Partie 2 - Travail d'équipe

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- Ah ! Voilà notre meilleure ingénieure !

Inéa et Sören, ses collègues et complices de Titan Terraforming, attendent Aliénor de pied ferme. Fidèles au poste, leur arsenal de blagues prêt à l’emploi. Comme toujours.

- Je suis à peine arrivée et vous vous payez déjà ma tête ? Ça promet.

- Mais je suis sincère, je le jure ! Dis-lui, toi, Inéa.

- Cette fois, Nila, c’est du sérieux, confirme sa coéquipière. On a vraiment besoin de ton expertise sur ce coup-là.

Aliénor se sent rougir. Les compliments la mettent mal à l’aise.

- Merci, je…Je suis désolée, je ne voulais pas être blessante. Cette mission me porte sur les nerfs.

Inéa et Sören échangent une œillade complice.

- Il y a une chose qu’on ne t’a sans doute pas encore révélée sur Kappa Phi 457, lui confie Inéa, le regard pétillant. Elle est…

- Hantée. Oui. Je sais.

- Il se passe de drôles de choses ici, tu le constateras très vite ! renchérit Sören, la mine compassée.

- J’ai hâte, vous n’avez pas idée. Bon, soyons sérieux deux minutes. Vous vous en sortez, avec le code ? Chez Titan, on m’a dit que c’était un vrai plat de spaghettis(*). Il va falloir refactoriser tout ça (**) ! Je m’y mets tout de suite.

- Mais…tu ne veux pas te reposer un peu d’abord ? s’étonne Sören. Tu viens d’arriver !

- Non, je n’ai pas une minute à perdre.

- Nous, on va se coucher. On a eu une longue journée. Tu viens, Inéa ?

Inéa rejoint Sören, et passe le bras autour de sa taille d’un geste on ne peut plus naturel.

- Ah, parce que vous, euh…

- On ne peut rien te cacher ! s’exclame Sören, l’œil guilleret. Bon, eh bien à demain. Amuse-toi bien !

- Votre sollicitude me touche, ironise Aliénor en les suivant du regard alors qu’ils pénètrent dans leur cabine, enlacés.

La porte se referme sur eux et elle reste seule dans le couloir froid de la station-hôtel. La section réservée au personnel est déserte à cette heure tardive. Aliénor contemple la Terre, dont seul un mince croissant demeure éclairé. Une constellation de points lumineux en redessine les continents. Elle pense à Livia, restée à Paris, quelque part sur ce globe majestueux et lointain.

Elle l’imagine enveloppée dans les brumes de l’inconscience, aux mains d’un sommeil libérateur. A chacun de ses mouvements, les draps épousent davantage ses courbes délicates. Une envie soudaine de l’aimer corps et âme la bouleverse et la terrifie à la fois. A cette perspective, un frisson la saisit. Dérangeant. Délicieux.

- Non, ne pense pas à ça ! s’admoneste-t-elle. Surtout pas ! Concentre-toi sur ce que tu as à faire.

A regrets, elle détache son regard de l’obscurité et rejoint ses quartiers. Schrödinger l’attend dans sa cabine, installé en rond sur la couchette exigüe.

- Tu as la belle vie, toi ! Je meurs d’envie de te rejoindre, mais j’ai une montagne de boulot.

L’animal-robot émet un miaulement flûté avant de refermer ses yeux brillants sans plus de cérémonie.

- Monstre, va !

Aliénor s’installe auprès de lui, s’empare de son ordinateur portable, et se met au travail. Un silence complet règne sur la station. Totalement immergée dans son code, elle ne remarque pas le manège de Schrödinger. Il se redresse d’un coup et saute de la couchette, pour faire les cent pas devant la porte de la penderie en grognant.

Des grattements s’y font entendre. La porte s’ouvre sans bruit et une odeur étrange s’exhale des vêtements qui y sont suspendus. Un parfum suave et suranné, semblable à celui qu’émettraient des pétales de rose fanés. Schrödinger émet un feulement courroucé. La porte de l’armoire claque et le chat-robot court se dissimuler sous le lit. Aliénor sursaute, brutalement tirée de cet état de concentration intense qu’elle aime tant.

- C’est tellement cliché ! s’exclame-t-elle en découvrant le mécanisme que recèle le meuble. Mais il faut avouer que le système est plutôt ingénieux.

**********

Attablés dans le réfectoire pour le dîner, Aliénor et ses deux collègues lorgnent le contenu de leur plateau avec la même expression désabusée.

- A votre avis, qu’est-ce que c’est ? s’interroge Sören.

- Du pâté de lentilles ? suggère Aliénor.

- Heureusement que les clients mangent mieux que nous !

- Ce n’est pas aussi mauvais que ça en a l’air, constate Inéa après en avoir absorbé une prudente bouchée.

Durant un long moment, chacun se retire dans son monde intérieur. Aliénor interrompt leur silence lorsqu'il commence à devenir trop pesant.

- Ça fait combien de temps que vous êtes là, déjà, tous les deux ?

- Un peu plus d’un mois, pourquoi ? s’inquiète Inéa.

- Mon intuition me dit que vous y êtes pour quelque chose dans toute cette histoire à dormir debout. Je me trompe ?

Sören hésite entre amusement et contrition.

- Oui, enfin non, pas tout à fait, c’est vrai qu’on a monté une blagounette ou deux, histoire d’épicer l’ordinaire, mais pas plus.

- Tu vois bien qu’on trime comme des galériens, explique Inéa. On n’aurait jamais pu organiser tout ça !

- Vous allez finir par faire fuir les clients, à force.

- Tu plaisantes ? Depuis qu’on colporte ces histoires de fantôme, l’hôtel ne désemplit pas.

- Et pourtant, je peux te dire que séjourner ici, ça coûte un sacré paquet ! renchérit Sören.

- Je me demande comment vous avez pu provoquer une telle psychose avec vos farces de gamins. Les gens sont vraiment émotifs, de nos jours.

- A mon avis, il y a baleineau sous gravillon, objecte Sören. D’accord, il y en a un ou deux qu’on a fait marcher, on assume. Mais les autres ?

La question reste en suspens. Aliénor n’a aucune envie de rentrer dans leur jeu. Elle préfère amener la conversation sur un terrain plus sûr.

- Côté boulot, on tient le bon bout. Bravo, tous les deux ! Vous avez bien avancé. Le projet est sur les rails, il ne reste qu’à tenir le rythme. On ne lâche rien surtout !

- A vos ordres !

Sören se fend d’un salut militaire à l’exécution approximative.

- Tu ne changeras jamais, toi, soupire Inéa.

- C’est pour ça que tu m’aimes, non ?

L’ambiance bon enfant finit par détendre Aliénor. Elle achève posément son repas, tout en écoutant ses deux collègues s’asticoter avec leur ardeur habituelle. Pour une fois, elle n’a aucune envie de participer à leur joute verbale.

Juste celle de profiter de l’instant.

**********

(*) Code spaghetti, ou plat de spaghettis : métaphore désignant un code informatique difficile à comprendre et à maintenir, car tous ses éléments sont mélangés et dépendent les uns des autres, comme une assiette de spaghettis, où il est difficile d'en tirer un sans que tous les autres ne viennent avec.

(**) Refactoriser (de l'Anglais : to refactor) : réorganiser le code afin qu'il soit plus lisible, plus clair, tenter d'éliminer les redondances et si possible, de réduire la dépendance des éléments entre eux.

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