Chapitre 7 ~ La Reine Blanche

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                                              Palais des Aedros  



       Un parfum délicat flottait entre les pavés tandis qu'Erya et Alwin se faisaient escorter jusqu'à la demeure de la femme blanche. Le palais dégageait une pureté telle que les deux amis se sentaient étonnement détendus. Des jardins fleuris ornaient le pied des hautes tours en pierre et un groupe de musicien jouaient de leur traverso sous une tonnelle en fer forgé. La mélodie enivrante et délicate raisonnait entre les murs du royaume.


      Quatre gardes ouvraient la marche aux deux amis. Tous avaient les cheveux cendrés, soigneusement noués entre leurs omoplates, et leur armure en écaille noire, affinait leur silhouette autant qu'elle la renforçait. Leurs oreilles poitues dépassaient de leur coiffure, ce qui demeurait peu banal aux yeux des deux amis. Erya se sentait minuscule face à cette immensité et tout cette beauté que pouvait dégager le palais. Ses yeux se portaient dans tous les sens. Ils se posaient tantôt sur des enfants faisant éclabousser l'eau d'une cascade, tantôt pour des femmes de son âge, qui se tressaient les cheveux en riant au détour d'un balcon. Elle ne voulait rien manquer de ces images magiques qui étaient en contraste avec la misérable vie qu'elle avait pu avoir jusqu'à présent. Ici tout paraissait bien plus différent. Les gens sourriaient et les enfants étaient dodus, les rues étaient divinement bien entretenues et pas un cheval n'avait les sabots souillés. Le soleil éclatant recouvrait la cité d'un voil doré et réchauffait la peau humide d'Erya, ce qui lui paraissait on ne peut plus agréable. Tout n'était que pureté et légèreté. Les tours pointues du royaume montaient vers le ciel comme des aiguilles et les rayons qui se projettaient à travers les rosaces en pierre, deguisaient les pavés.


          Des rues plus loins, des escaliers descendus puis montés, des portes ouvertes et des couloirs parcourus, les gardes s'arrêtèrent enfin devant une imposante salle, au préalablement ouverte pour accueillir Erya et Alwin.

Des talons percèrent le silence paisant et une femme assez grande et élancée s'approcha du groupe. 


       Elle fut d'une élégance rare qui intimida aussitôt Erya. Ses cheveux étaient semblables à ses gardes, grisâtre et à la différence, tressés atteignant le bas de son dos. Une plaque gravée et argentée couronnait le devant de son crâne et dessinait le contour de son visage si fin. Son regard restait sombre, perçant et ne laissait transparaître aucune émotion. 

       Les gardes laissèrent en paix les deux amis et refermèrent les portes derrière eux, laissant place à la reine blanche. 


       Les trois occupants de la salle s'épièrent un moment sans dire un mot, mais Alwin décida soudainement de rompre le silence :


  •  Nous vous remercions pour votre hospitalité.


         La reine surprise par une telle assurance, se retourna en sa direction et ne le quitta pas du regard comme si elle attendait une suite à sa phrase. Alwin et Erya échangèrent un regard furtif et le jeune homme poursuivit :


  •  Ma soeur et moi-même venons tout droit de Gardinorff. Veuillez nous excusez d'un tel accoutrement, notre chasse a prit une tournure imprévue, finit-il par expliquer en se frottant les cuisses maladroitement.


        Mais la femme blanche resta immobile et ne répondit pas à ses explications. Seule la voix du jeune Alwin raisonnait à travers les parois froides de la salle.


  •  Nous vous dérangeons très certainement, s'impentienta-t-il en prennant Erya par la main. Veuillez nous excuser.

Aller viens, finit-il par dire à son amie tout en tournant les talons. 


         Mais alors qu'ils s'apprêtaient à reprendre leur chemin, la reine rejoignit son trône et fit enfin entendre sa voix :


  •  Erya Helseth et Alwin Sark ...


  •  Comment savez-vous cela? Interpella le jeune homme resté sur ses gardes.


       La reine prit place sur son trône et fit jouer ses doigts sur les deux accoudoirs. 


  •  Nous sommes un peuple elfique et nous détenons le pouvoir de vérité. Ceci vous est à ce point inconnu?


          Erya et Alwin ne surent quoi dire. Ils ne connaissaient rien sur ce peuple et ce royaume. Jamais ils n'avaient pourcourut autant de contrées éloignées de leur village. Ils se rendirent alors compte qu'au final la Terre d'Oldrienne leur était bien inconnue et réservait une grande part de mystère. 

        Ce peuple était-il bon ou mauvais? Il était trop tôt pour donner une réponse à cette question mais il fallait tout de même qu'ils restent sur leur garde, à présent que leur véritable identité de pauvre paysan avait été dévoilé. 


  •  Qui êtes-vous? Questionna soudainement Erya.


  •  Nous sommes le peuple des Aedros. Nous vivons pacifiquement et nous nous montrons ni alliés, ni ennemies à Gardinorff. Nous sommes seulement un peuple libre et autonome. 


  •  Ce qui ne sont pas alliés à Gardinorff sont leurs ennemies! Coupa Alwin. 


  •  Alwin ... Comment osez-vous clamer une telle chose, vous qui n'avez connu que la poussière et les hivers rudes? Vous ne connaissez rien de Gardinorff ... Conclua-t-elle.


  •  Mais ceux qui n'acceptent pas les échanges avec la capitale, sont considérés comme ennemies aux yeux du Roi. Comment expliquez-vous votre cas alors? Continua naïvement Erya. 


  •  Je connais personnellement Gauvin De Casteros. Il y a fort longtemps nous avons combattus ensemble sur les Terres d'Oldrienne mais lors de sa dernière victoire face au peuple de Vinteros, je n'étais pas présente. Une importante épidémie s'était répandue dans mes écuries, neutralisant tous nos Bjørn et rendant le combat infaisable. En revanche, Gauvin m'accorda la liberté et fit une exception pour mon peuple et mon royaume en guise de remerciement pour tous ce renfort que nous lui avions apporté. 


  •  Qu'appellez- vous les ... Bjørn? Demanda timidement Erya.


  •  À Gardinorff ils détiennent des Tracos qui leurs sont d'un soutient précieux lors de leurs batailles. Ici nous avons des Bjørn, des ours polaires venu des terres du nord que nous avons également domestiqué. Je vous montre? Proposa la reine à la plus grande surprise d'Erya.


        La jeune fille hocha aussitôt la tête et fut ravie d'une telle proposition. Quant à Alwin il se montra méfiant et mué. Il préférait rester en retrait et veiller de loin sur sa protéger. 

        Les deux filles quittèrent la salle du trône, suivit de très près par Alwin qui ne se montrait pas plus enthousiaste que cela face à cette idée. Le point serré, il les suiva ne quittant pas la reine du regard. 


                                                              ~


         Des grognements féroces résonnaient derrière les grilles fermées à double tour. Des Bjørn de toutes tailles étaient piégés dans les grandes cages des écuries, certains se reposaient à même le sol, d'autres rétorquaient au passage de la reine et de ses deux accompagnants. Mais au loin une des créatures était en libertée et naviguait entre les cages en toute sérénité. La bête était beaucoup plus robuste que les autres et son poil paraissait plus touffu et plus vieillit. 


  •  Je vous présente Röt, mon Bjørn, lança la reine blanche en caressant le dessus du crâne de la créature polaire. 


      La bête leva la tête en direction des deux amis et son regard glaca le sang d'Erya à première vue. La façon de plonger ses yeux noirs dans ceux de la jeune fille paraissait humain. Il ne lui manquait plus que la parole et le Bjørn n'aurait quasiment plus grand chose d'animal. Une de ses oreilles avait été déchiré et ses griffes imposantes impressionèrent Erya et Alwin. La créature se montrait très calme et se déplaçait silencieusement. On pouvait remarquer qu'elle avait été domestiqué et qu'elle avait dû être choisit pour sa robustesse et son équilibre psychique. Elle faisait une monture parfaite pour la reine et entre les deux êtres, un lien fusionnel et pationnel demeurait. Cela se voyait dans cette façon qu'ils avaient de se regarder. Il la protegeait comme les Tracos protégeaient leur maître et à cette idée, les yeux d'Erya se mirent à briller.


  •  Röt lit dans mes pensées et sent ma présence à près de trois-cent lieues. Nous sommes très proche et nous nous connaissons depuis toujours. Il a grandit à mes côtés et vieillira à mes côtés. On dit que leur espérance de vie avoisine les cent ans, présenta fièrement la Reine. 


  •  Ce doit être merveilleux d'avoir une telle créature à ses côtés. Mais comment est-ce possible qu'il parvienne à lire à travers vos pensées? Questionna Erya toujours émerveillée. 


  •  ... Et comment parvennez-vous à lire à travers les nôtres par la même occasion? Coupa Alwin, resté jusqu'à présent silencieux. 


  •  Nous n'avons pas par habitude de raconter notre secret aux voyageurs comme vous mais je vais faire une exception. Je vois au font de vous que vous êtes de bonnes personnes, avoua la femme blanche en s'avancant vers les deux amis. Suivez-moi.


       Ils quittèrent l'écurie, laissant les Bjørn bruyants derrière eux. Les deux amis suivaient désormais la reine aveuglément sans connaître ce qu'ils allaient découvrir au bout de leur chemin. Ils quittèrent les rues agitées du royaume pour plonger dans des galeries souterraines très peu éclairées. Sous terre l'air était humide et les quelques flambeaux placés ca et là n'aidaient pas plus les jeunes gens à y voir claire. Ce passage paraissait secret et emprunté par très peu d'habitants du palais. Il n'était pas si bien entretenu et l'eau gouttait du plafond. Mais après quelques minutes de marche, les deux amis furent surprit par le bruit incessant d'une cascade qui bourdonnait au loin. Plus le groupe pénétrait dans les souterrains, plus l'agitation de la cascade pouvait se faire entrendre. 


         Mais la reine s'arrêta enfin net et laissa Erya et Alwin découvrir le spectacle. Les voilà arrivés dans une grotte immense au plafont infiniment haut. Une gigantesque cascade semblait venir tout droit du ciel et se jettait dans les profondeurs de la terre, éclaboussant tous les rochers qui se trouvaient à sa base. L'eau était pétillante et degageait un mélange de vert et de bleu intense. Elle scintillait de mille feux et paraissait presque irréelle. 

       Erya garda un moment sa bouche ouverte, les yeux rivés vers le ciel, avant de laisser échapper un "Oh" de stupéfaction.


  •  Voici la fontaine sacrée de notre peuple, autrement dit Helling Foss dans notre langue, lança la reine blanche. Elle est gardée par les Dieux et nous offre le pouvoir de vérité. Nous lui devons notre plus grand respect et toutes les cinq lunes, nous lui apportons des offrandes. Son eau est pure et magique. Tout Hommes de notre peuple s'y fait baptiser dès ses trois premières années de vie et de ce fait reçoit la divinité éternelle. Seuls les elfs sont sensible à cet effet et comme vous aurez pu l'imaginer, ce lieu reste bien garder.


  •  C'est pour cela que votre royaume reste en permanent ensoleillement? Demanda Alwin tout en s'agenouillant au bord de l'eau.


  •  Les Dieux nous protège de toutes mauvaises choses, ils veillent sur nous et nous offre tous ceux qu'ils peuvent avoir de bons. Tant que cette source coulera, notre royaume rayonnera et restera fort. Elle est notre mère, notre pouvoir, sans elle nous ne serons rien, conclut-elle le regard dans le vide. 


       Alwin en profita pour capter le regard d'Erya et essayer de percevoir son font de pensé. Mais la jeune femme ne quittait pas les yeux du ciel, émerveillée par un tel phénomène. 

       Alors Alwin tenta une autre approche auprès de la reine.


  •  Pensez-vous que... Nous pourrions passer la nuit au sein de votre royaume? Nous reprendrons notre chemin dès l'aube et ...


  •  Mes gardes vous montrerons votre couche, bien entendu les femmes et les hommes vivent séparément, la coupa-il. Vous logerez dans les tours du Nord et Erya viendra avec moi. 


      Le regard de la reine resta sans expression et se glaca d'avantage. Erya plongea soudainement son regard dans celui de son ami bien qu'Alwin resta un moment mué à l'annonce de cette nouvelle. Il ne pouvait pas laisser Erya seule dans les mains d'une inconnue qu'il ne connaissait pas. Ses intentions pouvaient être néfastes et s'il lui arrivait du mal il s'en voudrait toute sa vie. Cette nouvelle ne l'enchantait guère. Mais il préférait passer la nuit entre les murs du royaume plutôt qu'à travers la nature sauvage et imprévisible. 


       Erya attendait une confirmation de la part de son ami, mais Alwin connaissait la jeune fille et voyait qu'elle n'était pas à l'aise face à ce choix. Il ressentait sa peur mais il ne pouvait rien y faire. Les dents serrées et les sourcils froncés, il se retourna vers la reine et accepta son pacte.


       Ils ressortirent de la grotte puis des souterrains et arrivèrent enfin à la lumière du jour. Des gardes se ruèrent immédiatement aux pieds de la reine et attendirent ses ordres.


  •  Montrez-lui sa couche et donnez lui d'autres linges, ordonna la femme blanche en désignant du doigt Alwin.


        Un groupe d'hommes bien battits entourèrent le jeune garçon et le mena sans attendre vers le Nord du royaume. Erya s'avança pour dire un aurevoir à son ami mais la reine l'en empêcha en la retenant par les épaules. Alwin prit au dépourvu envoya un regard foudroyant à la reine, la menaçant de part la pensée espérant qu'elle réussisse à lire ce qu'il avait au font de lui. Le jeune homme ne pouvait plus retourner sur ses pas, il était trop tard. Le groupe de gardes le mena déjà loin des femmes en dépit de sa volonté.


       Des larmes commencèrent à ruisseler le long des joues de la jeune Erya. Elle ne s'attendait pas à une si brutale séparation, elle ne savait pas quand est-ce qu'elle allait pouvoir serrer Alwin dans ses bras. 



                                                                *

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