Chapitre 15

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Dans cette cellule, le temps s’écoulait au ralenti. Personne ne venait m’apporter d’eau ou de nourriture. Seule l’eau qui goûtait à intervalle irrégulier brisait le silence. Quand j’entendis enfin des pas, puis des clés claquer entre elles, je me redressais pour m’asseoir, au fond de ma cellule. Je vis alors apparaître deux gardes et Marcus.


— Vous avez cinq minutes, expliqua l’un des deux gardes.

— Merci.


Dès qu’il entra, ils refermèrent la grille derrière lui et s’éloignèrent. Je me levais et me réfugiais dans ses bras.


— Je t’ai apporté une bouteille d’eau et un morceau de pain.

— Merci.

— Véra fait tout ce qu’elle peut pour te sortir de là mais pour le moment… Margot t’a fait enfermer pour haute trahison. À moins qu’elle te fasse exécuter sans procès, Véra ne peut rien faire. Qu’est-ce qu’il s’est passé Élia ?

— Je l’ai embrassée. Je lui ai dit que je l’aimais et Margot nous a surprises.

— Je suis désolée Élia. Margot a bien calculé son coup.

— Marcus, fais-moi une promesse.


Malgré mes menottes et mes chaînes, j’attrapais les mains de Marcus et les serrais dans les miennes.


— Laquelle ?

— Quoi qu’il arrive, ne laisse pas Véra prendre ma défense publiquement. Je sais ce que je risque et je ne veux pas qu’il lui arrive la même chose.

— Tu ne seras pas exécutée, princesse. On va te sortir de là.

— Si tu le dis, répondis-je peu convaincu.

— Aie confiance en nous, Élia.

— C’est fini ! annonça mon geôlier en claquant ses clés contre la grille.

— Ne perds pas espoir, princesse, termina-t-il avant de s’éloigner, me laissant à nouveau seule.


Dès que mes geôliers refermèrent la grille à clef, le silence redevint lourd et pesant. Lentement, je bus et mangeais, essayant d’économiser au maximum le peu que j’avais. Quand j’entendis à nouveau des pas et des clés, je me réfugiais dans un coin de ma cellule et me recroquevillais quand j’aperçus Margot.


— Bien, bien, bien, à nous maintenant, commença-t-elle avec un sourire diabolique.

— Ne vous approchez pas de moi !

— Tais-toi, gamine, enchaîna-t-elle en attrapant mes chaînes et en tirant dessus.


Je me retrouvais à plat ventre, juste à ses pieds, le souffle coupé par les menottes de fer sous ma poitrine. Elle en profita pour poser son pied sur mon dos et m’écraser.

— Que ce soit clair, gamine. La loi interdit ce que tu as fait et je compte bien de te faire changer d’avis.

— Un lavage de cerveau ? Jamais…


Elle appuya un peu sur mon dos ce qui me coupa la respiration en plus de m’empêcher de parler. Quand elle relâcha enfin la pression, je poussais légèrement sur mes bras pour reprendre ma respiration. Elle me laissa quelques secondes de répit avant de m’attraper par le bras pour me forcer à me relever. Elle me fit ensuite asseoir sur une chaise, enleva mes menottes de fer pour m’attacher aux accoudoirs. Elle plaça ensuite un bout de tissus noir sur mes yeux et dans ma bouche. J’essayais de me débattre, tirant sur les cordes qui maintenait mes poignées, en vain.

Autour de moi, j’entendis ses chaussures claquer jusqu’à ce qu’une voix criarde, forte à m’en percer les oreilles sortit de nulle part et en même temps, de partout. La même phrase était répétée en boucle, tu es un monstre. Margot continuait de tourner autour de moi.


— Tu ne peux pas aimer une femme, Élia. Change d’avis où tu seras exécutée.


Je tentais encore une fois de me libérer, en vain, comme la première fois. Longtemps plus tard, j’entendis des clés s’entrechoquer et enfin Margot s’éloigner. Mes épaules s’affaissèrent enfin et pourtant, j’étais toujours attachée et la même phrase qui se répétait toujours en boucle. Étais-je vraiment un monstre ? Pourquoi une femme ne pouvait pas en aimer une autre ? Tout ça à cause d’une stupide loi ? Une loi qui existait depuis je ne savais combien de temps venait de ruiner mon amitié avec Véra et peut-être même plus. Je savais que si elle essayait de prendre ma défense, ça lui retomberait dessus. Même une Impératrice ne pouvait échapper à la loi.

Plus le temps passait, plus j’avais l’impression d’avoir été oublier. Je voulais que quelqu’un revienne le plus vite possible pour me sortir de là et pourtant, j’appréhendais les bruits des pas. Je ne voulais pas que la prochaine personne qui viendrait soit Margot. Tu es un monstre. La phrase tournait toujours en boucle. Pour essayer de la contrer, je me disais le contraire, je ne suis pas un monstre. Pourtant, plus je la disais dans ma tête, plus en me semblait fausse, dénuée de sens.

Longtemps plus tard, les bruits de pas me réveillèrent et j’essayais à nouveau de me débattre. De toutes mes forces, je luttais jusqu’à ce que ma chaise finissent par basculer sur le côté. Quelques minutes plus tard, on redressa la chaise, plutôt violemment. On enleva le tissu dans ma bouche, ainsi qu’un peu d’eau à boire, même si je pouvais difficilement boire grand-chose. On me donna un morceau de pain, maigre portion, mais facilement mangeable.


— Qu’est-ce que tu es ? me demanda la voix de Margot que je reconnus.

— Relâchez-moi !

— Et bien, on va passer à la vitesse supérieure. Je n’ai pas de temps à gaspiller avec une gamine comme toi.


Je tentais de ma débattre, tirant le plus possible sur les cordes mais de l’eau gelée fut ensuite versé sur moi, ce qui me figea. L’eau me glaça jusqu’aux os et je claquais des dents.


— Tu ne peux pas aimer une femme, Élia.

— Qu’est-ce que ça peut vous faire ?

— Je pense à l’Impératrice, contrairement à toi. Tu la détournes du droit chemin. Elle doit se marier avec un homme, avoir des enfants et tu le sais très bien.

— Est-ce qu’une loi l’oblige à se marier avec un homme ? Est-ce qu’une loi l’interdit d’aimer une femme.

— Tu es idiote ou tu fais exprès ? La loi de l’Empire l’interdit ! Ce n’est pas une gamine comme toi qui va la changer.

— On parie ? Avouez que vous êtes juste jalouse de moi.


Comme la première fois que j’avais évoqué cette possibilité, je reçus une gifle, puis un nouveau sceau d’eau glacée.


— J’aime l’Impératrice et vous ne me ferez jamais changer d’avis !


Les heures qui suivirent furent les plus pénibles. Entre les seaux d’eau glacée, les gifles de Margot et la même phrase qui tournait toujours, je doutais de plus en plus. Si Véra m’aimait vraiment, elle m’aurait sortie de là depuis longtemps. Elle n’aurait pas laissé Margot me faire ça. Finalement peut-être que Margot avait raison. Si la loi l’interdisait, c’est qu’il y avait une bonne raison. Ma mère aussi nous l’avait suffisamment dit à ma sœur et moi. Aimer une femme c’était nous condamner à la pendaison. Véra s’était-elle jouée de moi, alors qu’elle connaissait la loi ? Je n’aurais pas dû céder à mes pulsions suicidaires. Tout ça à cause d’un baiser, d’un seul baiser.

Depuis le début, je savais que nous n’avions pas le droit de nous aimer. J’avais lutté pendant plus de cinq mois contre mes propres sentiments, en vain. Pourtant quand le visage de Véra apparut devant mes yeux, derrière mon bandeau, mon cœur s’accéléra. Je ne devais pas me faire avoir. Je ne devais pas abandonner alors qu’elle avait attendu que je lui ouvre mon cœur. Peut-être qu’elle ne savait pas ce que Margot me faisait. Margot aurait été tout à fait capable de lui cacher ça. Elle m’aimait, elle ne pouvait pas m’avoir abandonnée délibérément.

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