19 Juillet

2 minutes de lecture

J'ai vu l'autre nuit, une fille plantée comme une stalagmite. Elle ne ressemblait pas à celle que j'attendais... mais il y a quelque chose dans cette personne qui ne m'a pas fait immédiatement détourner le regard... ça doit être son aura. Il y a des gens comme ça qui m'intriguent par leur apparence ou leur façon de se distinguer. J'ignore s'il y avait quelque chose de particulier dans ce regard, en fait avec la nuit j'ai surtout dessiné ses traits, composé avec ce que je voyais. J'ignore ce qu'elle faisait, peut-être à regarder son portable ? J'essaye pour certaines personnes d'imaginer ce qu'elles pensent, ce qu'elles réfléchissent à l'instant, si leur esprit est ailleurs. Plusieurs autres l'ont zieuté, donc elle ne tapotait pas mais regardait bien quelque chose ou quelqu'un. Mais ai-je déjà vu ce visage ? Ces cheveux ?
Ce genre de moment frustrant où l'on est à côté de quelqu'un mais impossible de se souvenir qui il est, dans ce cas je préfère ne pas demander, si je ne m'en souviens plus c'est sûrement un mauvais souvenir. À moins que ma mémoire soit défaillante ? Je dois confondre.
Comme beaucoup à cette heure, ce devait être une âme errante. Qui s'échappe aussitôt qu'on s'en approche. Ou qui se laisse tomber à sangloter et prier l'âme charitable qui s'inquiète de son état. Ça m'est déjà arrivé au détour d'une ruelle, j'ai flippé, des gars autour ricanaient, l'un armé d'un fouet, j'ai flippé... j'ai couru ils m'ont insulté... j'ai compris après coup que c'était une prostituée qui fuyait. Depuis j'ai encore plus de mal de m'approcher des inconnues ; en plus, j'en ai quitté quelques unes, elles étaient trop romantiques, oui, de toute façon la plupart du temps je faisais tout foirer. Et elle est partie en courant, j'ai observé tout autour, d'autres intrigués la suivaient de l’œil, soudain – comme ça – j'ai voulu la rattraper. Le serveur m'a présenté sa carte sous le nez. Oui, je n'avais toujours rien commandé. Je me suis rassis sagement et j'ai dit le premier truc à boire qui m'attirait. Évidement le cocktail le plus cher, je l'ai bu amèrement. J'avais un arrière goût dans la gorge comme si la boisson enivrante me brûlait. Au matin quand le balayeur du parc m'a réveillé, j'ai compris que la brûlure me venait du crâne. J'avais raté... cramé ma chance... quelle chance ? Non, au fond j'avais peur, de la regretter, qu'elle plonge dans la Seine.
Une fois aux quais, mes yeux se sont appesantis sur la surface, dans le vague, lieu incroyablement silencieux. Je ne saurais pas comment l'expliquer mais je savais que cette femme était un coup dans ma vie, un coup qui brusque, un coup qui ancre, comment le dire autrement ? Quelque chose, un lien entre elle et moi ? Une sensation... qu'elle ne fut pas réelle... me triturait... Elle n'est pas sous l'eau, j'ai la conviction qu'elle est à marcher dans son espace bien à elle, elle poursuit de son côté. Sûr et certain, une intuition, je le sens. D'un naturel fort sceptique, j'en suis convaincu. Elle vit et j'aimerais la revoir. Juste sentir sa présence.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Vous aimez lire Hel ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0