Chapitre 3

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L'entrée du professeur fut semblable à un roulement de tambours. Les élèves se mirent à imiter le silence, entité émergeante du monde des oubliés et des morts. Satisfait du comportement de ses élèves, le professeur les autorisa à s'asseoir. Comme la plupart de ses collègues, ils arboraient des cheveux noirs plaqués sur sa tête, des yeux d’un bleu artificiel et clair. Sa figure transpirait la malice malvenue, le sourire cinglant de noirceur et sa tignasse méticuleusement rabattue à l'arrière de sa tête.

Il se mit à vérifier le travail à la maison de chacun. En passant à côté de Raphaël, ses pupilles sombres sondèrent les formules, les chiffres et les phrases écrites au stylo à plume. Il s'arrêta doucement et tourna la seconde page du devoirs. De suite, Raphaël décela un sourire sournois sur ses lèvres minces.

  • Je suis au regret de t’enlever un point de la moyenne, mon garçon, siffla-t-il. Il te manque trois exercices. Une heure de colle devrait te faire comprendre ton erreur.

Avant qu’il n’eût pénétré dans la salle de classe, Raphaël s’était attendu à ne pas en ressortir indemne. Raphaël l'avait senti venir et cela le forgeait dans son incapacité à espérer un meilleur comportement de la part d’autrui.

Après que l'homme aux yeux clairs soit reparti dans sa chasse, Raphael ne put s'empêcher de rouspéter promptement. Au premier rang, Théo lui recommandait grâce à des signes d'apaisement, de ne point tenir compte de la férocité retenue du professeur. Son apparition parut être un sortilège pour le sortir de sa torpeur et lui inculquer un semblant de réjouissance en lui.

Sur sa tête haute, des cheveux bruns frisés s'embarrassait supporter le poids de ses lunettes et Raphael jurerait qu'il ne prenait pas la peine de se coiffer au réveil, tant sa tignasse semblait sauvage. Son regard hypnotisait par le vert superbe qui s'y fragmentait, suffoquant autour d'une grosse pupille noire. A la gauche de Théo, Aaron tapotait son cahier du bout de son stylo, l'impatience et l'ennui ne le domptant pas. Il grignotait le bouchon de son stylo plume et Théo s'efforçait de l'arrêter en balançant son jouet à l’autre bout de la salle.

Théo et Aaron formaient un curieux manège d'êtres, un duo d’effrayants tourmenteurs moralistes. Aaron savait bien s’exprimer, bien qu’il désirait la paix à la guerre, la menace lui semblait le seul outil pour stabiliser la paix. Il admettait sans illusions qu’il ne pouvait avoir que des victimes dans cette bataille. Théo avait un rôle, dont il en assumait pleinement les piliers. Son intelligence le poussait à dire la vérité. Cette vérité ne se déguisait pas sous des frous-frous, ce qui la rendait plus horrible qu’elle ne l’était vraiment.

Ce n’était pas un mensonge, la vérité y persistait et Théo donnait ses propres arguments à chaque fois. Personne n’avait la capacité de le contredire, car ses mots ne sortaient pas de son imaginaire, plutôt d’une encyclopédie. A eux deux, ils envoyaient les gens à réfléchir et à revoir leurs anciens faits et gestes. Raphael n’appuyait pas leur méthode et il trouvait que cela l’irritait plus qu’autre chose. a cela, Théo répondait par le fait que Raphael était unique en son genre. Il ajoutait aussi que sa psychologie lui était passionnante. Raphael voyait ça comme une preuve d’amitié.

Raphael les enviait parfois, mais il apprit qu'il pouvait compter sur d'autres. Lorsque la sonnerie proclamait la fin du martyre, Raphael bondissait de sa chaise pour s'enquérir de ses amis. Théo avait un air soucieux, presque enseveli par des trombes de peurs aveuglantes. Son regard s'agrandissait à mesure que Raphael le forçait à parler.

  • Tu sais, le parking après le rond-point de la rue Cournaille ? Dit Théo en articulément pesamment ses mots. Des drogués s'y sont fait prendre par des patrouilles de militaires et j'me demande bien d'où ils viennent, ces nazis d'Allemagne. On en aperçoit surtout dans les grandes villes et Lezay-sur-marne est plus un trou paumé, qu'une métropole de France.

La délinquance avait diminué avec les années, du moins les statistiques officielles le chantaient dans ses comptes rendus rédigés par des employés modestes, travailleurs et fiers de servir la cause de la paix et de la liberté. En cela, Raphael reconnaissait mielleusement qu’il y avait un bon côté dans l’invasion des nazis en France. Toutefois, faire disparaitre des délinquants de base n’était pas possible.

« Sûrement que tu t'inquiètes pour rien, répondit Aaron. On peut s'attendre à ce qu'ils repartent d'ici peu. A quoi cela les avancerait à mettre sous les barreaux des drogués ? Moi, je soutiens qu’ils ont un goût prononcé pour la bonne morale chrétienne. Ne pas fléchir devant les illusions du Diable et vous aurez la vie éternelle après la mort impitoyable. »

Théo ne put qu’houspiller devant les allusions religieuses dont il éprouverait un écœurement sans bornes. Les uniques fois où il s’était autorisé à croire en Dieu, cela lui avait permis de relativiser lors des cérémonies funéraires, avec l’espoir que les âmes iraient au paradis et que les brutes brûleraient en enfer. Vouloir être rassuré avait de quoi être normal. Cela n’en changeait pas sa morale concernant son commerce personnel.

  • Cela pourrait nuire à mon commerce itinérant ! Se plaignit Théo d'un ton aigre. Je ne demande pas mieux qu'ils déguerpissent le plus rapidement possible.
  • Alors, calme ton envie de vendre de l'herbe ! Répliqua vivement Raphael. En ce moment, j'ai une affaire à régler avec Odbart. Si tu vois ce que je veux dire ?
  • Si tu veux bien, je participerai bien à l'affaire ! se proposa Aaron en souriant, des dents blanches arrachant une hilarité mesquine.

Les poings liés à une vengeance de noble cause, il s'engagea vers le bâtiment des Sciences et Mathématiques, où il était certain d'y dénicher Odbart. Hagelstein Odbart, fils du grand pâtissier Hagelstein & Plaisirs, avait l'art pour être le plus ridicule qu'il soit. L’image du gros enfant de pâtissier ne lui collait pas à la peau. Il faisait de la musculation, néanmoins il avait une sainte horreur de la guerre et de tout ce qui allait avec, au désarroi de son père, Klaus aux embonpoints énormes et graisseux. Odbart ne s’était point lié avec lui que pour lui déplaire totalement. Il ne fit rien pour être détesté ou être aimé par Klaus, seulement des choses bloquaient les liens du sang, en travers des gorges nouées. Sa mère morte d’un cancer, il décida de participer à l’entreprise de Klaus. Très distingué et demandé auprès des lycéens allemands, il faisait leur commande de gâteaux. Profiteroles, Baba au rhum, Macarons, Meringues, Moka, Flan, Fraisiers circulaient dans les cuisines. Pour conduire au ridicule, Odbart s’amusait de cette sensation drôle et ceci depuis que sa pauvre mère le lui avait sur son lit de mort : « le ridicule ne tue pas, mon sucre d’orge ». À cette période, il avait treize ans et les bourrelets du ventre l’empêchaient de prendre toutes les tailles. Sports, privation de se nourrir et insultes contre sa mère qu’il se mit à détester, s’ensuivirent allégrement. Klaus faisait la sourde oreille à son entourage. Son apparence changea et la maigreur le fit ressembler à un survivant des montagnes.

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