Chapitre 10

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Une douce odeur de rose vint me chatouiller les narines. Un doigt me caresse délicatement le visage. C’est celui de Véra, je le sens. Gardant les yeux fermés, un sourire se déposa sur mes lèvres et un baiser sur mon front.


— Je sais que tu es réveillée, mon ange.

— Bonjour, Ma dame, commençais-je pour la taquiner.

— Aurais-tu oublié notre conversation d’hier soir ?

— Non, Ma dame.


J’ouvris les yeux et aperçus le vert magnifique des yeux de l’Impératrice. Une mèche argentée lui barrait le visage, faisait toujours plus ressortir ses yeux. Elle repoussa la couverture pour la mettre sur moi et se lever.


— Pourquoi tu continues alors ?

— Je ne sais pas, Ma dame, gloussais-je.

Elle attrapa son oreiller, hésita un instant avant de le lancer sur moi, en rigolant.

— Saleté, rigola-t-elle.


D’un geste purement calculé, elle fit voler ses longs cheveux, dévoilant sa nuque et le creux de ses clavicules.


— Bah pourquoi ? enchaînais-je, joueuse, en m’asseyant en tailleur sur le lit. Vous n’aimez pas ?

— Tait toi Élia, tait-toi.


Revenant de mon côté du lit, elle s’assit, tournée vers moi et posa ses mains de chaque côté de moi. Nos lèvres étaient si proches, je pouvais voir mon reflet dans ses iris. Je le savais maintenant, elle me draguait ouvertement mais je ne comptais pas la laisser gagner. J’attrapais mon oreiller à mon tour et le mis entre nous deux.


— Cessez de m’importuner, Véra, j’ai des obligations qui m’attendent.

— Excusez-moi Élia, joua-t-elle, il ne faudrait pas faire attendre l’Impératrice.

Elle s’éloigna pour s’asseoir correctement, me laissant enfin repousser la couverture pour sortir du lit.

— Merci bien, Ma dame.


Elle posa sa main sur mon épaule et me poussa pour que je retombe sur le lit, en rigolant. Margot arriva à ce moment-là et elle perdit son beau sourire et sa bonne humeur. En une fraction de seconde, elle redevint l’Impératrice Véra, oubliant la jeune femme de vingt-deux ans que j’avais taquinée quelques minutes avant.


— Le Conseil souhaite s’entretenir avec vous, Ma dame, commença Margot d’un ton très professionnel

— Et pourquoi donc ?

— Je ne saurais vous dire, Ma dame.


Margot commença à sortir l’une des robes de l’armoire et la posa sur son lit. Elle s’avança ensuite vers Véra qui l’arrêta d’un geste.


— Laisse, Élia peut très bien s’en occuper.

— Ce n’est pas son rôle, Ma dame, enchaîna Margot en m’adressant un regard noir. D’ailleurs, ils ont besoin de vous en cuisine, petite.

— Tout de suite Madame.


Je m’habillais en vitesse et mis mon téléphone dans la nouvelle poche de ma robe. Au moment de passer devant Véra, elle attrapa mon poignet et me tira à elle.


— Garde ton téléphone près de toi, me chuchota-t-elle.

— Oui, Ma dame.


Sous le regard accusateur de Margot, je sortis de la chambre en me faisant le plus discrète possible. Elle avait un rendez-vous avec le Conseil et c’était de ma faute si Véra n’était pas encore prête. J’étais persuadé que Margot avait compris. Ou du moins elle se doutait que c’était de ma faute.

Si l’Impératrice m’avait demandé de garder mon téléphone près de moi, je me doutais qu’elle utiliserait le sien pour m’appeler à l’aide. Hier, j’avais bien compris qu’elle n’aimait pas le Conseil. N’étaient-ils pas censés être là pour l’aider ? Vérifiant que le son de mon téléphone était bien allumé, je descendis en cuisine, où il faisait une chaleur étouffante. Je n’aurais vraiment pas aimé travailler ici.


— Madame Margot m’a dit que vous aviez besoin d’aide ?

— Pas spécialement mais puisque vous êtes là, pouvez-vous éplucher les pommes de terre, Mademoiselle Élia ?

— Bien sûr.


Je me retrouvais donc avec une panière remplie de pommes de terre à éplucher, ce qui me prit une bonne partie de la matinée. Peu avant onze heures et demie, mon téléphone sonna, un message de la Reine.


« Viens me sauver du Conseil, Élia, ils sont sur mon mariage depuis une heure. »


Prévenant les cuisinières que l’Impératrice m’attendait, je posais mon économe et me dirigeais jusqu’à la salle impérial. Entre temps, je réfléchis à un moyen de la sortir de là. C’est seulement devant la porte que je trouvai ma réponse.


— Majesté, votre mariage doit avoir lieu dans l’année minimum. Vous ne pouvez pas vous permettre d’attendre plus.

— J’ai dit non. À quoi bon me marier quand…

— Excusez-moi de vous déranger Majesté mais j’ai un appel urgent de ma mère pour vous, les interrompais-je. C’est notre Duc, Majesté.

— Comme ma demoiselle de chambre vient de vous le dire, j’ai une affaire urgente à régler. Nous reprendrons le Conseil plus tard. Passe-moi ton téléphone Élia, je vais parler à ta mère.

— Merci, Ma dame.


Je lui passais mon téléphone et elle fit semblant de le porter à son oreille. Dès qu’on fut sortis de la salle et la porte refermée, ses épaules s’affaissèrent et elle me le rendit.


— Merci Élia, je ne sais pas pendant encore combien de temps j’aurais pu tenir.

— Vous m’avez demandée, je viens.

— Je viens de me rendre compte que je ne connais même pas ton nom de famille.

— Aubelin, Ma dame.


Je regardais autour de nous pour vérifier qu’il n’y avait personne. Heureusement pour moi, nous étions seules dans ce couloir.


— Élia Aubelin, ravie de vous rencontrer, la taquinais-je en lui tendant la main.

— Véra Stinley, enchantée, répondit-elle en serrant ma main avec un sourire.

— Une promenade dans les jardins ça vous va ?

— Avec plaisir Élia. Qu’est-ce que je ferais sans toi ?


Je lui tendis mon bras et elle enroula le sien autour du mien. On marcha silencieusement jusqu’aux jardins, où on fut accueilli par l’effluve des roses et autres fleurs. Véra lâcha alors mon bras et attrapa ma main dans la sienne.


— Suis-moi, je vais te montrer un endroit secret. Mais tu ne devras en parler à personne et surtout pas à Margot.


Mes doigts enroulés autour des siens, je la suivis pendant cinq minutes jusqu’à arriver devant un magnifique mur de fougères et de fleurs. Elle s’assura que personne ne nous observait avant de déplacer les fougères, dévoilant une porte en bois dérobée. Elle l’ouvrit et m’invita à entrer. À l’intérieur, il faisait frais et j’y retrouvais les magnifiques fauteuils du bureau de l’Impératrice. Au centre, une table basse circulaire en bois et des petites bibliothèques. Plus j’observais les murs, plus j’avais l’impression d’être au cœur d’un arbre.


— Assis toi, je t’en prie, commença-t-elle.

— C’est chaleureux, commentais-je en m’asseyant.

— Merci. J’ai découvert cette cachette quand j’avais dix ans. Je l’ai aménagé et depuis je viens ici dès que j’ai besoin d’échapper au Conseil ou à Margot.

— Vous venez souvent ici ?

— Beaucoup moins depuis que tu es là.


Elle récupéra deux canettes et m’en tendit une. C’était du jus d’orange gazéifié. Elle s’installa ensuite sur le siège en face de moi.


— Pourquoi insistent-ils pour que vous vous mariez ? demandais-je spontanément.

— C’est une longue histoire, Élia, mais ce qu’ils veulent avant tout, c’est que j’ai un héritier. Cela assurerait la stabilité du Royaume.

— Mais vous, vous ne voulez pas, c’est ça ?

— En effet. Enfin je veux me marier mais pas avec l’un des prétendants du Conseil. Je veux pouvoir choisir mon partenaire. Je ne veux pas d’un mariage purement politique.

— Est-ce que c’était le cas de votre premier mariage ?

— Oui et ça c’est mal terminé.


En croisant son regard, j’aperçus ses yeux briller une fraction de seconde avant qu’elle ne le ferme pour les rouvrir aussi sec. Comprenant qu’elle ne voulait pas en parler, je me levais et me dirigeais vers l’une des bibliothèques.


— Le jour de sa disparition, repris-je, ma sœur venait de se fiancer. Ils étaient ensemble depuis près de trois ans et il avait enfin eu le courage de lui faire sa demande. Pendant plus d’une heure, je les regarder danser, rigoler et s’embrasser. Elle était vraiment heureuse, même si ça voulait dire qu’elle allait devoir la quitter la maison et me laisser seule avec maman. Ils ont été fiancer que pendant une heure. Les hommes du Duc sont arrivés par surprise et ils ont égorgé son petit ami, devant elle et… devant moi.

Rapidement, j’essuyais la larme qui coulait du coin de l’œil. Comme je tournais le dos à l’Impératrice, je l’entendis se lever et s’approcher de moi. Elle passa ses bras autour de ma taille et posa son menton sur mon épaule. Dans cette position, je me sentais ridiculement petite. Elle faisait près d’un mètre quatre-vingt et ses talons la grandissaient encore.


— Élia, souffla-t-elle à mon oreille.

— Peu importe ce qu’il s’est passé avec votre mari, ajoutais-je tout de même, je comprends parfaitement que vous n’ayez pas envie d’en parler. Je n’ai jamais dit à ma mère ce qu’il était vraiment arrivé à ma sœur. Je ne l’ai dit à personne même cinq mois plus tard et je n’arrive toujours pas à en parler.

— Alors, ne dis rien, mon ange. Tu te confieras quand tu voudras, quand ça fera moins mal.

— Vous vous seriez bien entendues toutes les deux, j’en suis persuadé, enchaînais-je en me tournant vers elle.

— Si elle est comme toi, j’en suis certaine, continua-t-elle en déplaçant une mèche de cheveux derrière mon oreille. D’ailleurs, tu pourrais me faire une description de ta sœur ? Pour les recherches.

— Elle est aussi grande que vous, les cheveux bruns, les yeux marrons. Elle me ressemble beaucoup. Le jour de son enlèvement, elle portait un short en jean et un débardeur. Il faisait chaud ce jour-là.

— J’en parlerais aux soldats chargés de la retrouver.


Elle sortit son téléphone de sa poche et regarda l’heure.


— On devrait rentrer avant que Margot ne s’inquiète et se doute de quelque chose.

— Je crois qu’elle se doute déjà de quelque chose, Véra. Ce matin…

— Ne t’inquiète pas pour ça, mon ange, d’accord ?


Plus elle se rapprochait de moi, plus je reculais, jusqu’à être accolée au mur. Quand mes épaules cognèrent au mur, mon cœur s’accéléra et je déglutis quand mon regard glissa dans son cou, sur ses lèvres puis dans ses yeux. Sa main gauche se posa contre le mur, juste à côté de ma tête et de son autre main, elle joua avec mes cheveux, frôlant mon visage de ses doigts avant de descendre dans mon cou.


— Véra… soufflais-je quand ses doigts glissèrent le long de mon bras.

— Ils doivent nous attendez pour manger, dépêchons-nous.


Elle m’embrassa sur le front, attrapa ma main dans la sienne et nous fit sortir de la cachette. En silence je là suivie jusqu’à l’antichambre où le repas était prêt et où Margot nous attendait de pied ferme. Plus je la côtoyais, plus je savais qu’elle ne m’aimait pas. J’étais sans doute trop proche de Véra pour elle.

Même si je savais désormais ce que Véra pouvait ressentir pour moi, je n’arrivais pas à m’y résoudre. J’étais surprise à chaque fois par ses attentions. Hier soir, ce matin et à l’instant. À chaque fois je restais totalement pétrifiée. En plus d’être une femme, comme moi, je ne la méritais pas. Personne ne pouvait être la hauteur d’une Impératrice. Personne hormis une Impératrice et surtout pas moi, une fille née dans la misère et la pauvreté, une simple demoiselle de chambre.

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