Chapitre 6 ~ Nouveau départ

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                                          Bois de Gardinorff  



  •  Tiens, il faut que tu manges, ordonna Alwin en tendant un reste de carcasse cuite à Erya.


        Elle le saisit sans attendre et prit le temps avant de le mettre en bouche. Songeuse, elle regardait son ami qui s'affairait à entretenir le feu. Ses cheveux longs retombaient devant ses yeux quand il se penchait auprès du flammes et Erya appréciait ce rapport si protecteur et paternel qu'il avait à son égard. Elle ne se serait jamais doutée un seul instant qu'il l'aurait suivit aussi facilement. À vrai dire Alwin était un homme de la terre, ses racines étaient au village. Il avait été élevé par sa grand-mère mais cette-dernière trouva la mort lors de l'hiver dernier. Il s'amusait à dire qu'Erya était la soeur dont il avait toujours rêvé et malgré ces quelques années de différences, pas un jour passait sans qu'il ne veille sur elle. 


       La jeune fille connaissait son ami depuis toujours, et voyait dans ses yeux une lueur de tristesse et de désolation. Certe il n'était pas question pour lui de quitter aussi facilement le village, mais il savait au fond que c'était peine perdu d'y rester. 


  •  Comment te sens-tu ? S'inquièta Erya.


  •  Comme un homme qui vient de perdre pour la deuxième fois sa famille, répondit-il sans quitter le feu des yeux. 


  •  Je suis désolée. Il n'y avait pas d'autres solutions, tu le savais au fond de toi.


  •  Je ne t'en veux en rien Erya. Si j'étais resté au village tu aurais retrouvé mon cadavre éventré et dévoré par la chiens errants. Demain j'irai mieux, ne t'en fais pas, finit-il en portant ses yeux vers elle et en lui adressant un sourire réconfortant. 


  •  Je suis heureuse que tu sois auprès de moi. Je préfère que de te savoir ...


  •  Notre vie passée est derrière nous, on en parle plus. Entendu? La coupa-t-il tout en lui posant la main sur son épaule. À présent un nouvel avenir nous attend et faisons en sorte qu'il soit le plus prometteur possible. 


        Erya se tu un instant et fixa les flammes qui dansaient en se reflétant dans les yeux d'Alwin, avant de reprendre :


  •  Et comment envisages-tu cet avenir ?


  •  Je n'ai pas encore la réponse à cette question mais Gauvin De Carsteros va sûrement envoyer des éclaireurs sur les lieux du massacre et ils en feront la conclusion que nous avons tous périt dans l'attaque. À partir de cela, toute notre misérable existence sera effacé du paysage et de leurs pensées ...


        Mais soudain Erya se leva du rocher sur lequel elle siégeait et porta ses mains dans ses cheveux blonds. Son ami la dévisagea, surprit par une telle réaction si vive. Elle écarquilla grand ses yeux et se montra toute excitée à l'idée qui lui venait à l'esprit.


  •  Et pourquoi ne pas recommencer cette nouvelle vie en prennant une autre identité? S'empressa la jeune fille. Alwin, tu l'as dis toi-même! Nous ne sommes plus rien aux yeux du monde! À nous désormais de choisir notre camp! Regardes moi, lança-t-elle en ouvrant grand les bras en direction de son ami. De quoi ai-je l'air?


  •  De ... d'une pauvre fille qui n'a pas même deux pauvres écus dans ses poches pour s'offrir de nouveaux souliers ? 


  •  Un peu de sérieux Alwin! Je suis on ne peux plus sérieuse! S'impatienta Erya.


  •  De-même pour moi ... c'est sûrement cela le plus trite, continua son ami. 


  •  Avec la "nouvelle Erya" je pourrai sûrement franchir les portes de Gardinorff et faire partit de la Confrérie des Gardins! Ils ne me connaissent pas, je pourrai m'infiltrer assez facilement et y faire ma place, continua-t-elle avec toujours autant d'exitation. 


  •  Tu ne franchis pas aussi simplement les portes du palais Erya et tu le sais. Les gardes t'y attendront et vu ton acoutrement et ton odeur qui empeste le mort, ils n'auront pas de mal à reconnaître tes origines ... 


  •  Je trouverai une solution, il doit bien y avoir un moyen ! Songea-t-elle. Dès l'aube nous reprendrons notre chemin à la recherche d'une cité voisine. Une fois là-bas je trouverai bien du linge en propre état et de quoi entretenir ma toilette.


  •  Tu ne connais rien de la vie de château Erya. Une fois à Gardinorff que feras-tu? À qui t'adresseras-tu? Tu n'as aucune richesse, tu n'es qu'une pauvre orpheline qui a passé ses dix-sept premières années à piétiner dans la merde et à manger le pain des cochons.


  •  Tu m'accompagneras, lança-t-elle en espérant une réponse favorable de la part de son ami. 


       Mais ce-dernier se contenta de faire rouler un cailloux entre ses doigts tout en ne la quittant pas du regard. 

       En vu du mutisme d'Alwin, elle décida alors de poursuivre afin de le convaincre :


  •  Tu connais le château mieu que quiconque, tu vas servir les cuisines depuis ton plus jeune âge et tu as quelques connaissances précieuses là-bas. Contrairement à moi tu sais comment vivent les hommes et les femmes de la cours et tu pourras m'enseigner tout cela.


       Elle s'approcha un peu plus de lui, collant son épaule contre la sienne, et conclut :


  •  Penses à ton futur, à cette nouvelle vie qui t'attend ... Ne serait-elle pas prometteuse comme tu le suggérais ?


         Alwin ne savait quoi dire face à cette lourde décision que s'apprêtait à prendre Erya. Il n'avait nul part où aller désormais et le seul endroit sûr où il pouvait emmener son amie était le château de Gardinorff. Le reste du pays était bien trop dangereux, les peuples ennemies et les créatures d'Oldrienne ne tarderaient pas à les tuer s'ils tombaient sur leur chemin. 


       Il plongea ses yeux marrons dans ceux de la jeune fille et se mît à rire aux souvenirs de ses paroles engagées.


  •  Aller, viens là la teigneuse! Finit-il par lui répondre en la prennant par l'épaule et en la serrant brutalement dans ses bras.


       Erya sourrit de toutes ses dents et interpréta cette accolade comme un geste d'accord. Son coeur se mît à battre bien plus fort et son souffle s'accélèra dans les cheveux d'Alwin. Enfin elle pouvait commencer à toucher du bout des doigts son rêve, enfin elle pouvait se sentait libre et heureuse. 


       Sa nouvelle vie pouvait désormais débuter. 



                                                             ~



        Les deux amis avaient reprit leur chemin dès le lever du jour. Le temps était pluvieux et leurs habits commençaient à s'imprégner de l'humidité des montagnes. Cela faisait maintenant plusieurs heures qu'ils parcouraient le sud à la recherche d'une cité alliée mais en vain. Plaines et vallées paraissaient étonnement désertes et Alwin ne voulait pas s'éloigner de trop de la capitale. Cela pourrait les mettre en danger. 


         Ils parcoururent grand nombre de sous-bois et de sommets. La pluie ruissellait le long de leurs visages au fur et à mesure qu'ils avançaient. Le froid commençait à s'emparer de leurs mains qu'ils engouffraient sous les crins de leurs chevaux afin de plus vite les réchauffer. Ils n'étaient désormais plus que deux âmes en peines à la recherche d'un toit sous lequel se réfugier avant la nuit tombée.


  •  Je pense qu'il faudrait rebrousser chemin Alwin, s'écria la jeune fille à travers la pluie torencielle.


  •  Encore quelques mètres et nous verrons ce que nous entreprendrons une fois cette forêt passée.


         Mais alors qu'Alwin ouvrait la marche au devant, il arrêta soudainement son cheval au détour du dernier virage qu'offrait le sentier. Il n'avait jamais vu une telle chose semblable. Un royaume entier de dressait devant lui, des dorures, des fleurs rayonnantes couronnaient les balcons, des tours d'une architecture rare ... Tout était renversant de beauté et de pureté. Mais le plus remarquable à cela, c'était ce large rayon de soleil vif qui éclairait la cité entière malgré la tempête qui s'abattait tout autour. Comme si le royaume était bénie par les Dieux et que rien ne pouvait l'atteindre. 


       Alwin et Erya descendirent de leurs chevaux et guidèrent leurs montures d'une seule main. Ils savencèrent hésitant devant ce royaume inconnu mais d'une rare beauté. Une fois non loin de l'arche d'entrée, Erya leva la tête afin de lire l'inscription doré qui était gravée. Elle plissa les yeux mais ne pu parvenir à en déchiffrer le moindre mot. L'inscription était en écriture elfique et seul une multitude de sigles et de symboles se succédaient.


        Mais soudain une femme, grande et élancée, tout de blanc vêtu et à la peau si cristalline, sortit du haut d'une tour et s'avança sur son balcon soigneusement ornée de rubans et de fleurs. 

        Les gardes sortirent de leurs cachettes par la même occasion et pointèrent leurs flèches aiguisées en direction des deux jeunes gens.

      D'une voix tout aussi angélique qu'autoritaire, elle arrêta leur avancée :


  •  Qui êtes-vous? Raisonna en échos la voix de la femme blanche.


       Erya croisa le regard d'Alwin et tout deux se comprirent instantanément. Le jeune garçon baissa sa tête et cligna des yeux lentement comme pour donner son accord à son amie. 

        La jeune fille fît un pas en avant, ce qui mît les gardes d'autant plus en allerte sur leurs arcs, prit une profonde inspiration et répondit :


  •  Je suis Erya et voici mon frère, Alwin, rajouta-t-elle en le présentant de la main. Nous avons été poursuivit par des créatures au cours de notre chasse et nous nous sommes égarés. Nous nous montrons navré. Finit-elle en s'inclinant.


        Un silence religieux prit place entre les murs du royaume puis la femme blanche leva la main au-dessus de sa tête afin d'ordonner à ses gardes de baisser leurs armes.

       Une fois la voie libre, elle acheva d'un ton plus chaleureux cette fois-ci : 


  •  Laissez vos chevaux où vous êtes et veuillez bien entrer dans mon royaume.



                                                               *

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