18 Décembre

2 minutes de lecture

Mon putain de crâne est une boîte noire. Indescriptible, illisible, incompréhensible. Une boîte vibrante par instants, une oscillation migraineuse, une distorsion de la réalité. Parfois, ce casse-tête devient puzzle. Un beau puzzle psychédélique, dans le désordre.
Attendre. Attendre est le maître mot de ma vie. Attendre... Impatience. Je déteste les files, les salles d'attente, les trajets avec arrêt tous les quart-d'heure. Attendre est une souffrance. Attendre, c'est être plus conscient de perdre, perdre plus vite, perdre lentement.
Je marche dans le froid glacial. Une heure, deux heures du matin ; je marche. La plante des pieds gelée. Le regard froid. Le crâne vide, lourd, pesant, lourd.
Et je ne pense à rien, à rien, à rien... Si. Je pense encore et encore, encore et encore. Le long des quais je me promène pour évaporer ces suffocantes idées, pour évaporer. Je chancelle, je bascule, je bute, étourdi. À deux pas du naufrage. En fait, qu'ai-je fait sinon tourner en rond ? En tournant en rond, sur soi-même, on ne voit rien d'autre que soi. N'est-ce pas ? Pas d'autre chose à l'horizon que cette force, cette faiblesse centripète. Une boîte noire, c'est fait pour rassurer ceux qui restent. Pourquoi en suis-je doté ? Me débarrasser de tout ce qui de près ou de loin se rapproche de moi. Puisque au final rien du tout ne se rapproche assez près. Pour me heurter. Qui sais ?
Longeant le quai, observant ses passants, examinant ses tractations, ses manigances, ses obscénités, ses divagations, ses transports, ses élans, ses ivrognes, ses putes, ses maquereaux, ses matelots, ses immigrés, ses rejets, ses déchets... Qu'importe s'ils m'emportaient par mers et par bateaux. Nourrir les poissons : voilà ma fonction.
J'avais déjà tout perdu. À quoi bon se relever pour retomber ? Se faire matraquer un peu plus longtemps ? Après tout... Silence.
Réveil. Sous un pont. Glacé jusqu'aux os.
Depuis je marche avec une seule idée en tête. Retrouver l'éclat de braise, effleurer la flamme. Et puis s'enrouler... tendrement... dans le sommeil...
Je parlais seul dans ma tête, toujours, dans ma tête, jamais ça ne cessait, jamais. Jamais !
Est-ce que... ? Ce serait-elle ? Ma vue me joue des tours ? Suis-je éveillé, est-ce le froid d'une soirée hivernale ? Réelle ? Là-bas au bord de l'eau noire, elle caresse l'eau du dos de sa main... Je cours en bas des escaliers. Je cours sur la berge. Ce sont ses cheveux. C'est sa silhouette. Allez ! Que puis-je y perdre ? Écoute ce corps, écoute ce battement frénétique, n'écoute pas ces pensées qui interprètent ces messages du cœur comme du danger. Écoute ces vibrations qui font bouillir ta poitrine ! Ma main se pose délicatement telle une plume sur son épaule.
Je bredouille :
Elle... Êtes... Es-tu la femme ? Si, du bar, on est parti en courant, enfin tu...

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Vous aimez lire Hel ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0