Chapitre 4 ~ Guet-apens

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                                     En chemin vers Dawstark  


     Gregor et sa troupe avançaient prudemment à travers les forêts qui menaient jusqu'au royaume du Baron. Cela faisait bientôt deux nuits qu'ils avaient quitté Gardinorff et ils n'avaient cessé de pénétrer dans les terres, installant des campements de pacotilles le temps des nuits fraîches. 


  •  Sir, le soleil commence à décliner, lança un des soldats. Devrions-nous pas prendre nos précautions avant que la nuit ne tombe?


  •  Mon cerveau n'est pas encore pourrit par les vers me semble-t-il, répondit Gregor sèchement. Je déciderai de poser pied quand il me semblera bon de le faire soldat. 


       Ils continuèrent leur avancée sans dire un mot, Gregor ouvrant la marche du haut de son cheval. Mais soudain, un des chevaux à l'arrière se mit à ruer et à se cabrer, faisant tomber à la renverse son cavalier. Tous arrêtèrent leur marche quand Gregor entendit des branches craquer au loin. Un long silence s'installa et tous se munirent de leur épée pour se protéger de l'éventuel menace. Ils la brandirent et s'immobilisèrent.


      Gregor resta sur ses gardes. Sa respiration s'accélèra et tous ses sens se mirent en éveil. Un buisson attira son attention, il ne le quitta pas du regard, guettant tout ce qui pourrait en provenir. Mais ses yeux se plissèrent et il découvrit que deux billes noirs les observaient à travers le feuillage épais. 


  •  Des rebelles! Mit en garde le commandant à ses cinq soldats.


      Le chef des rebelles en profita pour sortir de derrière un arbre et de donner l'assaut à ses troupes, dissipées tout autour du petit groupe royal. Gregor cravacha son cheval en direction des assaillants, gardant les dents serrées et le point verrouillé sur son épée. Le premier rebelle qui barra sa route, ressu un coup fatal au travers de la gorge ce qui le propulsa sous les sabots de son étalon et le second prit au dépourvu, fut décapité par l'épée aiguisée de Gregor. Ce-dernier quitta son cheval, et s'attaqua au premier sauvageons venu. Arrivé à sa hauteur il frappa de son épée mais le rebelle le contrat aussitôt. Il fit un tour sur lui-même et frappa une seconde fois au niveau de l'épaule de son adversaire. Ce-dernier se mit à gémir de douleur, lâchant son arme au sol mais Gregor profita de cette faiblesse pour lui planter l'épée entre ses deux yeux. Il posa le pied sur le buste de l'homme afin de s'aider pour en extraire sa lame. 


      Il balaya du regard le sous-bois, contemplant le massacre auquel ses hommes se vouaient. Il se retourna et évita de peu le rebelle qui s'élancait vers lui, une hache à la main. Gregor saisit son épée des deux mains et trancha le bras de l'homme d'un geste sûr. Il le fit basculer à la renverse en lui offrant un grand coup de talon dans l'abdomen et se jetta sur son corps tout en prenant soin de lui planter sa lame dans sa trachée. Un bruit caverneux sortit de la gorge étouffée du rebelle, accompagnait de quelques caillots de sangs projettaient au dehors de sa bouche. 


      Gregor se releva mais fit aussitôt arrêté dans son élan. Le chef des rebelles venait de brandir son épée sous le menton du jeune garçon, tout en le scrutant froidement du regard. Gregor détourna les yeux et remarqua que deux de ses soldats subissaient le même sort que lui. Il avala sa salive en pensant que les trois autres soldats avaient dû périr lors du combat. 


  •  Attachez-les, ordonna le chef à ses hommes. 


     Deux hommes bien portant se ruèrent sur les poignets de Gregor et les nouèrent solidement dans son dos. Les deux autres soldats subissèrent la même punission et tous se regardèrent, ne sachant ce qu'il allait leurs arriver. 


     Les rebelles étaient un groupe de sauvageons qui avaient fuit l'autorité du Roi Gauvin de Carsteros quand celui-ci avait imposé ses lois à travers le pays. Leur campement était inconnu et certains disaient même qu'ils étaient nommades, mais jamais quiconque n'avait pu mettre la main sur leur domaine. 

        Leurs visages étaient scarifiés  comme signe d'appartenance à leur propre peuple et ils avaient par habitude de couper les oreilles de leurs ennemies en guise de trophée après chaque combat. Ils haïssaient Gardinorff et leurs règles auxquelles ils n'adhèraient guère. Ils voulaient être libre et ne pas vivre entre des frontières imposées sous peine de se faire guillotiner s'ils les engendraient. Oldrienne n'était plus comme ils le souhaitaient alors ils avaient choisit de vivre repliés.


     D'un simple regard, les rebelles comprirent l'ordre de leur chef et recouvrirent aussitôt les têtes de leurs prisonniers d'un sac en tissus sombre finement tressé. Ils les menèrent ensuite jusqu'à une charette munie d'une cage forgée dans l'acier, dans laquelle prirent place aveuglément Gregor et ses hommes. 

    

     Le convoit reprit son chemin à travers la forêt, laissant derrière lui les corps sans vies et écorchés de quelques soldats et rebelles. 


                                                           ~


       Des bruits de pas puis un crinqlement de clef attira Gregor, la tête encore dans l'obscurité la plus complète. Des voix d'hommes et de femmes se faisaient entendre au loin et semblaient comploter quelque chose d'inaudible. 

         Mais quelqu'un vînt le chercher et le fît se déplacer jusque dans une autre pièce, gardant toujours les points liés et la tête recouverte jusqu'au cou. L'homme s'arrêta et ôta d'un geste franc, la cagoule qui recouvrait le crâne de Gregor. 


       Ce-dernier plissa les yeux, restaient bien trop longtemps dans l'ombre. Il mît un certain temps avant de s'habituer à la luminosité de la pièce, mais remarqua très rapidement qu'il était loin d'être seul. Le chef des rebelles se tenait devant lui et une dizaine de ce qui devait être ses gardes, s'étaient placés tout autour de lui, formant un cercle de sécurité. Un feu de camp brûlait au centre de la pièce et des crânes humains étaient exposés comme des trophées au-dessus de ce qui devait être le trône du chef. Gregor ne mît pas longtemps à remarquer qu'il se trouvait étonnement dans une grotte très profonde et qui ne semblait pas avoir d'issue. 


  •  Qui es-tu? Nous savons que tu proviens de Gardinorff à ton écusson, raisonna la voix du chef à travers les parois.


  •  Qui suis-je? S'étonna Gregor.


      En échos avec cette question, il réalisa que les sauvageons n'avaient aucune idée de son identité ou bien faisaient-il semblant. Il savait que s'il avouait qu'il était le fils du Roi, il ne donnerait pas cher de sa vie. Ceci dit, il pouvait toujours tenter de coopérer en détournant son identité.


      Méfiant, il lui répondit droit dans les yeux:


  •  Je suis un simple messager du Roi ... tenta-t-il.


  •  Te fout pas de moi! Menaça le chef en s'avancant vers lui. Un messager vêtu de la sorte avec une armure comme la tienne? Ne me prend pas pour un idiot.


  •  Le Roi m'a recouvert de sa richesse à la suite d'un pacte ennemi que j'avais décelé, continua de mentir Gregor. Croyez-moi, vous pouvez toujours vérifier mes dires auprès des autres soldats.


       Le chef le regarda perplexe et continua de le défier du regard.


  •  Quel est ton nom? 


  •  Ragnar Grelor, improvisa Gregor.


  •  Et qu'est-ce-qu'il t'emmène en ces lieux, Ragnar?


  •  Mes soldats et moi étions envoyés en mission afin de pister des Fëenirs qui sortiraient de la zone, se dirait-il au château. Nous étions simplement envoyés comme éclaireur, mentit le jeune homme.


       À l'annonce de ces mots, Gregor se souvint de l'enveloppe laissé dans la sacoche. Son sang ne fît qu'un tour à ce souvenir déjà oublié. Il ne pû se dire si la lettre confidentielle dédiée au Baron se trouvait encore sur son cheval ou bien si les rebelles ne s'en étaient pas déjà emparés. Si c'était le cas, son père le banierait à jamais, même s'il n'avait aucune idée de ce qui pouvait se trouver sur cette missive. 


       Mais le chef le coupa dans ses pensées et retourna s'assoir sur son trône en pierre.


  •  Enfermez-le au cachot, ordonna le rebelle à ses hommes. Tant que vous êtes en-bas, égorgez les deux autres et jettez leurs corps à la fosse. Ils ne me seront d'aucune utilité. 


  •  Entendu, firent le restant des gardes. 


      Gregor resta mué par tant de sauvagerie et se laissa porter par les deux hommes. Il nota que le chef avait précisait que le cachot se situait "en-bas" ce qui pourrait être une information utile à une quelconque évasion. 


       La tête de nouveau dans la cougoule à l'odeur de moisit, Gregor se laissa guider jusqu'au cachot qui lui était réservé. Il descendit un tourbillon de marches en pierres et une fois arrivé au plat, il entendit deux crits s'égosillaient au bout du couloir, ce qui le fît sursauter. Il comprit s'en attendre qu'il devait sagir de ses deux compagnons de route restant. 


       À présent il n'était plus que le seul survivant parmis tous ses sauvageons sans pitié. Seul au milieu de nul part, dans une grotte inconnue des Terres d'Oldrienne. S'il n'arrivait pas à trouver une solution pour s'évader au plus vite de ses murs de pierres, il finirait ses jours dans ce cachot, sans que personne ne puisse le retrouver. C'était une certitude. 


        Les hommes arrêtèrent leur marche, ôta la cagoule de Gregor ainsi que son armure et les liens à ses poignets. Il le fît entrer dans un des cachots lugubres du sous-sol et refermèrent la porte derriere eux. 

        Le jeune homme se retrouva alors dans le noir le plus total, dans une pièce aussi étroite qu'humide. Mais une présence dans son dos l'obligea à se retourner immédiatement. Il ne parvenait à rien discerner de concré mais se sentait épié. Le souffle lent d'une personne le rassura dans sa dissuasion et il s'accroupit afin de se mettre au même niveau que cette respiration. Un visage fin alors s'avança vers lui et les yeux de Gregor s'abituèrent peu à peu à la pénombre. 


       Une jeune femme le regardait de ses yeux noirs. Les joues creusées et des cernes grisâtres sous ses yeux vieillissaient son visage. Les os saillants de ses épaules et son chemisier trop grand témoignaient du temps qu'elle avait dû passer entre ces quatre murs. 


       Elle ouvrit difficilement sa bouche sèche pour enfin parvenir à dire, dans un souffle à peine audible: 


  •  Gregor ... 



                                                                 *

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