Chapitre 20

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Cela faisait maintenant deux semaines que j’apprenais à Marcus et Isa la chorégraphie de l’ouverture du bal de leur mariage, qui avait lieu demain. Et je commençais déjà à stresser. Ce n’était pas le mariage en lui-même qui me préoccupait, mais le fait de rencontrer la famille de Marcus et surtout de Véra. Elle était assise sur le bord du lit pendant que je finissais de tresser mes cheveux, devant la cheminée. La porte de la chambre était fermée à clef depuis maintenant une dizaine de minutes. Elle n’attendait plus que moi pour se coucher.


— Tout va bien Élia ?

— Oui, ce n’est rien.

— Viens t’asseoir. Je crois qu’il faut qu’on discute.


L’écoutant, je me levais et m’assis sur le bord du lit, à côté d’elle. Elle se tourna dans ma direction, posa son genou gauche sur le lit et sa jambe droite dans le vide. Elle attrapa mes mains dans les siennes, qu’elle caressa du bout des doigts. Sachant pertinemment ce qu’elle essayer de faire, je baissais la tête, ne regardant que nos mains.


— Est-ce que tu as quelque chose à me dire, mon ange ?

— Comme quoi ?

— Ce que tu veux.


Toutes les questions que j’avais en tête depuis plusieurs semaines revinrent comme un boomerang. Alors qu’une larme commençait à couler, je relevais la tête pour la regarder dans les yeux.


— Pourquoi vous n’êtes pas venue me sauver plutôt ? Pourquoi vous l’avez laissé me faire ça ?

— Je ne savais pas Élia. Tout ce qui concerne les sanctions des prisonniers, je ne veux pas en entendre parler. Je devais avoir trop peur d’apprendre qu’ils pratiquent la torture.

— Mais c’est le cas ! Et c’est elle qui la fait, pas les soldats !

— Je suis désolée, mon ange. Margot t’a fait enfermer pour autre trahison, je ne pouvais pas t’aider. Dès que j’en ai eu l’occasion, je suis venue. Si j’ai pu t’éviter la corde, c’est parce qu’elle voulait t’exécuter sans procès. Mais si elle avait suivi les protocoles et si le Conseil t’avait jugé coupable, je n’aurais rien pu faire.

— Pourquoi ?

— Parce que c’est la loi ! Je suis certes l’Impératrice mais pas juge, ni avocat. Cette loi a été mise en place à cause de mon arrière-grand-mère, une dictatrice. Elle était juge, avocat et bourreau à la fois. Elle a été mise en place pour éviter que ça se reproduise, pour éviter qu’un Empereur ou une Impératrice ne puisse déclarer coupable un innocent ou innocent un coupable. La justice ne fait pas partie de mes prérogatives.

— Vous ne pouviez vraiment rien faire ?

— Rien du tout. C’est pour ça que j’avais envoyé Marcus. Dis-moi ce que Margot t’a fait, que je puisse faire changer ça.

— Ce n’est pas la peine.


Elle lâcha mes mains pour entourer mes épaules de ses bras et me serrer contre elle. Pour ne pas laisser mes bras vaquant, je les passais sous les bras de Véra pour agripper sa robe de nuit, au niveau des épaules.


— Qu’est-ce que Margot t’a fait ? Pourquoi tu paniques à chaque fois que tu dois prendre un bain ?

— Elle a essayé de me noyer. Elle m’a maintenu la tête sous l’eau jusqu’à ce que je ne parvienne plus à respirer. Elle m’a attaché sur une chaise et m’a obligé à écouter la même chose en boucle jusqu’à ce que j’avoue être un monstre. Jusqu’à ce que je finisse par y croire.

— Tu n’es pas un monstre, mon ange. Ton Duc en est un, pas toi.

— Au début, j’ai résisté, mais elle me giflait ou me versait un seau d’eau glacé sur la tête. Sur tout le temps que j’y suis restée, je n’ai eu le droit qu’à deux morceaux de pain et une seule bouteille d’eau.

— Je suis contente que tu aies réussi à m’en parler. Plus personne ne vivra la même chose que toi. J’ai fait modifier la loi, Élia. Nous avons le droit de nous aimer, mon ange. J’ai le droit de t’aimer.

— Vous… vous êtes vraiment fait ça ? demandais-je en m’éloignant légèrement d’elle pour la regarder dans les yeux.

— Oui et je l’ai fait parce que je t’aime.

— Je vous aime aussi, Ma dame.


Elle posa sa main sur ma joue et approcha son visage du mien. Dans ses iris, je pouvais voir mon reflet, éclairé par les bougies et la lumière. Mon cœur se mit à tambouriner dans ma poitrine et je mordillais ma lèvre. Véra l’aperçut et sourit en venant caresser ma lèvre du bout du pouce. En cet instant, j’avais l’impression que nous étions seules au monde. Une tempête pourrait se déclencher dehors, elle ne pourrait rompre ce qu’il se passait entre nous. De ma main droite, je lui caressais le visage, tout en déplaçant une mèche de cheveux.

Mes doigts glissèrent le long de son cou puis de sa clavicule avant de se poser sur sa poitrine. Sous ma main, je sentais son cœur battre aussi vite que le mien. Elle posa une main sur la mienne, augmentant mon rythme cardiaque encore plus. Ses yeux glissèrent sur mes lèvres puis dans mon cou, tout en me souriant. Lentement, je la vis s’approcher de moi, jusqu’à ce que nos lèvres se touchent, tout en restant éloignées. Passant une main sur sa joue, je m’approchais encore plus pour l’embrasser. Quelques secondes plus tard, j’étais allongée sur le lit, Véra au-dessus de moi.

Dans ses yeux, qui brillaient, j’y voyais du désir. Elle en avait envie et moi aussi. J’avais trop longtemps réprimé mes sentiments pour elle. Maintenant que nous étions enfin seules, que je n’avais plus à supporter le regard tueur de Margot, je pouvais me laisser aller dans ses bras. Elle était certes l’Impératrice mais elle était surtout la femme que j’aimais.


— Est-ce que tu veux que l’on continue, Élia ? Je te le répète mais je ne te forcerais jamais à rien.

— Je le veux. Je vous veux, Ma dame.

— Si on va plus loin, cesse de me vouvoyer, d’accord ? Du moins en privé.

— D’accord.


Délicatement, elle me caressa le visage jusqu’à ce que nous nous unissions pour la première fois. Le feu crépitait dans la cheminée, cachant légèrement nos souffles. Plus le temps passait, plus je me rendais compte que ça faisait longtemps que j’attendais ça. J’avais mis du temps à accepter mes sentiments pour elle mais aujourd’hui j’étais sûr. Ma vie était auprès d’elle et nulle part ailleurs. Peu importe ce que dirait l’opinion publique ou même ma mère, j’étais heureuse dans les bras de Véra et ne changerais ma vie pour rien au monde. Pas même pour le retour de ma sœur.

Sa chemise enfin enlevée, mes doigts glissèrent délicatement sur son ventre avant de s’arrêter sur une cicatrice. Détournant toujours le regard lors de ses bains, je ne l’avais jamais remarqué. Véra comprit que je l’avais vu et ses doigts se déposèrent sous mon menton.


— Élia ?

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

— On dirait que le jour de t’en parler est arrivé.

— Est-ce que… c’est à cause de ton ex-mari ?

— Oui. J’étais enceinte de lui mais j’ai fait une fausse couche trois mois avant que tu n’arrives. C’était un mariage politique, comme je te l’ai déjà dit mais il était violent avec moi.

— Est-ce qu’il t’a…

— Non. Il n’était pas violent de cette façon et c’était prévu par notre engagement que je tombe enceinte. Il était là pour ça après tout.

— Mais pourquoi avoir accepté ?

— Margot.

— Encore et toujours elle.

— Quand mes gardes ont appris ce qu’il me faisait, ils se sont débarrassés de lui en toute discrétion. Même ma famille ne sait pas ce qu’il s’est réellement passé. J’ai appris que j’étais enceinte de lui un mois plus tard et j’ai perdu le bébé à cinq mois.

— Pour un peu, j’arrivais pour ton accouchement.

— Mais ce n’était pas le cas. Et finalement, heureusement que j’ai perdu le bébé. Comme ça on pourra construire notre famille, ensemble, comme on veut.

— Tu… vraiment ?

— Vraiment Élia. C’est avec toi que je veux passer le reste de ma vie et fonder une famille. Je sais que de ton côté c’est encore compliqué, mais je voulais te le dire. Prends le temps qu’il te faudra pour te décider.

— Merci.

— Je t’aime, Élia.

— Je t’aime aussi, Véra.


Je me rallongeais auprès d’elle, ma tête contre son épaule et un bras autour de sa poitrine. Au rythme des battements de son cœur, je m’endormis en même temps qu’elle.

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