#26

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De l’autre côté de ma rue il y a une maison de vieux, située dans l’enceinte d’un temple chinois. Si vous vous demandez ce que l’un et l’autre ont à voir, moi aussi. Et de l’autre (l’autre) côté de la rue, il y a des bâtiments d’habitation. Bref, comme je ne suis pas Zola, je vais pas passer trois plombes à expliquer la géographie de mon quartier. En gros : à gauche, les bâtiments des habitations, à droite, les vieux et les chinois, et au milieu, moi. Et à 17 heures 12, alors que je rame pour trouver une chronique, ça se met à jouer du tambour à gauche et une voix de sorcière gueule « C’est de la merde, c’est de la merde, cestdelamerde ahahahah aaaaaaaaaaaaaahhhhhh !!! » à droite. Et je me demande, débouchant ma bouteille de bière, combien de temps encore je vais tenir avant de prendre le tambour de l’un pour taper sur l’autre afin que les deux cessent.

La tolérance n’a jamais été un de mes points forts…

Et puis je pense à Mallaury N. qui à vingt-deux ans était une vedette du petit écran – ce qui n’est pas trop mal à vingt-deux ans. Moi au même âge je crèchais dans un mobil-home et tripotais des nichons de chèvres deux fois par jour, l’époque la plus douce de ma vie.

Tiens, le tambour s’est arrêté.

La vieille non « AAAAAAAAaaaaaahhhh ! cestdelamerde, édelamerd, édelamerd Aaaah ! »

Passons nous un petit blues voir si ça couvre… Popa Chubby fera le boulot.

Mallaury donc, était l’héroïne de cette sitcom, « le miel et les abeilles ». Faut savoir que ce truc-là a cartonné au point de remplacer Santa Barbara dans la grille des programmes de TF1. Je sais pas si c’était mieux mais c’était français, la connerie – au moins – ne venait pas de l’extérieur. Cette époque coïncidait à mes premiers astiquages. Donc Mallory, Manuela Lopez, Hélène, Laly et les autres, sans compter les stars américaines et quelques filles de mon collège, avaient la chance de figurer dans mes fantasmes et l’honneur de m’aider à tacher mes draps de chevelu non velu.

Puis j’ai grandi, la pratique solitaire et mes pensées se sont orientées vers une pratique plus partageuse, mais toujours aussi salissante pour les draps, et dans le même temps Mallau et les autres ont disparues du petit écran. Petit écran, d’ailleurs, que je ne possède plus depuis belle lurette.

(fond sonore blues qui n’arrive pas à couvrir les « AAAAAAAAhhhhhhhhhhhhaaaaaaaa !!! »)

Et puis hier, au fil de mes errances Youtubiennes, je suis tombé sur une interview d’elle chez cette pompe à merde de Morandini. Ça datait déjà. Mallaury, la quarantaine ravagée, flanquée d’une doudoune sombre et d’un bonnet à nœud dont le concepteur, j’espère, s’est fait flinguer, racontait avoir dormi dans la rue et s’être fait enlever ses gosses. Grosso modo, la France n’avait pas les moyens de lui payer un logement mais payer trois types pour lui enlever ses gosses (+ du SMIC x 3 = deux ou trois nuits au chaud non ?) qui EUX seront logés. Les gosses sont si crevard qu’ils partageraient pas un peu de leur plumard avec Maman vous croyez ? Réaction de la journaliste sur place suite à ce témoignage : « Est-ce que la médiatisation ne ferait pas partie de vos drogues dures et est-ce que vous ne vivriez pas mieux cette situation hors caméra ? »

Méditons un peu l’odeur de cette phrase, je vous jure qu’elle est vraie.

À ce moment-là je dois bien admettre avoir espéré que la journaliste en question était aussi la créatrice du bonnet. En cette période de crise, autant économiser les balles.

(interlude : « cestdelamerdecestdelamerde aaaaaahhhAAAAA !! »)

Le massacre visqueux par cette saloperie néo-bourgeoise parisienne (aidée par ses copains) a duré une bonne vingtaine de minutes (sous couvert de bons conseils et de bienveillance bien entendu) et m’a inspiré bien des pamphlets et des envies de carnage, je dois bien l’avouer. J’ai failli aller jusqu’à laisser un "comment taire" sous la vidéo, c’est vous dire… Et ce qui m’a le plus surpris, ça a été Mallaury, la mère paumée, à vif, intelligente, posée, humaine, dont je relèverai une phrase : « le média est un appui quand on veut faire du commerce, quand on fait un travail de fond – ce qui est mon cas – on en a pas besoin », remettant aussi à sa place ceux qui lui demandent, vivant dans un monde qui n’est pas sur la même planète, pourquoi elle n’a pas "trouvé du travail" . Comme quoi la noblesse se trouve aussi chez les vilains.

Curieux, j’ai fouiné, et sur internet, je suis tombé sur quelques articles, dont deux, assez similaires, parus le même jour mais dont le titre n’avait pas du tout la même pensée. L’un, de Gala, titrait : « Mallaury N. "très maigre", "affaiblie" : les voisins inquiets ... », l’autre, de Femmes Actuelles titraient : « Mallaury N. : dérangée et très affaiblie, les riverains s'inquiètent ... » Les deux dataient du 15 novembre 2017. Vous saisissez la nuance ?

Comme quoi dans les galas, les voisins semblent moins prompts au racolage médiatique que les riverains. Question de proximité sans doute… Ça en dit long sur les valeurs de nos femmes actuelles.

Peu importe ce qui s’y raconte dans ces articles, vous irez voir si vous le voulez. Mais ça nous rappelle une chose, comme dans la chanson "Armand est mort" de MC Solaar, ou comme celle des "Misérables" de Dabatcha'zz (d’ailleurs, eux, que sont-ils devenus ?) ou comme dans beaucoup d’autres textes, ça nous rappelle que nous pouvons tous tomber. Et que la pire des discriminations, la plus violente et la moins condamnée de toute, est la discrimination sociale, bien avant la raciale, la sexuelle ou la religieuse.

Et je me demande, pour un gagnant combien de perdants ?

Et je me dis aussi, finalement, que j’ai de la chance d’être plus proche du bas que du haut. Sans doute que la chute sera moins rude à encaisser. Et qu’à tout prendre, si commencer avec des pubs pour Coca Cola et être l’égérie masturbatoire de toute une génération d’adolescents mène là, je suis bien à ma place, en témoin, pauvre, ok, mais à l’abri d’une grosse dégringolade, pour le moment.

Enfin, vu qu’il paraît qu’elle a débloqué, je me demande si ce n’est pas Mallaury qui gueule « C’est de la merde, C’est de la merde AAAAAAAaaaaah ! » dans le bâtiment d’à côté ? Du coup j’ai moins envie d’aller prendre un tambour pour l’assommer. Je vais juste monter le son du blues et finir ma bière, en pensant à elle, et à tous les autres, coincés sur le tarmac, tout en remerciant mon banquier pour la somme considérable d’AGIOS qu’il me prélève alors que je suis déjà en découvert non autorisé.

Au fait, mon banquier pourrait être moitié noir, moitié chinois, totalement embourgeoisé et porter un bonnet pour faire son footing. J’en sais rien, je ne peux lui parler que par mail.

Comme quoi… qu’est-ce que je vous disais ?

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