Chapitre 2

4 minutes de lecture

Le soleil égouttait ses rayons sur tout l’horizon. Il l'observait toujours longuement au petit matin sans se lasser. L’âme sur de petits nuages douillets, Raphaël éprouvait toujours la lenteur que son sommeil lui insufflait à chacune des nuits. Or la nuit n’était emplie que de cauchemars, de silhouettes mystérieuses et d’un gris mélancolique à s’en désappointer. L’hiver tardait à se retirer de la douce France, les champs saupoudrés de paillettes s’épaississaient tel un gâteau qui montait en volume.

La vitre de sa chambre crissait sous le gel couvrant le verre et le toucher n’en réduisait pas moins la sensation de froideur. Raphael ressassa ses vieux souvenirs de l’été dernier d’où le soleil triomphait. Les fumées des cheminées s’échinaient à se confondre dans le ciel blanc. L’heure était sombre à son réveil. Il ne lui restait qu’une heure ou deux avant de prendre le petit-déjeuner. Que de jours interminables s’éclairaient dans l’esprit vaporeux de Raphaël .

La face rafraichie par l’air frais et les couvertures sur son corps, il vivait entre froid et chaud, entre solitude et réconfort et l’hiver festoyait dans l’art de désunir du monde. Au bout du compte, il s’efforça d’extraire autant sa chair que son esprit de ses draps épais et chauds. Avalant un grand bol de lait chaud, il en eut la gorge rougie d'une étrange chaleur. Des tartines grillées et de la griotte émoustillèrent doucement son palais gustatif.

Seul, il n'entendait personne. Il régnait en maître. Et l'aube commençait son ascension vers le ciel. Petit à petit, le soleil prenait place dans la peinture céleste, vainqueur de la nuit sans étoiles et dont le sommeil ne cesse de hanter des individus. Un incontournable bleu clair sillonnait la parure du ciel, augurant la continuité d'un radieux jour, cependant des cotons nimbés de gris et d'un blanc délavé.

Sur le seuil du foyer, la neige dégoulinait sur le vieux paillasson. Raphael abandonna ses marques dans la pâte blanche et ses pieds le mécanisèrent vers une marche en direction du lycée Pétain. Il fulminait d’avance d’être pris au piège dans l’antre de la discipline et du savoir. Parcourant les couloirs de son lycée, il perdait tout entrain initiatique à évanouir son angoisse grognant. Sur le point de pénétrer dans sa classe, il ressentit une migraine pire qu’un mal de tête coupable.

Ainsi, Raphael attardait son regard éteint vers les coins de la pièce. Les fenêtres ouvertes, procuraient un semblant d'air frais que les élèves étaient répugnés par le froid qu'ils sentaient sur leurs muscles agressés. Le pur soleil réchauffait les visages glacés, quoique les expressions en demeuraient effacés et cinglantes, les bavardages bondissaient à chaque rencontre, et dans ce brouhaha, Raphael pointait, d'une épée invisible et noir, l'antre soi-disant blanche. Rien ne l’échauffait davantage qu’un ravissement de l’âme. Les mathématiques reflétaient une vision de l’ordre que Théo et Nicolas n’affectionnaient que peu. Raphael croyait en un ordre chiffré, du moins quand son esprit y croyait vraiment et qu’il ne découvrait pas plus d’enclaves naturelles et humaines. Peu de ses amis eurent la chance d'apprécier et d'appréhender les chiffres irradiant de complexité.

Cela ne montrait guère un dégout pour la matière des statistiques et des chiffres, plutôt une peur d’être rabaissés par cet art chiffré. Certains évoquaient la phobie que leur moyenne de bon élève ne s’affaisse, tandis que d’autres ne s’y risquaient tout bonnement pas, persistant à procréer dans leurs orgueils et prétentions nécessaires à leur survie. Raphael n’avait pas de pitié pour les faibles et les forts, chacun avait des faiblesses et forces qu’il ne saurait parfaitement énumérer.

Las, Raphael s’enlisait dans l’attente et ses yeux sépia se perdaient vers l’horizon. Et le soleil régnait plus longtemps dans le ciel bleu et ses notes lumineuses flanchaient péniblement vers le bas, à l’instar du bulletin de Raphael. A la place de croire en sa personne, de l’encourager à progresser, il réprouvait les réprimandes. Autour de sa personne, les brimades se renouvelaient sans cesse, la pression prenait le pas sur la raison du savoir. On lui demandait tellement plus, qu'il rechignait peu à peu à prouver au monde qu'il serait capable de surmonter l'épreuve.

Autant cela venait des injures cordiales des professeurs, autant les élèves méritaient mille paires de gifles. Retentissantes, elles rougiraient sur des joues compatissantes. Raphael n'était pas un mauvais élève. Jamais il ne s’était attendu à ce qu’une guerre ait autant d’impact sur la société et la perception des individus. Nul être ne souffrait de mépris s’il était le meilleur et qu’on cachait à la face du monde, ses péchés les plus imbus et les plus machiavéliques. Avant que tout n’empire vers un désastre humanitaire, il se rappelait des belles notes de primaires, des félicitations de ses maîtres et maîtresses d'école. Il garderait la gratification qu'on lui procurait par des gentillesses, tandis que ses camarades souriaient ou le jalousaient simplement.

A l'époque, il se félicitait d'être à la hauteur de ce que la société réclamait de plus beau. Le bon vieux temps était mort avec la raison de tous. Lorsque les nazis naquirent de la guerre et triomphèrent de la France, Raphael eut l'esprit dérouté et désabusé par le savoir qu'ils inculquaient aux élèves. Un enseignement de fer s'instaurait dans les établissements scolaires. Une vive inégalité s'érigea hautement, épargnant les citoyens allemands, tandis que les autres pataugeaient dans une boue invisible. Et du haut de rudes falaises, les autres convulsaient sous la pression suicidaire qui les cinglait et étranglait. Ces drames étaient de monnaie courante, un engorgement qui engloutissait les âmes en peine. Ils en étaient réduits à avoir des nuits blanches, ils s’engouffraient dans une spirale infernale comportant trois niveaux : le désespoir, la mélancolie et pour achever, cette mort qui semblait n’apaiser rien. La parole gentille ne suffisait plus à réconforter. Les nazis n’avaient plus peur de la mort et cela leur donnait une puissance incontestable, affaiblissant les esprits purs et altruistes.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 6 versions.

Vous aimez lire Vanarayn ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0