Chapitre 5 ~ Désolation

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                                               Plaine de Knoll  


      Gauvin De Carsteros et sa garde montée parcouraient déjà depuis plusieurs jours la Plaine de Knoll à la recherche de traces des soldats disparus. Il s'était entouré d'une dizaine de ses plus valeureux soldats, accompagnés de leurs Tracos, et de deux maîtres mages de la confrérie. Ces-derniers se déplaçaient à pied, ils demeuraient infatigable à la marche, malgré leurs âges déjà bien avancés. Ils s'étaient placé en fin de bataillon, afin d'assurer les arrières de la garde montée et du Roi. 


      La Plaine de Knoll était d'une immensité telle, que la troupe de soldat n'en voyait pas le bout. Au nord elle était bordée par les glaciers qui isolaient Vinteros de ces lieux et quelques montagnes plus arides dominaient vers l'Est. Gauvin et ses hommes avançaient à découvert depuis trois nuits et aucun signe de ses soldats ne se montrait. Il venait même à penser qu'ils avaient dû rentrer au château entre temps, et qu'il avait sûrement mal interprété ce qu'il avait vu à Gardinorff. 


      Ils arrivèrent près d'une impasse, au pied d'une immense falaise aux roches imposantes et aux stalactites pointus. Le Roi arrêta son Tracos et se tourna vers ses hommes. 


  •  Nous sommes allés trop loin, nous devons rebrousser chemin, ordonna-t-il. Ils ne sont pas ici. Nous allons nous diriger vers le sud. 


      Mais alors qu'il proclamait ces paroles à travers le vent glacial de la plaine, il aperçut au loin un vol de corbeau agité et bruyant. Les oiseaux formaient des cercles dans le ciel avant de piquer du bec en direction du sol. Ils se munissaient d'un moceau de carcasse, le gobaient puis recommencaient leur ronde incessante. Le ciel se noircissait de ces volatiles, on ne pouvait en distinguer leur nombre. 


      Le Roi intrigué, mena son Tracos en leur direction sans même dire un mot à ses hommes. Mais ce qu'il découvrit lui glaca le sang. Sous la fine pellicule de neige qui avait persistait malgré le soleil éblouissant de la journée, des têtes, des membres et des corps déchiquetés gisaient à même le sol. Gauvin descendit de sa monture et s'avança lentement entre les morceaux d'humains méconnaissables. Leurs membres étaient figés par le gel et leurs visages n'étaient plus qu'un amas de chair picorés par les corbeaux. Le Roi ne pouvait dire s'il sagissait de ses hommes, il parcourut alors les corps démembrés à la recherche d'un signe distinctif.


  •  Mon Roi, venez voir! Interpella un soldat qui l'avait rejoint.


      Ce-dernier lui brandit alors un écusson sur lequel une tête de lion avait été gravé. Il sagissait de l'emblème de Gardinorff. Le Roi le prit entre ses doigts et glissa son pouce sur le dessus de la gravure pour en extraire le sang coagulé. 

       Il le fît rouler entre ses doigts avant de reprendre:


  •  Nous avons la réponse à nos questions. Seul les Fëenirs peuvent accomplir un tel dégât. Mon fils Gregor avait vu juste, ce peuple ne nous respecte pas! S'écria-t-il à travers la brise, pointant du doigt l'Est où se situait le refuge des créatures. Nous allons rebrousser chemin et dès mon arrivé au château, j'enverrai un pigeon à destination de leur chef. La Terre d'Oldrienne se doit de demeurer en paix et s'il faut je rencontrerai celui qui les gouverne afin de convenir d'un pacte.


  •  Sauf votre respect Sir, s'il accepte de vous affronter ce sera dans la seul et triste intention de vous tuer, s'avança un mage en sa direction. 


       Le vieil homme malgré son allure frêle, avait les mots justes et l'esprit saint. Sa longue cape noir lui offrait une silhouette spectrale et son bâton aussi haut que sa taille, était rattaché à son bras droit comme une branche était rattachée à son tronc. Il demeurait puissant de par ses nombreux pouvoirs mais ne cessait de veiller sur son Roi, auquel il était si fidel et respectueux.


  •  Je ne plierai pas, insista le Roi les mâchoires serrées. Je me suis battu et j'ai perdu de nombreux et chers soldats afin de faire régner l'ordre et la paix à travers ce pays. J'ai combattu contre les armées les plus redoutables d'Oldrienne, j'ai planté mon épée dans le coeur de chaque dirigeant, j'ai brûlé des royaumes entiers dans le seul et unique but de faire régner le calme sur cette terre si avide de vengeance. Cela reste respecté depuis maintenant vingts longues années alors ce n'est pas des créatures sans cervelles qui vont retourner mes lois! 


      Gauvin avait le visage désormais non loin de celui du vieux Mage qui le regardait de ses yeux gris translucides. Le Roi se redressa tout en calmant ses émotions et ordonna à l'ensemble de ses hommes de reprendre la route de Gardinorff.


     Mais après avoir quitté les terres glacées de la plaine, un des Tracos se mît à rugir à l'arrière du peloton. Il grogna un instant faisant appercevoir la naissance de ses gencives puis leva la tête en direction des glaciers du Nord. Le groupe s'arrêta et se tourna en direction des volatils qui se dirigeaient droit vers eux. 


  •  Les voilà! S'écria Gauvin. Fuyons!


     Face au nombre incalculable de Fëenirs qui se lançaient droit vers eux, Gauvin ne prit pas le risque de les affronter et décida de battre en retraite. Ils lancèrent sans plus attendre leurs Tracos à l'abris du bois le plus proche quand une des créatures leur barra la route, ses ailes déployées de tous leur long. Le Roi et ses hommes furent prit de court, alors un des deux Mages leva la main vers le ciel et la remplie d'une énergie bleutée. Ses yeux se changèrent en une lumière solaire étincelante et éblouissante. 

     Il élança son bras en direction de l'ennemie mais sa magie fut arrêtée net. Ses yeux ayant soudainement retrouvé leur normalité, il sentit qu'une poignée ferme lui tenait son bras. Le vieux Mage prit de rage pivota et voulu infliger un coup fatal avec son bâton chargé d'alchimie mais ce-dernier fut neutralisé de la même sorte. 


     Un immense Fëenir avait plongé son regard dans celui du vieil homme impuissant. Le Mage convaincu que la défaite n'était pas encore parvenue jusqu'à lui, il se concentra sur les yeux de l'aigle et s'enragea. Les yeux de l'homme devinrent rouge braise et s'enflammèrent. Mais le Fëenir connaissait bien cette espèce et cette facultée que les Mages de Gardinorff avaient de tuer en un simple coup de regard.

      Sans plus attendre, la créature prit la tête du vieil homme entre ses deux autres serres et la tourna d'un geste sec sur le côté, avant qu'il ne soit trop tard pour lui. Les os du cou se craquèrent instantanément et le Mage s'effondra de toute sa hauteur sur le sol dur. Sa pierre sacrée de Jade qui demeurait au sommet de son bâton, s'éteignit et se noircit soudainement. Le Mage était définitivement mort. 


     Les Fëenirs étaient des hommes mi-homme, mi-aigle et étaient redoutés par de nombreux peuples. Leurs ailes immenses leurs permettaient de voler plusieurs heures et leurs quatre bras acérés de griffes leurs étaient d'une grand utilité au combat. Leur tête d'aigle leur permettait de détecter n'importe quel mouvement ennemie à des centaines de lieue de leur position. Ils demeuraient parmis les ennemies principaux de Gardinorff et avaient basé leur repère sur la côte Est d'Oldrienne. 


     Le Roi et ses hommes étaient désormais encerclés par le reste des créatures et malgré le grognement féroce de leurs Tracos, il aurait été insouciant de protester en vue de leur infériorité numérique.

     Le Fëenir assassin du Mage s'avança lentement vers Gauvin et d'une voix caverneuse, lâcha :


  •  Vous, ici. Ne serait-il pas judicieux de rester à Gardinorff au lieu de vous aventurer à travers les plaines sauvages?


  •  Mon armée est assez grande pour que je brûle votre repère d'un simple revers de main et votre espèce y compris, gronda le Roi. Allez dire à votre gouverneur de respecter mes lois ou sinon la mort des Fëenirs viendra. 


     Le bec de la créature s'ouvrit en grand et un rire sadique en sortit. 


  •  Voyons Gauvin ... devrais-je dire, mon Roi! Se moqua la bête. Nous sommes un peuple libre et vos lois ne nous touchent en rien. La Terre d'Oldrienne nous appartient autant qu'à vous et qu'aux autres espèces. Vous n'aurez jamais la main sur nous.


  •  Depuis maintenant vingt ans la paix règne au sein des Terres et il en est mieu ainsi pour chacun d'entre nous! S'enragea le Roi. Restez sur votre territoire afin de protéger votre espèce, c'est le seul conseil que je peux vous donner.


  •  Le calme avant la tempête ... La paix avant la guerre ... Je vous laisse méditer cela "Mon Roi", conclua le Fëenir tout en reculant sur ses pas. Mes salutations.


     Les autres créatures de son espèce l'avaient rejoint dans le ciel et tous s'apprêtaient à quitter les lieux avant que le Roi ne rajoute :


  •  Dis à ton chef que nous nous reverront dans de très mauvaises circonstances s'il ne respecte pas les règles. De très mauvaises pour votre peuple! S'écria-t-il. 


     Sans un mot et sur ces dernières paroles, les Fëenirs déguerpirent dans les nuages. Le Roi avait le sentiment qu'une armée entière se préparait à se retourner contre son gouvernement, d'après ce qu'avait laissé prétendre la créature. 


     Il ne savait pas quand ce peuple allait frapper mais il fallait qu'il s'allie au plus vite à ses royaumes pacifiés afin de protéger Gardinorff et ses habitants désormais en danger.


               

                                                               *

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