#28 – Au revoir Capitaine Planète

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Il y a quelque chose d’assez réconfortant à se dire que, si l’ensemble du monde n’y fait rien, d’ici une dizaine d’années, la grande majorité des habitants de cette planète sera divisée en deux catégories : ceux qui survivent, et ceux qui n’ont pas survécu. S’ils faut espérer qu’ils seront bien plus nombreux dans la seconde catégorie (au moins ça fera de la place), la première sera bien plus pénible. Car, hormis pour les guerriers du dimanche qui aiment se balader dans les bois les couilles à l’air en chassant à l’arc tout en croyant que c’est ça la vie d’indien, le vocabulaire même le dit : la survie n’a rien à voir avec la vie. La vie peut-être marrante, la survie est carrément à chier.

Comme beaucoup de Français j’ai appris il y a quelques jours la démission de Nicolas Hulot. Comme, j’imagine, beaucoup moins de Français, je me suis attaché à écouter cette fameuse interview à France Inter avant de regarder celles (plus courtes) avec les commentaires et les analyses. Primo, je tiens à dire que l’homme m’a touché car deuxio, il est le premier ministre dans ce gouvernement de timbrés à disposer d’une stature de vrai ministre, c’est-à-dire prendre à cœur l’intérêt général avant celui du dogme. Et voyant qu’il n’arrivait à rien, il a fait ce que tout homme censé aurait fait : il a lâché l’affaire.

« La Terre est une étuve » nous dit Monsieur Hulot, et l’Homme une bébête génialement paradoxale. Le Français moyen est prêt à descendre dans la rue pour voir un match de foot mais lorsqu’il s’agit de sauver ses gosses de l’hécatombe, là, il se tape sur le ventre et tripote son smartphone. C’est là toute la bêtise ambiante qui, merci à elle, me sert de fonds de commerce depuis mes débuts d’écrivain. Contrairement à la banquise, la connerie ne fond pas au soleil, bien au contraire, elle se précipite sur les plages pour y jeter mégots et capotes, sacs poubelle et emballages de sandwich industriels, bouteilles de bière et de soda non consignées, bouée du gosse crevée, râteau en plastique cassé, j’en passe et des pires. Et plus la planète chauffe, plus on monte la clim’, donc plus la planète chauffe. Et le pire dans tout ça c’est que les gens gobent le fait que la solution sera de couper l’eau du robinet quand on se lave les dents, de porter des pulls en poil de chèvre et de vivre dans des yourtes. Au moins ça donne bonne conscience. Mais est-ce que ça sauve la planète ?

D’ailleurs, l’exercice de langage est intéressant, on n’en est plus à « préserver l’environnement », on en est à « sauver la planète ». Ne vous inquiétez pas, à moins de la faire péter avec une bombe ou un astéroïde, la Terre s’en sortira, l’humanité j’en doute. Et se mettre, par exemple, à éviter d’évacuer nos merdes ou laver les bagnoles avec de l’eau potable n’est plus une solution, la ligne est franchie.

C’est vrai, des solutions existent, des tas, j’en ai personnellement plein la tronche. Mais lorsque tu vois – par exemple – qu’un mec qui vend des légumes issus de semences durables et anciennes se prend une amende de dix briques dans le cornet en plus d’une peine de taule, culpabiliser Monsieur Tout Le Monde et lui faire la morale me fait bien rire…

Pendant ce temps-là dans les hautes sphères, pour le pognon, et pour préserver le train de vie de gens qui se croient les propriétaires du vent, les usines tournent à plein tube, les bulldozer avancent sur l’Amazonie, les mines creusent des trous du culs comac à la croûte terrestre pour aller chercher quelques métaux utiles à la fabrication d’un Iphone (rêve matériel et but ultime de possession du crétin moyen). Je ne vais pas sortir de phrase écolo toute faite du genre « l’argent ne se mange pas ». Un râteau non plus ne se mange pas, ni une couverture, ni un couteau, ni une marmite, ni une bâche. Mais donnez-moi ces quelques outils-là et il se pourrait bien que j’arrive à manger et survivre, pour l’instant. N’est-ce pas ce que l’on trouve, à l’exception du râteau, dans les camps de réfugiés ?

Nicolas se plaignait de n’avoir personne derrière lui. Nous, nous savons ce qu’il y a devant : La Terre, notre maison, est en train de brûler. Et je me demande quelle nouvelle série je vais bien pouvoir télécharger… Par esprit de fuite de la douleur, plus le monde bascule, plus je deviens con. La lucidité n’a jamais rien apporté de bon lorsqu’elle est mariée à l’impuissance. Et je ne vois pas très bien comment, à mon niveau, couper l’eau du robinet ou chier dehors peut éviter l’éradication des poissons en haute mer. Autant écrire sur la fin de mon monde tout en buvant du mauvais vin.

Et à ceux qui jugeront cette phrase avec injure et mépris je répondrais ceci : tu veux vraiment aider la planète ? Suicide-toi ! Tu ne consommeras plus de pétrole, ne participera plus au système dogmatique de la croissance, tu ne tueras plus de salades ni de chèvres tueuses d’herbes , n’auras plus de plastique dans tes vêtements, ne réchauffera plus la planète. Tout le reste, c’est poser du sparadrap sur un bras sectionné, ça ne marche pas, le peuple n’a pas le pouvoir depuis belle lurette. Ou plutôt si, mais qui est prêt au boycott brutal, au changement radical ? Chacun ira de sa petite excuse pour l’éviter, moi y compris. Si les écolos étaient vraiment écolos, il y aurait des vagues de meurtres et de suicides massives dans tous les pays où ils se trouvent. L’écologie n’est-elle pas la pensée que l’humain bousille la planète ? La vraie solution donc, il faut l’assumer, ce n’est plus de consigner les bouteilles pour être décroissant, c’est bousiller le bousilleur. Et avec le feu, qu’il n’en reste rien ! Car n’oublions pas que les morts sont stockés dans du béton et des boîtes en bois vernis, histoire de pourrir le plus lentement possible et sans rien nourrir, au lieu de servir à faire pousser des arbres. Personnellement, j’adorerai me faire enterrer au pied d’un olivier mais… la législation. Les microbes pas beaux tu comprends ?

Alors oui, je trouve cela réconfortant que la planète crame. Et si l’ancien ministre nous dit qu’il faut changer de virage avant dix ans, ça veut dire encore une élection après celle-là. Trouver un chef qui convainc les autres dominants que si l’humanité veut durer, l’idéologie économique telle qu’elle est fait partie du problème. Vous croyez VRAIMENT que 1 – les Français voteront pour un discours comme celui-là ? 2 – Que les dominants vous laisseront voter pour un discours comme celui-là ? 3 – Que si c’est le cas, ce discours sera écouté par les lobbys et le changement opéré avant le point de non-retour ?

Allons… Allons…

Pour ce qui va être de la période où le Titanic aura fini de sombrer, je ne sais pas, mais j’espère avoir encore assez de coffre pour y faire face le moment venu, car les oliviers seront devenus rares.

Pour moi, je ne sais pas, mais mon fils c’est certain assistera à la fin de ce monde globalisé, destructeur, ne jurant que sur la sacro-sainte croissance, qui interdit, de fait et légalement, toute émancipation citoyenne. Malheureusement ça risque de pas être gai du tout. Pas parce que j’aime le capitalisme, mais parce qu’il aura fait tellement de dégâts (sur la terre et dans les têtes) que la vie à sa suite sera devenue vraiment à chier. De la poussière stérile en guise de terre, de l’eau huilée, un ciel boueux et sans oiseaux, des cerveaux vides et incultes, voilà le monde qui attend nos enfants, parce que l’on est trop cons pour se rendre compte que la somme de nos égoïsmes respectifs flingue la totalité d’entre nous. Mais ok, promis, après avoir vu cette nouvelle série je m’y mets.

Toutefois cela aura un avantage : les hypocrisies tomberont. Les prédateurs ne se cacherons plus et ceux qui voudrons travailler ensemble non plus. Ça me fait penser à la ville de Détroit où les deux cohabitent depuis l’effondrement économique de la ville. Le résultat n’est ni Mad Max ni Candy, mais des nuances de gris. Les citoyens se sont armés (alors que cet état l’interdit) pour se défendre et mettre à manger sur la table, cultivent la terre sur les ronds-points, les bords de route et les jardins, récupèrent l’eau des toitures, font du commerce en circuit court, privilégient le troc et apprennent à se passer des systèmes de support (police, pompier, médecin, école, …) qui se sont barrés depuis bien longtemps.

Pour en revenir à la démission de Monsieur Hulot, le plus beau là-dedans c’est qu’à France Inter, radio payée avec nos sous, au lieu de l’interroger sur les causes profondes de ce qui clochent, les intervieweurs ont préféré demander au tout fraîchement ex-ministre comment il se sentait. Sinistre. Comment voulez-vous qu’il se sente ? Et ensuite, au lieu de proposer un grand débat avec des citoyens éduqués (y’en a encore ?), la radio a préféré interviewer les intervieweurs sur leur « grand moment de radio en direct ». L’émotion sans raison est la ruine d’une civilisation. Mais sans émotion pathos, pas de frustration, donc pas de désirs, donc pas de besoins (ou moins), donc pas de consommation. CQFD.

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Tous droits réservés-2020, Jérôme CLERVAL/ Jrobinho810@gmail.com
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« Tu t’endors princesse ? Bien, alors c’est qu’il est temps pour moi de te laisser. Bonne nuit »
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