17 Juillet

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Je suis venue. J’étais là bien avant que la nuit tombe. Pas là exactement, juste un peu plus loin. Je voulais faire ce pas, venir, venir vraiment, d’ailleurs je suis venue, au moins jusqu’au trottoir d’en face. J’ai fixé longtemps, les lumières, les tables, le ballet des serveurs, les chaises se remplir, les traits des gens, les verres qui se vidaient, se remplissaient, j’avais le tournis déjà. Après j’ai aperçu ton dos, ta nuque baissée. C’est marrant tu avances comme je regarde, avec quelque chose qui ploie, qui pèse. Je t’ai regardé t’assoir, regarder autour avec une hésitation, j’ai regardé le temps passer aussi, te regarder fixer ma chaise vide. J’ai compté jusqu’à trois. Je me suis dit à trois vraiment j’y vais, vrai de vrai, sans réfléchir ni respirer. J’aurai dû avancer les yeux fermés, ne pas faire attention plus que ça aux gens de la terrasse, aux corps, aux yeux, aux bruits. Ça parait facile quand tu les regardes, agréable, ils ont l’air bien, c’est anodin tout ça, rien de rien, la douceur d’un soir trop chaud qui trinque. J’ai pensé comment j’allais me sentir là, les tables coude à coude, les conversations toutes entortillées. Muette, c’est ça. Enterrée.
Les pas qu’on ne fait pas, c’est comme des silences qui hantent, qu’on ne saura jamais de quoi c’était fait, dedans et au cœur.
J’ai compté jusqu’à trois, et je suis partie en courant. J’ai couru comme si le silence me poursuivait, la terrasse s’est brisée en tas de petits morceaux, je courais et c’était comme si chaque morceau se fichait dans mes jambes, des piqûres, des fléchettes, aussi dans la poitrine, la gorge, des brûlures. Ça coulait dedans, descendait du long. J’ai bu ma honte, mon regret, j’ai accepté. On peut courir loin on finit toujours par se rejoindre. J’ai arrêté de courir.
Les quais devant, la nuit, l’eau et des lumières de lampadaires comme des feux de lune. Des bulles blanches et aucun regard. Aucun bruit qu’un petit clapotis. J’ai laissé pendre mes jambes au-dessus de l’eau. Un homme est passé, en marcel et claquettes, il a dit que c’était pas un endroit pour rester seule, aussi qu’il faisait drôlement chaud, il a jeté un mégot rougeoyant dans l’eau a rallumé une autre cigarette, dit bonsoir et est reparti. J’ai pensé que c’était pas un endroit pour jeter ses mégots, et d’autres trucs, que j’avais envie aussi de le pousser fort dedans, comme pour rien, pour tout, faut bien trouver des coupables à quelque chose. Mais je n’ai rien dit, rien fait.
C’est ici qu’on aurait dû venir. Ici, je n’aurai pas reculé.
Il doit y avoir des temps et des espaces pour les mots, il y en a forcément.
En repartant, je suis passée devant le bar déserté. Les chaises, les tables, en piles cadenassées. Un peu plus de silence et de nuit.

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Au niveau du fond, je reste sur des thèmes qui me sont chers : le rapport aux autres, la famille, la crise existentielle, et tout le tralala qui va avec.
Au niveau de la forme, par contre, j'avais envie de m'amuser un peu plus que sur les deux romans précédents. Il y aura une course poursuite en scooter à poil sur l'autoroute, des aliens, un chien borgne et incontinent, des kidnappings, et pas mal de péripéties rocambolesques.

NB : je suis preneur de toute remarque / commentaire / annotation, même s'il se peut que je ne sois pas rapide pour y répondre ou corriger.
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