Chapitre 3 ~ L'assaut

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                                          Village paysan de Gardinorff  


     La journée au village se déroula le plus calmement possible. Une poignet de paysan était partit à l'Est afin de vendre quelques marchandises à une cité voisine et les femmes s'attellèrent dès l'aube au tissage de leurs laines. Tous menaient leur routine en paix, sous le soleil de plomb estival. 


      Erya passa sa journée à traquer quelques gibiers à travers la forêt, laissant de côté son ami, préférant exercer son hobbie en solitaire. Le tissage de la laine et la poterie réservée aux femmes, ne l'avait jamais intéressée contrairement aux autres villageoises. Elle appréciait le silence et l'harmonie qu'offrait la nature, plutôt que les commérages incessants des jeunes épouses cocufiées. La seule personne qu'elle appréciait réellement était Alwin, les autres filles de son âge lui étaient indifférentes et elles lui semblaient inintéressantes par la même occasion. De ce fait, les autres demoiselles la comparaissaient souvent à un garçon, se moquant d'elle lorsqu'elles l'appercevaient. Il est vrai qu'Erya avait les cheveux court au-dessus des oreilles et ne portait jamais de robes. Elle préférait enfiler un vieux pantalon troué et une chemise vieillissante plutôt que de s'accrocher à longueur de journée avec son jupon, traînant au passage les excréments des animaux domestiques. Son assez petite taille la rajeunissait et du haut de ses dix-sept ans, n'en paressait que quatorze. Cela laissait les autres villageoises perplexes, mais Erya s'était forgée un caractère bien coriace et ne posait jamais les yeux sur les ricanements qui lui étaient adressés. 


        Alwin se trouvait près de la source du village quand Erya rentra de sa chasse peu prometteuse. Le garçon remplissait les cruches d'eau afin de rationner sa hutte avant la nuit tombée. Il leva la tête et remarqua que son amie n'avait pas eu plus de chance que lui à la chasse, ce qui l'inquièta légèrement. Erya semblait avoir sa sacoche vide de butin et seulement deux jeunes lapins pendaient à sa taille. 


       Son arc dans le dos, elle s'approcha de lui. 


  •  Ce n'est plus ce que c'était, gromela-t-elle. La forêt semble changée ...


  •  Pourquoi dis-tu cela? S'informa Alwin. 


  •  J'ai pu relever de nombreuses traces de sang qui n'appartenaient en rien à ce que nous avons l'habitude de traquer et certains arbres ont l'écorce arrachée jusqu'à une certaine hauteur. J'ai bien peur que les Trikoïns ne parviennent plus à chasser à travers leurs contrées et qu'ils se rapprochent de plus en plus de nos habitations.

  

  •  C'est le constat que j'avais pu faire lors de ma dernière virée, conclut-il. Espérons seulement qu'ils ne se contente que de la forêt!


  •  Ils prennent nos gibiers et nos ressources! Si cela continue nous n'auront plus de quoi chasser et de quoi nous nourrire. Les cuisines de Gardinorff ne feront plus appelle à toi et ... Il faut que cela change, coupa-t-elle inquiète. 


  •  Ce n'est rien, j'irai chasser vers le sud s'il le faut. Il ne faut pas que tu t'en fasses pour autant! 


       Erya étala son butin sur un gros rocher et s'assis aux côtés de son ami en glissant un brin d'herbe entre ses lèvres. 


  •  Il faut que je te parle de quelque chose, soupira la jeune fille. Tu es celui qui me connais le mieu ici et j'ai longuement réfléchis durant ma journée ...


  •  Où veux-tu en venir? S'inquièta Alwin, tout en regroupant ses cruches remplies, à ses pieds. 


  •  Je pourrais peut-être venir avec toi lors de ta prochaine virée au château de Gardinorff ... Lança-t-elle en retenant son souffle. Je veux dire, je pourrais me glisser discrètement sous la toile de ta charrue lorsque tu fourniras les cuisines du palais puis je ...


  •  Il en est hors de questions! Gronda Alwin tout en se redressant sur ses talons. 


  •  Alwin, je t'en conjure! Tu sais à quel point cette vie là me donne la nausée! Laisses moi au moin une chance de percer les portes du royaume! Je ne te demanderai plus rien seulement de me laisser libre à moi même, supplia-t-elle. 


  •  Je ne ferai jamais une telle sottise! Tu n'as vraiment aucune idée de ce qu'il se passerait s'ils appercevaient ton petit jeu, et le mien par la même occasion. 


  •  Je fuirai alors le village dès la nuit tombée, affirma Erya en se levant à son tour dans un geste brusque. 


  •  Bien entendu! Avec les Trikoïns qui rôdent dans les bois en ce moment même ... Tu es vraiment insouciante!


  •  Soit tu décides de m'aider, soit je prendrais ma propre vie en main sans l'aide de personne.


  •  Ton chantage ne marchera pas avec moi. 


      Mais alors que les deux amis commencèrent à se quereller, le crit strident d'une femme se fit entendre depuis le champs des récoltes. Au loin, les hommes du village quittèrent leurs tâches et se ruèrent au secours de la jeune fille. Erya et Alwin, sans même se regarder, firent de même et se mirent à courir en haut de la colline afin de mieu appercevoir la scène. Mais ce qu'ils découvrirent les effraya. 


       Deux Trikoïns tiraient violement le bas du corps de la demoiselle comme pour l'emmener à l'intérieur de la forêt. Elle essaya tant bien que mal de se raccrocher à ce qu'elle pouvait, plantant ses ongles à travers la terre friable qui se dérobait sous ses doigts. Les deux bêtes sauvages secouèrent la tête simultanément afin de dettacher le bas du corps de la jeune fille. Sont crit si aiguë déchira le coeur d'Erya qui resta immobile, les yeux écarquillaient en direction du champs. Alwin se mit lui aussi à courir de toutes ses forces, sans réfléchir à ce qui était bien ou mal de faire. Il attrapa au passage une torche enflammée qui venait d'être fixée à une batisse, et se dirigea à grand pas vers les Trikoïns, ratrappant rapidement le groupe d'homme déjà au combat. Mais se fut trop tard pour sauver la vie de la villageoise, à peine eut-il le temps d'arriver à sa hauteur que les deux bêtes étaient déjà parvenues à déchirer son bassin. 


      Le pauvre buste de la demoiselle agonisait aux pieds des hommes, laissant gicler du sang de par son abdomen et de sa bouche restée ouverte. Les Trikoïns les regardèrent dans un grognement caverneux et profond. Quelques hommes plus âgés et moins virils reculèrent de peur et s'empressèrent de rejoindre le village en courant, quant aux plus jeunes dont Alwin faisait partit, restèrent affronter les deux bêtes qui n'en avaient pas finit avec eux. 


       Rien ne les repoussaient, c'était des créatures démoniaques et sans pitiées qui occupaient les bois éloignés de la cité.  Un mélange de chien-loups assoiffé de sang chaud, elles se déplaçaient la plus part du temps sur leurs quatre pattes acérées bien que leurs deux pattes arrières musclées et abiles leurs permettaient d'attaquer debout, déployant de cette façon leur grandeur impressionnante. Leurs crocs larges et pointus dépeçaient sans hésitations, toutes viandes qui se trouvaient à travers leurs machoirs. C'était des prédateurs redoutables que toutes espèces craignaient et ils avaient pas habitude de se déplacer et chasser en meute, ce qu'Alwin redoutait désormais. 

"S'il y en a deux, il peut en avoir des dizaines d'autres dans les parages, pensa-t-il."


      Mais le crit de quelques enfants confirma sans tarder sa théorie. Il se retourna aussitôt en direction du village et découvrit avec stupeur l'assaut de dizaines de Trikoïns. Les femmes et les enfants se mirent à courir dans toutes les directions, tandis que les hommes cherchèrent à faire fuir tant bien que mal les créatures. 


       Alwin posa son regard sur celui d'Erya qui était restée immobile au sommet de la petit colline. Cette-dernière lui lança un dernier coup d'oeil furtif avant de s'en aller d'un  pas décidée en direction de sa hutte. 


  •  ERYA! S'écria le jeune homme en sa direction. 


      Mais le corps déchiqueté d'un de ses compagnons rebondit à ses pieds, ce qui l'extirpa immédiatement de ses pensées. Les deux Trikoïns s'étaient lancés sur le petit groupe d'homme courageux sans qu'Alwin ne s'en aperçoive. Les créatures ne leurs laissèrent aucunes chances, dévorant avec rage leurs corps meurtrit. 


      Alwin en profita malgré lui pour rejoindre le village et courut aux secours de son amie. La nuit commençait à s'installer tout doucement sur les prairies, laissant les derniers rayons de soleil couleur braise, colorer les toits des huttes.

     Arrivé à l'entrée du village, il continua son avancé tout en évitant les corps coupés en deux ou décapités. Certains villageois étaient expulsés dans les airs, manquant de peu d'assomer le jeune homme. La hutte de la jeune fille n'était plus très loin et il espérait bien retrouver sa complice intacte, à l'abri de ces sauvages.


      Il poussa la porte en bois de l'entrée de sa demeure mais ne trouva aucun signe de vie d'Erya. Il s'avança et remarqua que son coffre de linge était entrouvert, et que son garde-flèche avait été vidé. 

Il s'avait ce que préparait son amie et il fallait qu'il l'a retrouve au plus vite avant qu'elle ne produise l'irréparable. 


      Il sortit de la hutte et regarda autour de lui afin de trouver une trace d'Erya mais en vain. Munit de son arc chargé à bout de bras, il parcourut les ruelles du village en sang. Quelques Trikoïns tentèrent de ne faire qu'une bouchée du jeune homme mais ce-dernier les achevèrent d'une seule flèches plantées entre leurs deux yeux avant même qu'ils aient le temps d'ouvrir leurs gueules. Alwin s'était forgé une force et un courage que certains jeunes villageois enviaient. Excellent chasseur, il savait garder son sang froid à travers n'importe quelles situtations et ses flèches loupaient très rarement leur cible. 


      Mais soudain la voix d'Erya se fit entendre au détour d'une pacerelle. Il reprit alors sa course à bout d'haleine et s'empressa de mettre fin au Trikoïn qu'il la menaçait, la gueule grande ouverte près de son visage allongé dans la boue. Il planta une puissante flèche au travers de son crâne, dégagea le corps lourd de la créature qui venait de s'effondrer de tout son poid sur celui de son amie, et aida Erya à se relever d'une poignet de main. 


  •  Tu vas bien? S'inquièta Alwin essoufflé. 


  •  Je te remercie, reprit la jeune fille tout en se dépoussiérant son pantalon. 


  •  Tu allais où comme ca dis-moi? 


  •  Tu ne vois donc pas ce qu'il se passe Alwin? Notre village est ravagé et mit à sang! Il est grand temps pour moi de partir d'ici, je suis désolée mais je ne retournerai pas sur mes pas, conclua-t-elle sans tarder à reprendre sa route.


  •  Tu comptais donc m'abandonner de la sorte avec tout ce que j'ai pu faire pour toi? Tu savais bien ce que tu faisais et cela me déçoit de toi.


  •  Tu ne m'aurais jamais suivis Alwin, tu es bien trop attaché à ici contrairement à moi! À présent ne me retardes pas plus et retournes auprès des villageois. Le temps presse!


  •  Je ne te laisserai jamais partir seule à travers cette nature sauvage et inconnue qui t'attend. J'ai veillé sur toi jusqu'à présent et je ne cesserai de faire mon devoir. Restes ici Erya, tu ne peux ...


     Mais c'est alors que surgit dans leur dos un énième Trikoïn qui manqua de peu de faire chuter Alwin. Erya saisit la main de son ami et l'attira avec lui sans perdre de temps. Les deux jeunes gens courirent de toutes leurs forces vers la grange la plus proche où étaient attelés les chevaux du village. Le Trikoïn ne perda pas leurs traces un seul instant et se retrouva enragé quand les deux amis lui refermèrent la grande porte de la grange à son nez. 


  •  Et qu'est ce qu'on fait maintenant? Demanda Alwin coincé entre les quatre mur de pierres.


  •  Viens avec moi, proposa Erya dans un dernier élan plein de volonté. On ne peut plus vivre ici, toi comme moi ...


     Les deux amis se regardèrent un instant et sans se dire un mot, Erya venait de comprendre la réponse de son complice. 

      Alors elle détacha deux étalons sellés pendant qu'Alwin guettait attentivement la porte d'entrée sur laquelle s'acharnait sans relâche la bête. 


  •  C'est bon! Viens! S'écria soudain Erya.


     Ils chevauchèrent instantanément les deux chevaux et se mirent à galoper ensemble vers la barrière de la porte arrière de la grange. Les étalons sautèrent avec grâce par-dessus les rondins de bois et les deux amis cravachèrent leurs moutures en direction du bois le plus proche. 


      Erya jetta un dernier coup d'oeil par-dessus son épaule en direction du village. Les Trikoïns avaient définitivement prient le dessus et quelques hommes s'acharnèrent encore à protéger leur territoire à coup de haches et de massues. Mais les créatures ne tardaient pas à s'en emparer et à neutraliser leurs corps entre deux coups de pattes. 


     Erya savait que c'était la dernière fois qu'elle voyait ses pauvres gens, laissant derrière elle son enfance et sa vie de paysanne.



                                                             *

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