Les Survivants d'Asgard - Chapitre 1

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Chapitre 1

Raphaël se mettait à croire que la vie était un cauchemar éveillé. Seulement, à chaque fois qu'un mal de tête s'emparait de lui, il savait parfaitement qu'on se moquait de lui. Théo ne saurait être dupe à la guerre et Nicolas s'enthousiasmait pour les échappatoires qui l'emportaient, un brin de secondes, en dehors des fragments écorcheurs. Et l'heure n'eut cure de les amadouer, de les fragiliser ou de tyranniser leurs pauvres esprits. Le sien était empli de rancœur, Raphaël dominait la sauvagerie de ses actes, il tentait de temporiser ses émotions dénouées de pitié ou de compassion. Il craignait que l'on ne tue ses amis et qu'on les pende tous.

Pourquoi Raphaël se retrouvait-il dans la cave de son lycée, enchaîné à une chaîne qui tiraillait ses poignets, le saignant jusqu'à l'os ? Il cauchemardait encore et toujours. Il cauchemardait encore et toujours. Ses yeux d'un rouge sépia sondaient la moindre odeur, s'éparpillant dans la prison. Le moindre cri s'évertuait à aplatir son angoisse, à transcender ses sens pour prendre connaissance de tout ce qui entourait les lieux. Sa vie prendrait peut-être fin dans cette figure de mort et de tentatives de sauvetages morts. Le lycée du passé ne renaîtrait pas des armes des résistants ou de la malveillance des nazis.

Dans son âme, Raphaël grignotait les armes de ses ennemis. Un soleil brûlait en dehors de sa cellule. Il le sentait frapper contre les murs extérieurs, y plonger ses mains chaudes afin de faire suffoquer Raphaël dans la cave. Amoindri de ses forces, il replongea dans un profond sommeil, épris d'un repos divin. Longtemps il avait rêvé, longtemps raconter ses histoires au sein de son esprit resté chimérique. Ses rêves étaient une sorte d’échappatoire. L’illusion d’être libre se trouvait réalisable, une sérénité envahissait son corps. Il le savait. Chaque nuit était l'heure de s’épanouir.

Ses rêves le rendaient si heureux, qu’il les regrettait fortement à son réveil. Il souhaitait tant que le temps passe vite. Par ailleurs, tout avait un sens qui pourtant lui échappait et souvent, le même rêve revenait, comme pour le hanter et lui faire dire qu’il ne pouvait s'en aller. Celui-ci était sombre, Raphaël se noyait dans une eau profonde dont le fond l’attirait et ne le lâchait pas. Un sentiment de désespoir s’accentuait et une silhouette étrange le ramenait à la vie. Yeux argentés, vêtements blancs, chevelure blonde vénitienne éteinte de sa lumière et des larmes écarlates ne voulant que s’exprimer. Elle frôlait sa joue. Raphaël ouvrait les yeux, le soleil l’avait sorti de son sommeil. Il n’y avait jamais eu de suite.

Alors qu’il crut s’extirper de ce rêve, il se retrouva dans la grande cave du lycée, dégoulinant de sueurs. Théo se rongeait le bout des doigts, et affamé depuis un jour entier. Nicolas perdait de cette vivacité d'humeur qui le maintenait dans une joie exubérante. Tous ne soulignaient plus l'inconfort du sol poussiéreux et dur, ils s'accommodaient de la misère dans laquelle il était tombé avec tristesse.

Raphaël relevait la tête vers la fenêtre, munie de barreaux indestructibles. Son cœur désirait de comprendre les moments tragiques qui s'écoulaient et perduraient comme un long ruisseau qui traverserait les rochers, la terre et le ciment des villes. Désemparés, les élèves minaudaient des prières à leurs parents, ils écrivaient sur du papier de leur cahier de cours, des lettres d'adieux, parce qu'ils présageaient la fin prochaine. Et Raphaël ne savait comment les contredire tous. Qu'ils soient enfants de nazis ou orphelins de la guerre, ils perdaient le souffle d ans cette cave noyée dans de sombres ombres. Le soleil s'abaisserait dans le ciel, que personne ne saurait ce qu'il deviendrait de sitôt.

Il se réveilla encore, du moins il voulait le croire dur comme fer. Raphaël n'était qu'un élève parmi tous, dénué de fureur folle, quoique le désir de rejoindre la résistance ait entamé des pans de son esprit. Soudain, la porte grinçait péniblement dans le chaos des bruits que cela façonnait, et une ombre se dressa de sa haute stature, sur le seuil. Et le cœur de Raphaël se refroidissait d'une peur immense.

Le jeune garçon se tiraillait l’esprit à regagner les bras de Morphée, des bras qui devaient le rejeter, car il ne savait plus comment s’y prendre pour adjoindre un ordre au sommeil. Cela faisait des lustres qu’il ne venait plus selon sa parole, son désir. Après s’être allongé sous ses draps, il souffla profondément et tout à coup, il se mit à prier pour quelqu’un au-delà de toute imagination. A défaut que ses yeux se ferment, son esprit s’éprit à se replonger dans ses vieux rêves.

D’entre tous, il y en avait une dizaine qui cogitait dans un coin sombre de sa tête. Des silhouettes sans noms revenaient en trombe, aussi flous que des poissons au fin fond d’une mare d’eau. Tantôt des mains lui maintenaient la tête en place, au-dessus de ses épaules, tantôt d’autres le tenaient fermement sur ses deux jambes. Certains lui assenaient des baisers doux, exquis par des senteurs lourdes, des caresses chaleureuses, pourtant des griffes torturaient sa peau, le faisant saigner comme un cochon. A chaque fois, ça lui tiraillait le corps, le lacérait de part et d’autre. Sans nul doute, ça l’avait expédié hors des mirages des rêves. Entre la vie troublée du jour et l’oubli de la nuit, Raphaël n’avait plus à faire de choix.

Enfin, l’aube pointa le bout de son nez qu’il ne sentait point fatigué. Curieusement, il lui semblait ne pas avoir sommeil, comme s’il avait passé une bonne nuit. Un mensonge que son corps lui inculquait, mais que son âme redoutait d’assimiler à force de persuasion sensitive.

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