#25 Hommage à une vieille amie

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Chaque écrivain à sa marotte, son petit avis personnel qu’il traduit dans son blabla à lui pour accrocher le lecteur. Comme la plupart des gens sont programmés pour penser pareil – et l’écrivain étant un gens avant d’être autre chose – le lecteur se trouvera souvent à lire le même genre d’avis ou d’histoire racontés avec le même blabla, confondant ainsi les écrivains entre eux, passant d’un livre oubliable à un autre. Ce qui se trouve être quelque chose de très confortable pour les peaux lisses.

Dans ce flot d’idées fixes, l’écrivain en a une, tenace, et c’est justifier : celle d’écrire.

Alors il va vous dire COMMENT il faut écrire, POURQUOI il faut écrire, dans quelle ambiance ou état d’esprit il se place, ce qu’il boit (tisane brûle graisse), fume (vaporette à la con), écoute (de la soupe), baise (le vent), branle (son ego), et cætera, avant de le noircir sur la page.

Mais peu finalement ont passé du temps à raconter avec QUOI ils pondaient leurs lignes. Cela semble si évident. Si l’on passe sur les outils immatériels (cœur, cerveau, couilles), on peut avoir l’air d’enfoncer des portes ouvertes en disant que pour écrire, il faut un support, et un truc qui marque le support. Plume, stylo, crayon, craie, doigt imprégné de sang de poulet, ordinateur et imprimante, bombe de peinture, morceau de bois cramé, le choix est vaste quand on y réfléchit deux secondes…

Est-ce parce que cela n’intéresse personne que peu en parle ?

Pourtant, pourtant…

Comme le maçon sait faire la différence d’utilisation entre le marteau de vitrier et la masse de treize kilos, un écolier de primaire devrait être en mesure de capter la différence fondamentale qu’il y a entre écrire sur une page au stylo et taper son texte à l’ordinateur. Non ?

Alors c’est que vous êtes du genre à écrire vos lettres d’amour à l’ordinateur, ou pire, par sms, et à envoyer un CV rédigé à la main.

Si je vous parle de ça, c’est parce qu’il y a pour moi un outil qui, le temps passant, donne de la grâce à une lettre d’amour ou un poème et ne dénaturalise en rien une lettre officielle (genre lettre à un flic, un avocat ou un dossier à remplir pour la chambre des métiers), peut-être même est-ce le contraire, il donne un cachet rustique.

Cet outil vous le connaissez tous et, si vous n’avez pas quatre ans, en avez déjà vu. Et comme plus personne n’en parle, et comme j’ai tapé mes premières nouvelles souterraines avec une vieille machine à écrire, c’est d’elle dont je vais parler aujourd’hui, en essayant de mêler technique et lis tes ratures, n’espérant pourtant pas que suite à cette lecture vous épuisiez le stock de rubans à encre disponible sur internet après l’achat à Emmaüs de votre première tapeuse.

Bien entendu, et comme je suis un salaud, je vais d’abord la descendre cette vieille peau, histoire d’en rehausser le blason quelques lignes plus bas (car pour nouss pauvres primates explorateurs, c’est toujours plus bas que se trouvent les trésors des lignes des elles).

Déjà, elle pue la vioque. Quand on se surprend à piquer du nez sur le clavier, ce n’est pas la douleur des touches enfoncées dans le visage qui vous réveille, mais l’odeur rance de sa séculaire graisse mécanique.

Ensuite – même petite – elle pèse déjà beaucoup trop lourd. Elle n’est pas du genre fragile décoration plastique, plutôt carcasse métallique.

Et bien entendu – cela va de soi – elle n’est pas du caractère qui tolère les erreurs. Un ruban blanc ou un stylo blanco sera votre compagnon de route lorsque vous arpenterez ses touches. Et quand vous êtes bourré laissez tomber la relecture le lendemain.

Elle fait un boucan d’enfer aussi et, quand à deux heures du matin j’ai le malheur de vouloir la chatouiller un peu, je me trouve chanceux d’avoir une régulière qui préfère le bruit de ma présence au silence de mon absence.

Enfin, comme toute vieille bloquée dans son temps, elle manque d’options et les docteurs capables de la réparer se font rares. Un câble de rail déglingué, et c’est foutu. Hop ! Démontage à la gitane ou, à la rigueur, seconde vie en porte-poussière dans la bibliothèque pour se la jouer kiffeur de vintage (ne pas confondre avec le kiffeur de vingt âge, c’est l’inverse).

Mais, mais…

La mémé a ses charmes, belle rustique, et solide dans son cul carré, elle écrit comme personne. Une vraie nymphomane frigide, infatigable (pas comme un poignet de gaucher avec un stylo) et inchauffable, mais qui sait se défendre, et se la prendre dans la gueule quand on charrie sera toujours plus douloureux que faire la même avec un smartphone, surtout pour les têtes de pioche.

Et qui a appris l’autonomie, l’indépendance, la résilience. Pas de bug, de risque d’écran qui déconne, de coupure de batterie, de virus, d’explosion, de perte de données si on renverse du café sur le clavier, pas ou très peu de plastique dans ses mécaniques, aucun électrique. Elle demeure pourtant d’une polyvalence extrême et, en deux coups de rouleau – là où il faut des clics et des claques avec un ordinateur et une imprimante – on peut taper la lettre et l’adresse sur l’enveloppe dans la foulée, dans une totale liberté de mise en page. N’est-elle pas à la fois le clavier et l’imprimante ? Son rouleau à encre vaut que dalle comparé à une cartouche. Et puis résistante, on en trouve encore de plus trente ans aux rouages tournant à la perfection. Je défie n’importe qui de me trouver un ordinateur ou une tablette qui vive aussi longtemps.

Et que dire de son style musical ? Simple, élégant, jazzy. Tap…taptaptap…tiiiinnng. schak !

Son œuvre reste unique, et cela peut être son faible (Warhol ne l’aimait certainement pas), car à moins d’avoir un photocopieur, comme la manuscrite, le morceau de papier tapé par ses touches demeure un exemplaire unique, non sauvegardable dans un fichier ou un nuage numérique.

Comme tout être authentique, elle capte le spontané. Le moindre doute, la moindre redite, la moindre erreur ou correction la fait raturer. Et c’est dégueulasse.

Enfin, comme les femmes, les machines à écrire sont toutes différentes. Noires, jaunes, rouges, blanches, nacrées ou plastifiées, les tétons ronds ou carrés, de tous les âges, de tous les formats, de tous les styles et avec leur caractère. Toutes aussi, ont du vécu, et donc une histoire à raconter. Certaines vous font un trou béant à la place du O, d’autres font le grand écart d’un coup lorsque vous appuyez sur espace plusieurs fois. Et puis il y a celles qui vous coupent les mots, déraillant du chariot sans prévenir. Celles-là sont foutues. Mais toutes ont gardé cette classe qui n’existe plus : sans vous éclater les yeux d’un halo lumineux, elles peuvent vous accompagner toute la nuit avec pour seule et unique vocation celle de faire vivre cette chose essentielle qui a fait la grandeur de notre pays et de notre civilisation : l’écriture.

pour en savoir plus : www.ecrivain-souterrain.com

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Tous droits réservés-2020, Jérôme CLERVAL/ Jrobinho810@gmail.com
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« Tu t’endors princesse ? Bien, alors c’est qu’il est temps pour moi de te laisser. Bonne nuit »
Cela ne prit que quelques secondes à l’homme pour claquer la porte. Laissant la jeune femme avec cette étrange sensation. Bientôt, elle ne ressentit plus rien. Juste la sensation de se sentir tomber dans une longue chute, toujours plus rapide. Les sons n’étaient plus qu’un murmure de son cerveau. La chaleur qui l’entourait n’était plus qu’un lointain souvenir. Puis plus rien. Le néant. Le noir complet. C’était la fin.
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