Chapitre 8 ~ Désillusion

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                                          Repère des rebelles  


        Elle n'avait plus rien d'humain. Son regard était perdu dans l'obscurité de ses yeux, elle paraissait si fragil que Gregor n'osait pas l'effleurer. Son nom, il ne le connaissait pas. Qui elle était, elle ne lui avait encore pas dit. Ce qu'elle faisait entre ses murs, il n'en savait guère. Elle se présentait juste là, devant lui, faible et sans expression. Elle n'avait pas peur, elle n'avait pas froid non plus. Le cachot semblait l'avoir endurcit autant qu'il avait dû lui être familier. 

        Gregor pouvait clairement percevoir ce qu'était sa prison désormais. Il ne quittait pas des yeux la femme qui se trouvait devant lui, par peur ou par méfiance, il ne s'en approchait pas. Il la dévisageait avec pitié et avec mépris, elle le dégoûtait autant qu'elle le repoussait. Se retrouver en ces lieux avec une femme aussi laide et mal propre ne l'enchantait pas. 


      Il appuya son dos contre le mur et fit face à cette femme si mystérieuse qui venait de prononcer son nom.


  •  Gregor De Casteros ... continua difficilement la femme. Vous ... ici ...


  •  Comment connaissez-vous mon nom, laideronne? 


  •  Mes yeux ce sont éteint mais mon coeur et mon esprit voient pour eux, Gregor ... Annonça-t-elle d'une voix aussi sèche que caverneuse. 


  •  Qui êtes-vous? Et cessez de m'appeler par mon nom je vous prie! Gronda le jeune homme méfiant.


      La femme aussi faible que maigre s'avança sur ses mains et plaça son visage encore plus près de celui de Gregor, laissant ce-dernier mal à l'aise et déstabilisé. 


  •  Je viens de là-haut, avoua-t-elle en levant son visage en direction du plafond. 


        Gregor regarda furtivement le plafond et reposa aussitôt ses yeux sur la pauvre femme. Elle se trouvait désormais en appuis sur ses mains et sur ses genoux, le visage figé vers le ciel. Elle s'immobilisa.


  •  Vous n'êtes qu'une vieille folle! Ce cachot vous a ramolit le cervelet et toute cette moisissure vous a rongé l'esprit! Gronda-t-il d'une voix puissante.


  •  Ssshhh ... ordonna la femme tout en plaçant son index sur les lèvres de Gregor. Ils vont vous entendre!


      Le jeune homme resta muet et étonné par son geste si inattendu. Il ne savait dire de qui elle voulait parler et qui pourraient bien les entendre, mais comme un enfant à sa mère, il se tu immédiatement. Elle garda un moment son doigt sur sa bouche et le fixa de ses yeux grisâtres. Sa peau était quasiment translucide et semblait ne pas avoir vu les rayons du soleil depuis plusieurs mois, voir plusieurs années. Ses ongles étaient bien trop longs et crochus et sa peau demeurait fripée par l'humidité débordante de ce sous-sol. En la regardant, il ne savait dire si elle était jeune ou vieille, mais sa dénutrition sévère et remarquable avait eu raison de ce cachot. 


         Elle enleva son index et se mît à genoux, nez à nez avec Gregor. Le jeune homme ne la quitta pas du regard et remarqua que mis à part son pauvre chemisier, l'aveugle ne portait seulement qu'un bas qui lui cachait tout juste ses parties intimes. 


  •  Vous courrait un grand danger Gregor, mais il est encore temps pour vous de corrompre votre sort, poursuivit-elle enfin. 


  •  Foutaise! Comment me mettrai-je à croire en les prédictions d'une aveugle sans cervelle?


  •  Car je connais ton nom, Gregor ... que tu le veuilles ou non.


  •  Vous me devez le respect! Je suis Gregor De Casteros et personne ici ne me tutoie! Gronda une fois de plus le jeune garçon. Ce n'est tout de même pas compliqué! Puis mêlez-vous de ce qui vous regarde! Enfin ... de ce qui vous concerne je voulais dire, lâcha-il maladroitement.


  •  Il faut que tu partes au plus vite, ce sera bientôt trop tard! Ne perd pas ton temps à philosopher et vas! Continua-t-elle comme si elle n'entendait plus les gromellements de Gregor. 


  •  Comment voulez-vous que je parte de ces quatre murs, vieille femme? Puis ... Comment me connaissez-vous si bien? S'énerva-t-il. 


  •  Je te l'ai dis ... mon coeur et mon âme voient pour moi. 


        Elle avança son visage un peu plus encore, à tel point que Gregor pouvait désormais ressentir son haleine chaude contre sa bouche.


  •  Je te vois, je te suis, je te sent Gregor. Toi tu ne me vois pas mais moi je te vois, continua-t-elle en appuyant la paume de sa main contre la poitrine musclé du jeune garçon. Je suis là, tout prêt de toi, sans cesse. Je suis ta conscience, je suis ton esprit, je suis la femme qui sommeil en toi. Je suis ton "toi" intérieur. Je ne viens de nul part, seulement de là, continua-t-elle en pointant du doigt le coeur de Gregor. Je n'existe pas, je ne suis personne au yeux du monde, je suis seulement quelqu'un pour toi, Gregor. Alors fais moi confiance. Écoutes ma voix et laisses toi guider. 


  •  C'est ... insensé ... parvenna-t-il à dire difficilement à tel point qu'elle l'avait envoûté. 


  •  La sixième pierre en partant du sol, celle où il n'y a plus de mousses. Ôtes là du mur et extirpes les autres en suivant. Tu arriveras directement dans la prairie qui borde la grotte. Fais vite, le temps est précieux ... ordonna la femme.


      Gregor s'avança lentement vers le mur du font qui refermait le cachot et constata qu'une minuscule pierre était dévêtue de mousse végétale. Il la poussa délicatement et découvrir avec stupéfaction, qu'elle s'enfonçait sous la pression de son doigt. 

Il se tourna rapidement en direction de l'aveugle, mais à peine eut-il le temps de réaliser qu'elle avait dit vrai, qu'un groupe de rebelle entra brusquement dans son cachot, sans avertir. Les hommes le soulevèrent par-dessous les aisselles et le relevèrent en un seul mouvement. 


  •  Aller, viens là salopard! On va t'faire saigner! Grommela un des rebelles à longue barbe. 


       Face à cette menace, Gregor se débattu tant bien que mal mais rien n'y faisait, ses pieds ne touchaient déjà plus terre. Alors que les hommes le menaient en dehors de son cachot, le jeune garçon jetta un dernier coup d'oeil à sa demeure mais remarqua que la femme aveugle avait disparut. Il cligna des yeux à deux reprises pour reprendre ses esprits mais constata avec effroi qu'elle n'était plus sur les lieux. L'avait-elle vraiment était ou était-elle belle et bien sa conscience comme elle le lui avait suggéré? Gregor n'en croya pas ses yeux et oublia presque son arrestation dans l'immédiat.


        Avait-il rêvé ou était-ce toute cette importante moisissure qui venait de le faire halluciner? Les rebelles lui auraient-ils injecter une substance désinhibitrice sans qu'il ne s'en aperçoive réellement? 

        Les pensées de Gregor se brouillèrent, un tas de questions tourbillonèrent dans son esprit. 


                                                           ~


         De retour dans la pièce où il avait fait sa première arrivée, Gregor reconnu immédiatement les lieux et les crânes humains exposés en guise de trophés. Le chef n'avait pas bougé et regardait vicieusement le jeune homme en train de se faire sauvagement ligoter à un des poteaux en bois de la pièce. 

         À première vue, le jeune garçon n'avait aucune connaissance de ce qui pouvait à ce point enrager les rebelles, mais quand il aperçut le chef avancer lentement en sa direction, il comprit qu'il ne tarderait pas à le savoir.


  •  Ragnar ... devrais-je dire, Gregor! Postillona le chef à son égard.


  •  Qu ... comment? Répondit le jeune garçon déstabilisé.


  •  Te fout pas de nous! Expliques nous plutôt ce que tu faisais avec ca! S'écria-t-il en brandissant au-dessus de sa tête, la lettre destinée au Baron.


         Les yeux de Gregor s'écarquillèrent et son sang se glaça. Il avala douloureusement une gorgée de salive et tenta de s'expliquer en vain.


  •  Je n'ai pas connaissance de ... Puis où l'avez-vous trouvé? Je ne sais pas si ....


       Ses explications furent interrompus par un douloureux coup de point qui heurta sa maxillaire inférieure sans attendre. Les mains liées, il ne pût se protéger et voir arriver la violente frappe. Il se contenta de pencher la tête et d'ouvrir sa bouche afin d'évacuer les premières perles de sangs.


  •  Tu n'es qu'un vaurien! Qu'un sale traître! Où allais-tu comme ca? Hurle encore plus fort le chef.


        Mais Gregor resta muet et leva à peine les sourcils afin d'affronter le regard de son assaillant. Le chef lui affliga un second coup dans le nez cette fois-ci, ce qui l'obligea aussitôt à relever sa tête. 


  •  Où allais-tu?! S'égosilla une fois de plus le chef.


  •  À l'est ... donner ... cette lettre au ... Baron ... répondit difficilement Gregor envahit par la douleur. 


  •  Et que comporte cette putain de lettre? 


  •  ... Je n'en sais rien, répondit-il en crachant un caillot de sang aux pieds du chef des rebelles. 


      L'homme provoqué ne perdit pas de temps et pointa un poignard tranchant sous la gorge de Gregor.


  •  Je te préviens morveux! Ta vie ne tient qu'au contenu de cette lettre! Prie pour qu'elle soit en ta faveur!


        Le chef déchira le papier de l'enveloppe et déplia sauvagement la lettre. 

       Il croisa une dernière fois le regard ensanglanté du jeune homme prit au piège, et commenca aussitôt la lecture à voix haute :


" Baron Ravtens,


Je vous envoie cette missive suite à notre dernier entretient dans votre domaine. En effet, en vue de la menace qui plane sur la Terre d'Oldrienne, je reviens vers vous, vous qui n'êtes que de bons conseils et de tant de loyauté. Depuis la nuit des temps nous partageons ces mêmes valeurs qui nous animent et cette volonté incontournable de faire régner l'ordre au sein de notre pays.

Cependant, cet idéale n'est pas le cas pour grand nombre de peuples et de créatures, et vous en avez connaissance autant que moi. C'est pour cela que c'est tout naturellement que je vous confis mes pensées et mes projets.

Voilà plusieurs nuits que j'envoie des groupes d'éclaireurs au quatre coins d'Oldrienne et tous reviennent avec la même nouvelle inquiétante : des peuples et des créatures préparent un retournement envers Gardinorff. Certain peuple s'allies afin de renforcer leurs troupes, d'autres préfèrent attaquer seul. Gardinorff tout entier est en réel danger ainsi que le pays. 

C'est pour cela que je vous demande de prendre le plus sérieusement possible cette lettre extrêmement confidentielle. Nous devons nous allier davantage et faire face à ce terrible assaut qui se prépare dans notre dos. Mages, créatures alliés, druides, soldats, sorcelleurs, nains, ... Nous devons brandir l'épée et protéger notre terre si noble. Si le sang doit couler ce ne sera pas celui de notre peuple mais le leur!

Dès le prochain couché du soleil, j'enverrai mes gardes annoncer cette même nouvelle aux peuple du sud. En attendant veuillez bien me rejoindre très prochainement afin que nous mettons carte sur table et convenons d'un plan de bataille au plus vite. La menace est bien présente et le danger court vers nous. Le temps presse! Ne le gaspillons pas.


Dans l'attente de vous voir très prochainement à Gardinorff.

Toutes mes plus sincères amitiers.


Gauvin De Casteros "



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