10 Juillet

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Je pourrais prendre un verre m’asseoir au comptoir et faire comme si le match ou les infos m'intéressaient, fumer une clope autour d'un verre d'apéro, me faire resservir jusqu'à l'ivresse, peut-être au coma... Mimer la lecture d'un quelconque journal, de la gazette du coin, zapper de mines en cuisses. La nuit est tombée, en face de moi la place qui t'étais réservée, je savais que tu ne viendrais pas. Les expressions, les gestes et les silences sont incompris ou ignorés, on sous-estime leur importance dans la vie contemporaine, on parle, on parle, on bruite, on casse, jamais on se tait.

Au détour d'une ruelle j'ai attendu toute la nuit sur le perron d'une maison illuminée et qui ne désemplie jamais, passage d'une foule d'encapuchonnés, transitions... on me prend même pour un mendiant, un défait, un sans-le-sou, je récolte quelques pièces. Je les laisse et je vais marcher dans un jardin communal, rien d'exceptionnel, juste un peu de verdure, pas sauvageonne pour un penny. Je m'assieds sur un banc, incroyablement las, il fait incroyablement chaud, je ne me sens pas, je sens l'humidité qui colle à la peau, l'étouffante atmosphère de ce parc plastifié, je m'allonge, c'est désagréable comme position, mais qu'importe j'ai atrocement mal aux cervicales et au crâne. Je crois qu'on m'a même posé une couverture pouilleuse pendant le peu de sommeil qui a réussi à me matraquer. Je pue, le soleil est levé, les vieilles baladent leur caniche, bouche pâteuse, veux pas parler. On me demande où est la rue …, je réponds que je ne sais pas de la tête. Une autre personne se rapproche, je feins d'être endormi.

Je marche. Dans l'avenue principale. Je ne regarde personne. Je regarde mes pas. Je ressasse... Qu'aurais-je pu lui dire ? J'aurais préféré lui parler face-à-face, mais qu'est-ce que j'aurais inventé pour converser ? Je suis nul en dialogue, qu'aurais-je dit ? Je dois broder, réfléchir, remanier, et encore jamais je ne suis sûr de me trahir par mes mots. Dans une dispute que voulez-vous que je dise ? Je suis un taiseux. De toute urgence on continue dans un flot qui me noie, moi. Que veux-tu je dois être pénible à écouter, je cherche mes mots, je cherche, je cherche on ne sait quoi, mais je ne trouve pas, alors j'abrège et d'être mal compris me frustre. Face-à-face, je ne peux plus rien dire, on me prendrait pour un fou, ou au mieux un maniaque. Peut-être mais c'est plus fort que moi. La malédiction fut le Verbe, ce bonus à l'intelligence. Je tourne en rond, le temps me fuit, ma personne se vide de tout corps et esprit.

Où suis-je ? Je me suis encore perdu...

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Au niveau du fond, je reste sur des thèmes qui me sont chers : le rapport aux autres, la famille, la crise existentielle, et tout le tralala qui va avec.
Au niveau de la forme, par contre, j'avais envie de m'amuser un peu plus que sur les deux romans précédents. Il y aura une course poursuite en scooter à poil sur l'autoroute, des aliens, un chien borgne et incontinent, des kidnappings, et pas mal de péripéties rocambolesques.

NB : je suis preneur de toute remarque / commentaire / annotation, même s'il se peut que je ne sois pas rapide pour y répondre ou corriger.
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