais pas quand il a aéré pour la dernière fois.

— Vas-y la première, m'intime Grace.

— Pourquoi ? C'était ton idée...

— Oui mais j'ai peur du noir...

Je regrette déjà de m'être lancée dans cette aventure. J'entre dans la pièce et me dirige vers la fenêtre dont j'ouvre les rideaux. Griffin ne se réveille même pas. La lumière pénètre dans la chambre. Un vrai bordel. Je ne sais même pas comment j'ai fait pour arriver à traverser l'endroit sans m'être pris les pieds dans quelque chose. Je fais signe à Grace d'aller réveiller son frère. Ce dernier dort profondément. Il est détendu, calme... Un tout autre garçon. Je me détourne de lui et ouvre la baie vitrée. Je regarde un instant le balcon et je réalise que c'est le même que celui dont j'ai accès de ma chambre.

— Grace putain !

Je me retourne et observe Griffin en train de se débattre dans sa couverture. La petite est montée dans son lit et elle le regarde, hésitant entre sourire et s'enfuir. Je me rapproche d'elle et lui ébouriffe les cheveux.

— Salut.

Nos yeux s'accrochent et je ne le lâche pas du regard. Cowa nous observe, assise dans un coin.

— Bordel, lâche-t-il simplement en portant sa main à son visage, exaspéré.

— Effectivement. Ta chambre est un bordel sans nom, répondis-je avec une pointe d'humour tout en regardant autour de nous.

— Cassez-vous.

Sa voix est froide et rauque. Ce n'est pas un réveil facile pour lui.

— Allez viens Grace. On a assez ennuyé ton frère comme ça.

Je la prends dans mes bras pour sortir de la chambre. Une fois dehors, je la repose sur le sol et appelle Cowa. Elle nous rejoint en trottinant. Avant de fermer le battant, j'ose affronter une dernière fois le regard agacé de Griffin.

— On a fait des pancakes si tu veux.

Je lui souris et ouvre totalement sa porte. Un geste taquin pour tenter de le forcer à se lever. Grace et Cowa sont déjà descendues. Je comprends pourquoi en entendant Lawrence. Je me dépêche de les rejoindre et les trouve à table. Je salue le père de famille et sors un quatrième couvert.

— En France les chiens mangent à table ? me demande Lawrence, une lueur amusée dans les yeux.

J'explose de rire et secoue la tête négativement.

— Non, bien sûr que non. Mais je crois que votre fils va nous rejoindre.

— Ce serait un miracle.

Il baisse les yeux et commence à servir sa fille. Je lui donne mon assiette par la suite et m'assois. Au moment où nous entamons nos pancakes, un bruit à l'étage nous fait relever la tête. Tous les regards convergent vers l'escalier. Griffin est là, descendant lentement les marches en bois. Son père le sert avant même qu'il n'atteigne la table, l'invitant ainsi à se joindre à nous. Le silence est total. Même Cowa a arrêté de geindre pour un morceau. Le repas se poursuit ainsi.

— Griffin, tu accompagneras Elizabeth faire les courses ce matin histoire qu'elle ne se perde pas en ville, ordonne Lawrence.

Sa voix s'est faite plus douce qu'à l'accoutumé, comme s'il cherchait à ne pas braquer son fils. Ce dernier ne répond pas. Il se contente de hausser les épaules, la bouche pleine.

— Moi aussi je veux aller faire les courses avec Eli papa ! s'écrie la fillette.

— Non, toi tu vas venir avec moi, on va sortir Jack.

Grace hoche la tête, un sourire éclatant sur son visage rond. Quand mes hôtes ont fini, ils quittent la table après m'avoir demandé poliment si ça ne me dérangeait pas de débarrasser. Je répond que non. Je suis ici pour ça après tout. Le père et la fille sont sortis s'occuper des bêtes tandis que Griffin est toujours à table, finissant d'engloutir le reste du petit déjeuner.

— Tout compte fait, tu sers à quelque chose.

Je m'arrête net dans mon geste et me redresse, la poêle à la main. Je ne le connais pas assez pour savoir s'il plaisante ou non.

— Pardon ?

— Oh tu m'as très bien entendu.

Mes doigts se resserrent sur le manche de l'ustensile. Je le vois de dos seulement mais j'imagine très bien son sourire ironique.

— C'est quoi ton problème exactement ?

Il se lève, prend ses couverts et les met dans le lave-vaisselle. Alors qu'il s'apprête à sortir de la cuisine, il se tourne vers moi et m'observe longuement. Je le regarde sans bouger. Il finit par se rapprocher de moi, toujours avec cette même insolence peinte sur le visage. Il se rapproche encore, jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres de mon corps. Il ne fait que jouer, je le sais, pourtant, mon souffle ralentit et je baisse les yeux instinctivement, les éclats du passé forçant les gestes de mon corps. Je n'ai plus aucun contrôle, seule la peur m'anime. 

— Pourquoi tu as peur de moi ?

Je daigne lui jeter un coup d'œil et essaye de me détendre. Griffin a l'air curieux de ma réponse mais reste sur la défensive.

— C'est quoi cette question... Je n'ai pas peur de toi, répondis-je, la gorge sèche.

— Tu mens. Tout ton corps est en train de crier à l'aide. Ton pouls est lancé à pleine vitesse. Tu as les pupilles dilatées, tu retiens ta respiration et tu es tendue à l'extrême. A moins que tu n'aies qu'un balai dans le cul ? finit-il avec un grand sourire.

— Parce que t'es spécialiste en balai dans le cul ? Ecoute, tes plaisirs ne concernent que toi, marmonné-je, le regard fuyant et les joues rouges.

Je vois son visage se décomposer un instant. Il ne s'attendait sans doute pas à autant de répartie de ma part. A vrai dire, moi non plus je ne me savais pas capable de répondre avec autant de punch. Il se reprend rapidement, tout sourire s'étant volatilisé de son visage.

— Je n'ai pas de problème. Du moins pas avec toi. C'est juste que tu m'a l'air susceptible et en même temps, tu m'as l'air d'en avoir dans le ventre... Je te teste en somme. Rien de bien méchant.

Il se détourne et s'en va sans un mot de plus. Je recommence à respirer plus librement.

— On part dans une demi-heure, annonce-t-il en franchissant la porte de la cuisine.

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